Un peu avant 16h, la Sûreté du Québec a donné le feu vert à la sortie des élèves, par petits groupes, eux qui étaient confinés dans leurs classes depuis un peu moins de trois heures.
Un peu avant 16h, la Sûreté du Québec a donné le feu vert à la sortie des élèves, par petits groupes, eux qui étaient confinés dans leurs classes depuis un peu moins de trois heures.

Deuxième confinement en un an à Massey-Vanier: récit d'une journée mouvementée

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Un triste scénario s’est répété en un an à l’école secondaire Massey-Vanier, mardi. La totalité des élèves présents dans l’établissement de Cowansville ont passé l’après-midi confinés dans les locaux de la polyvalente après qu’une information sur une possible menace sur le terrain de l’école soit parvenue aux oreilles des autorités.

Un peu après 13 heures, les autorités ont été informées de cette menace, qui selon certaines sources, serait la présence d’une personne armée sur le site de l’école, ou selon d’autres, un appel à la bombe, deux informations qui n’ont pas pu être validées auprès de la Sûreté du Québec, qui s’est contentée de faire état d’une «opération policière». Toutefois, le personnel de l’école a déclenché un «code bleu», qui met un processus de confinement en branle afin de protéger la jeune clientèle de l’institution, vers 13h30.

«On a commencé nos cours comme normalement, a raconté Mathis* à sa sortie de l’établissement, en fin d’après-midi. À un moment donné, mon prof de robotique nous a dit qu’il y avait un code bleu, alors on s’est cachés.»

Dans la plupart des locaux, le confinement consistait à verrouiller les portes, à entraver celles-ci avec des pupitres ou des étagères, à fermer les rideaux et à se terrer dans un coin de la pièce dans le silence le plus complet.  Au moment des événements, environ 1 000 élèves étaient en classe sur les quelque 1 500 jeunes présents hors COVID. 

«On s’est entassés le long des murs et il ne fallait pas parler, a relaté Célina*. On ne savait pas ce qui se passait. J’ai entendu des pas dans le corridor et des voix. Ça faisait quand même peur.»

«Moi, j’étais en éducation physique, a confié Rosalie*. On a entendu un message à l’intercom nous disant de nous barricader. On n’avait pas nos cells, alors on ne savait pas quelle heure il était. La seule information qu’on a eue, c’était qu’il y avait des policiers dehors et qu’il y avait peut-être quelqu’un d’armé. Mais encore là, on n’était même pas sûrs que c’était vrai.»

En parallèle, plusieurs autopatrouilles se sont rendues à toute vitesse sur les lieux et y ont érigé un important périmètre de sécurité.

La rue Mercier, qui longe le terrain de l’école secondaire et de l’aréna qui lui est voisin, a été entièrement fermée à la circulation, y compris aux résidents du secteur.

Seuls les parents venus chercher leur enfant ont pu se rendre à l’intérieur du périmètre de sécurité. Ils ont eu pour consigne de se garer dans le stationnement de l’aréna et de demeurer dans leur véhicule jusqu’à la sortie des adolescents de l’école.

L’école secondaire étant située tout près de l’intersection des routes 139 et 104, l’affluence de parents vers l’établissement a provoqué de la congestion dans ce secteur pendant plus d’une heure et demie, en fin d’après-midi. Un policier était en charge d’assurer la fluidité de la circulation.

Pourtant, le directeur général du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs, Eric Racine, avait demandé aux parents de ne pas se présenter sur place «afin de laisser les policiers effectuer leur travail», dans un courriel envoyé en milieu d’après-midi, ajoutant que «la situation était sous contrôle».

Plusieurs parents ont cependant déploré sur les réseaux sociaux de ne pas avoir plus d’informations au cours de l’opération.

Déconfinement

Un peu avant 16h, la Sûreté du Québec a donné le feu vert à la sortie des élèves, par petits groupes, eux qui étaient confinés dans leurs classes depuis un peu moins de trois heures. Plusieurs policiers de la Sûreté du Québec se trouvaient autour de l’école, et près des portes d’entrée et de sortie, pour s’assurer que le tout se déroule sans anicroche. Cette opération s’est échelonnée sur plus d’une heure.

