Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l'Estrie.

Détournements d'ambulances: le CIUSSS de l'Estrie fait le point

Le fait de rediriger fréquemment les ambulances d'un hôpital vers un autre cause bien des maux de tête aux paramédicaux de la région. Un texte en ce sens publié dans La Voix de l'Est, mercredi, a fait réagir sur les réseaux sociaux. De son côté, le CIUSSS de l'Estrie a tenu à rassurer la population au sujet de la desserte des services d'urgence dans la région.
La directrice des services généraux au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, Lyne Cardinal, a indiqué en entrevue que le fait de rediriger des ambulances « n'est pas un phénomène nouveau ».
Elle a toutefois concédé que les intervalles sont plus rapprochés au centre hospitalier de Granby (CHG) depuis quelques mois. « On utilise cette méthode un peu plus fréquemment parce qu'on a une situation beaucoup plus aigüe à Granby en terme de congestion et d'utilisation des services de l'urgence », a-t-elle fait valoir.
De plus, Mme Cardinal a tenu à souligner qu'aucune ambulance détournée n'a à son bord un patient dont l'état de santé est instable et nécessite une intervention immédiate. « Dans ce cas, les gens sont toujours envoyés à l'hôpital le plus proche », a-t-elle dit, spécifiant qu'environ deux à trois personnes sont redirigées de l'hôpital de Granby, principalement vers l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (Cowansville) durant une plage horaire de 24 heures de façon bihebdomadaire.
Selon nos informations, depuis 15 ans, trois ambulances sont disponibles de jour et deux la nuit pour desservir la région de Granby.
« Ras-le-bol »
En entrevue à La Voix de l'Est, le directeur des opérations des services ambulanciers Dessercom, secteur ouest, Stéphane Scalabrini a confié son « ras-le-bol » concernant les fréquents détournements d'ambulances dans la région. En ce sens, il a notamment fait état d'un cas de manque de coordination survenu lundi au CHG qui l'a particulièrement fait sortir de ses gonds.
Alors qu'une équipe de paramédicaux s'est présentée avec un patient à l'urgence, le personnel au triage aurait refusé de l'enregistrer, soutenant avoir reçu l'ordre d'un supérieur de détourner ailleurs les gens qui arrivent par ambulance. « Le paramédic est resté durant près de deux heures sur place parce que les infirmières ne voulaient pas "trier" le patient (...) Finalement, j'ai ordonné à mon ambulancier d'installer l'homme dans un fauteuil roulant, d'aviser [le personnel à l'urgence] et de sortir de là », a indiqué M. Scalabrini.
Trois autres duos d'ambulanciers auraient eu droit au même genre d'accueil à quelques heures d'intervalle. M. Scalabrini a également soutenu que les dérivations fréquentes d'ambulances, outre le fait de restreindre l'efficacité des effectifs paramédicaux, mettent en péril la sécurité du public. Ceci parce que des équipes d'ambulanciers, provenant souvent d'autres territoires, doivent prendre le relais lors d'appels d'urgence, ce qui peut allonger les délais de réponse.
Mea culpa
Concernant le manque de professionnalisme dénoncé par le directeur des opérations de Dessercom, Mme Cardinal a fait son mea culpa. « Lundi, il est arrivé une situation qui n'est pas souhaitable. On reconnaît que toutes les décisions n'ont pas été prises dans les règles de l'art. On a dû retenir les ambulanciers plus longtemps à l'urgence sans prendre en charge la clientèle et les dégager. [...] Ce n'est pas en retenant les ambulanciers que l'on va améliorer la sécurité de la population. On va s'assurer que ça ne se reproduise pas. »
Des débordements à l'urgence, jumelés notamment à un pourcentage d'absentéisme plus élevé que la normale auraient occasionné les détournements d'ambulances lundi, a ajouté Mme Cardinal. Les données de la « situation dans les urgences de la région » faisaient état d'un taux d'occupation de 155 % sur civière à l'urgence de Granby (31 patients sur une capacité de 20) à 19 h lundi.
Questionnée à propos du délai normal entre l'arrivée des paramédicaux à l'urgence et leur départ une fois le patient admis, la directrice des services généraux a indiqué que ce laps de temps ne devrait pas dépasser 30 à 45 minutes.