L'homme et la femme de Bromont réclamaient 110 000 $ à une éducatrice en garderie qui les accusait, entre autres, de maltraiter leur fille.

Diffamation: un couple de Bromont débouté

Colporter qu'un couple maltraite et agresse sexuellement sa fille, en plus d'alléguer que l'épouse veut faire assassiner son mari, constitue sans aucun doute un crime, souligne la Cour supérieure dans une décision récente.
Il faut toutefois que la personne médisante soit consciente de ses actes. Ce n'était pas le cas pour une femme à qui un couple de Bromont réclamait 110 000 $, au civil, parce qu'elle s'était soudainement mise à le diffamer en 2013.
Le juge Sylvain Provencher indique que la défenderesse souffrait à l'époque d'un «trouble délirant paranoïde» qui l'empêchait de distinguer le bien du mal. Il ne peut donc la trouver coupable, bien que le couple, reconnaît-il, ait pâti de la situation.
Relation
Au départ, l'homme et la femme ont fait appel à l'éducatrice en garderie pour développer les compétences scolaires de leur fille adoptive, qui accusait un certain retard sur les autres enfants du même âge. La relation s'est détériorée après qu'ils ont arrêté d'avoir recours à ses services.
La femme, qui a aussi une fille adoptive du même âge et aimait celle du couple «comme sa propre fille», le prend mal. Un médecin lui prescrit du Dexedrine pour résoudre ses problèmes d'anxiété. Selon le jugement daté du 9 janvier, le médicament a plutôt eu l'effet d'exacerber sa paranoïa.
Peu à peu, elle rencontre la police de Bromont, la SQ et la Direction de la protection de la jeunesse avec d'épais dossiers censés étayer sa thèse voulant que le couple agisse de façon immorale envers son enfant. La directrice de l'école fréquentée par la fillette est aussi rencontrée dans un même dessein.
La femme rencontre le demandeur et lui indique que «sa femme a mis un contrat sur sa tête». Elle prend aussi le couple à partie dans un club vidéo, puis dans un restaurant. Ces gestes ont cessé après l'émission d'une injonction, en 2014, lui interdisant d'approcher ou de communiquer avec les demandeurs ou leur fille.
Spéculations
«La thèse de l'assassinat et celle de mauvais traitements et attouchements sexuels de (NB : le couple) sur leur fille ne sont aucunement fondées et soutenues par quelque élément de preuve ou indice que ce soit, écrit le juge Provencher. Ces thèses ne sont que le fruit de l'imagination et de pures spéculations de (la défenderesse).»
«Pour être responsable civilement et obligé de réparer le dommage causé à autrui, il faut que l'agent ait été doué de raison, c'est-à-dire apte à se rendre compte de la nature de l'acte qu'il posait, de sa portée et de ses conséquences possibles.»
Comme l'a mentionné une psychiatre lors du procès, la prise de Dexedrine fut «l'élément déclencheur» d'une psychose chez l'éducatrice, «ce qui l'amènera à se comporter comme elle l'a fait». Elle avait «une fixation, une obsession, qu'une chose en tête: sauver la petite et l'accueillir chez elle».
«Elle s'est monté une histoire tout à fait rocambolesque, était fermement convaincue qu'elle était investie d'une mission de sauvetage, poursuit le jugement. (...) Bien qu'elle ait posé des gestes fautifs et tenu des propos diffamatoires, elle ne peut être tenue civilement responsable des dommages qu'elle a causés.»
Le couple a quitté Bromont depuis et ne portera pas le jugement en appel, a indiqué lundi leur avocat, Me Robert Jodoin. Chaque partie devra acquitter ses frais de justice.