Le président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska, Dr Jacques Bergeron.

Disette au niveau de l'attribution de médecins dans la région

C’est connu, les médecins de famille sont une denrée rare. Et ce n’est pas prêt de se résorber. Du moins, pas à court terme dans la région si l’on se fie aux plus récentes données des plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM), dévoilées par Québec.

Les PREM servent en fait de balises pour attribuer les médecins par secteurs, tant ceux qui commencent dans la profession, que l’on nomme «nouveaux facturants», que ceux qui pratiquent déjà. Pour l’ensemble du territoire du réseau local de services (RLS) de la Haute-Yamaska, on prévoit l’ajout d’un nouveau facturant et de deux omnipraticiens qui travaillent dans le réseau. De son côté, le RLS La Pommeraie est le seul en Estrie qui n’aura droit à aucun médecin fraîchement gradué, tandis que deux docteurs expérimentés pourront y exercer leur profession. «C’est très peu en considérant les besoins dans la région. On peut s’attendre à une disette pour les deux à trois prochaines années», a indiqué en entrevue le président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY), Dr Jacques Bergeron.

Selon le Dr Bergeron, ce ressac était prévisible, notamment en raison de la baisse marquée des inscriptions dans la profession depuis deux ans. «On s’attendait d’avoir un afflux de 450 nouveaux médecins de famille. Mais comme la discipline a été malmenée au cours des dernières années, ça a été délaissé. On a un manque à gagner d’environ 100 nouveaux médecins par an. On se répartit la pauvreté, non la richesse», a-t-il imagé. Notons que le PREM 2019 sera en vigueur du 1er décembre 2018 au 30 novembre 2019.

Départs à la retraite

À la pénurie d’omnipraticiens s’ajoute le spectre des départs à la retraite. «En Estrie, c’est tout un problème, car plusieurs médecins pourraient accrocher leur stéthoscope sous peu, a fait valoir le président de l’AMOY, lui-même dans la soixantaine. Ça va laisser des milliers de patients à prendre en charge.»

Par ailleurs, le Dr Bergeron a souligné que plusieurs de ses collègues ont quitté prématurément la profession en raison du «climat moribond des quatre dernières années», faisant référence aux nombreux bras de fer entre les médecins et l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette. «On peut espérer qu’une nouvelle ère plus respectueuse [avec le gouvernement] pourra retarder quelques départs à la retraite», a-t-il renchéri.

De plus, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) devra davantage valoriser la médecine de famille pour endiguer le manque de candidats universitaires, a mentionné celui qui est à la tête de l’AMOY.

Prise en charge

Selon le Dr Bergeron, près de 3500 personnes sont inscrites dans la région au guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF). Le président de l’AMOY a récemment dénombré les omnipraticiens pouvant inscrire de nouveaux patients. De cette liste sont exclus les médecins âgés de 65 ans et plus, ceux qui pratiquent uniquement dans les hôpitaux puis les docteurs prenant en charge 1500 usagers et davantage. «J’en ai compté quatre ou cinq qui pourraient prendre possiblement une centaine de patients supplémentaires. On peut dire que dans la région, le citron a été pas mal pressé», a-t-il illustré.

En tenant compte de cette logique, le GAMF pour la Haute-Yamaska et La Pommeraie totaliserait toujours près de 3000 personnes. Le Dr Bergeron est d’avis qu’une partie de la solution réside dans l’ajout d’infirmières praticiennes spécialisées pour épauler les omnipraticiens et la «collaboration avec d’autres spécialités». L’accroissement des plages horaires «sans rendez-vous» en clinique pour la clientèle sans médecin de famille devra également être envisagé, a-t-il dit. «On est loin de la coupe aux lèvres, mais c’est possible d’améliorer les choses.»

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires du CIUSSS de l’Estrie, mercredi.