Les travaux de réhabilitation du site pourraient prendre de deux à quatre mois.

Destruction de la prison de Waterloo en vue

Plus de 20 ans après sa fermeture, l’ancienne prison de Waterloo pourrait finalement être détruite. Un promoteur souhaite réhabiliter le site et y ériger un développement immobilier.

Dans un avis publié jeudi, la Ville de Waterloo a annoncé la volonté de l’actuel propriétaire des lieux, Bromont Finance Inc, de démolir les bâtiments de l’ancienne prison.

« C’est la première étape légale pour la démolition », explique Marc Cournoyer, directeur de l’urbanisme à la Ville de Waterloo.

Une recherche dans le Registre des entreprises nous a permis d’identifier le promoteur du projet, qui n’a d’ailleurs de bromontois que le nom. Il s’agit ainsi d’Eric Bissell et de son fils Marc, qui sont les dirigeants du groupe détenant Bromont Finance. Ils sont actifs dans le milieu de la finance à Montréal et à Toronto.

À titre de consultant pour Bromont Finance, l’ancien maire de Waterloo Pascal Russell a fait une première présentation au comité d’urbanisme de la Ville afin d’obtenir le permis de démolition.

Décontamination
« Il y a déjà une étude de développement qui a été faite avec la firme Lemay de Montréal. On parle d’un projet avec plusieurs densités d’habitation et aussi une portion commerciale », explique un adjoint de M. Bissell ayant retourné les messages téléphoniques laissés par La Voix de l’Est. Selon ce dernier, les travaux pourraient commencer au mois de septembre et s’échelonner sur deux à quatre mois. Ce délai comprend la démolition des bâtiments ainsi que le nettoyage du site, qui doit être décontaminé en raison de la présence de BPC dans le sol, selon un rapport ministériel datant de 2014.

L’ensemble du projet s’échelonnerait sur plusieurs années.

Du côté de la municipalité, le directeur de l’urbanisme rappelle qu’aucune demande concrète de développement n’a encore été déposée par le promoteur.

« Notre règlement de démolition permet d’exiger certaines conditions. S’il n’y a pas de reconstruction, la Ville peut demander le manque à gagner en taxe sur le bâtiment détruit. On est à l’étape de considérer ça et de voir si le projet qui sera présenté est intéressant ou pas », explique Marc Cournoyer.

Selon le conseiller du district responsable du territoire accueillant l’ancienne prison, Robert Auclair, le bâtiment à lui seul apporte encore environ 9000$ en taxes annuellement. Il n’y aurait donc aucun empressement du côté de la Ville à nettoyer le site. « Je pense que c’est une bonne affaire que [un tel projet aille de l’avant », conclut cependant le conseiller.

Les détails du projet seront dévoilés lors de la séance du 12 juin du conseil municipal.

Page d’histoire
L’historien Mario Gendron vient tout juste de terminer la rédaction d’un livre retraçant les 150 ans d’existence de Waterloo, dans lequel il aborde l’histoire de sa prison. « Sa fermeture dans le milieu des années 90, ç’a été vraiment difficile pour la ville. La prison, ça représentait une centaine d’emplois, 4 millions de dollars en salaire et 300 000$ en dépenses! », souligne l’historien de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska. « Plusieurs commerces sont disparus après parce qu’ils en dépendaient directement », ajoute-t-il.

À l’époque, la prison à sécurité minimale était surnommée par plusieurs « le Club Med des Hells » en raison du confort et du faible niveau de surveillance qui y régnait.

Depuis sa fermeture, quelques entreprises ont réutilisé le bâtiment administratif du centre carcéral, mais le second bâtiment, qui abritait les prisonniers, est demeuré à l’abandon.

UNE ENTREPRISE DEVRA DÉMÉNAGER

Bien que le centre de détention ait fermé ses portes depuis plus de deux décennies, les locaux du bâtiment administratif sont encore loués par une entreprise alimentaire qui utilise les anciennes cuisines de la prison. Pratte Cuisine, qui se spécialise dans la confection de mets fins pour divers clients dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration, y est installé depuis 2009. 

La semaine dernière, le propriétaire, Steve Pratte, a reçu comme un coup de poing l’avis lui demandant de libérer les locaux au plus tard le 31 juillet. Celui qui a installé là son entreprise vit un véritable coup dur avec l’annonce du projet de démolition. « Ça ne sera vraiment pas facile de se retrouver une cuisine. Je venais juste d’arriver au bout de mes paiements de prêt. On voyait les choses aller vers le mieux. Si jamais quelqu’un a des espaces à me prêter pour quelque temps, c’est sûr que ça m’aiderait beaucoup », explique Steve Pratte. Ce dernier, comme le conseiller Robert Auclair, n’a jamais rencontré les actuels propriétaires des lieux.