«Ils nous ont dit que c’était fini un peu avant que la dernière cloche sonne, raconte Rosalie. Ils nous ont quand même demandé d’attendre dans les classes avant de sortir.»

Seuls les parents venus chercher leur enfant ont pu se rendre à l’intérieur périmètre de sécurité. Ils ont eu pour consigne de se garer dans le stationnement de l’aréna et de demeurer dans leur véhicule jusqu’à la sortie des adolescents de l’école.

Aussitôt libérés, les élèves pouvaient rejoindre leurs parents dans le stationnement ou se rendre à leur autobus dans le stationnement prévu à cet effet, quand le véhicule était sur place.

Ceux qui attendaient que leur autobus arrivent ont dû patienter dans la cafétéria plutôt que dehors, par mesure de sécurité.

«Sous la supervision des autorités policières et du personnel de l’école, tous les élèves sont à quitter l’école dans le calme et de façon sécuritaire. Ils retourneront à la maison par le moyen de transport habituel. Des délais pourraient être à prévoir», a fait savoir par courriel Eric Racine.

La plupart étaient calmes et n’ont pas été inquiétés de la situation, qui s’était également produite plus tôt cette année, ont-ils rappelé à La Voix de l’Est. «C’était comme la dernière fois, ce n’était pas stressant», a affirmé Thomas*.

«Ils ont dit qu’il fallait se confiner, alors on a tout arrêté ce qu’on faisait et on s’est cachés. On est restés tout l’après-midi dans notre classe en silence. C’était juste long», a fait savoir Jonathan*, rencontré tout près du débarcadère des autobus. L’école Massey-Vanier, qui accueille près de 1400 élèves francophones et 620 du côté anglophone, est gérée conjointement par le Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs et la Commission scolaire Eastern Townships.

Enquête en cours

En fin de journée, mardi, la Sûreté du Québec ne pouvait que confirmer qu’une opération policière d’envergure était en cours à l’établissement du boulevard Jean-Jacques-Bertrand. Elle ne pouvait pas confirmer la nature de la menace ayant mené à l’important déploiement policier, ni s’il s’agissait d’un canular, comme précédemment, ou non.

«On est encore à l’étape d’effectuer diverses vérifications», a fait savoir Aurélie Guindon, porte-parole du corps policier en Estrie.

Le corps policier n’a toutefois rapporté aucun blessé. Aucun suspect n’a par ailleurs été appréhendé.

Dans un courriel envoyé aux parents, le Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs a fait savoir qu’elle était «en constante communication avec les autorités policières qui se chargent de la situation.»

Une équipe d’intervenants professionnels sera disponible pour apporter écoute et soutien aux élèves qui en ressentiraient le besoin, a fait savoir M. Racine.

Mardi soir, la direction de l’école a fait savoir que les cours se dérouleraient de manière virtuelle mercredi, sur la plateforme Teams. « L’établissement ne sera pas accessible par mesure préventive le temps que les autorités policières terminent leur enquête», a écrit M. Racine, ajoutant qu’une nouvelle communication sera acheminée aux parents mercredi soir concernant le déroulement de la journée de classe de jeudi.

Précédent

Cet événement n’est pas sans rappeler le confinement de deux heures qui avait été imposé aux élèves de la polyvalente le matin du 19 décembre 2019, après qu’un élève de 2e cycle du côté anglophone ait fait part de son intention « d’amener un fusil à l’école » à un camarade, une déclaration qui a été entendue, puis relayée à la direction de l’établissement. Celle-ci a ensuite alerté la Sûreté du Québec, dont les vérifications ont permis d’établir qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Les élèves avaient par la suite pu reprendre le cours normal de leur journée ou rentrer chez eux. À cette occasion aussi, du soutien psychologique avait été offert aux élèves.

Deux élèves concernés avaient été rencontrés par des policiers à la suite de l’incident.

* Les noms des élèves sont fictifs afin de préserver l’anonymat des adolescents.