L’équipe du service de police municipal de Bromont compte plus d’une vingtaine d’agents.
L’équipe du service de police municipal de Bromont compte plus d’une vingtaine d’agents.

Desserte policière à Lac-Brome: «La balle est dans le camp du gouvernement»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Des représentants des municipalités de Bromont et de Lac-Brome ont présenté lundi leur projet de desserte policière commune, dans le cadre des audiences publiques sur la réalité des forces de l’ordre. Il s’agissait d’une ultime étape pour faire cheminer l’initiative de longue haleine.

Les pourparlers pour une desserte policière commune à Lac-Brome et Bromont datent de 2004. Le projet a toutefois repris de la vigueur en 2016. La récente présentation des Villes devant un comité consultatif sur la réalité policière est ni plus ni moins une dernière tentative pour convaincre le gouvernement, a indiqué en entrevue le maire de Bromont, Louis Villeneuve. «Je crois que nous avons démontré, une fois de plus, le bien-fondé de notre projet. On est allé au bout de ce que l’on peut faire. La balle est dans le camp du gouvernement maintenant.»

Il y a près d’un mois, les deux municipalités ont déposé un mémoire conjoint dans le cadre du débat sur le livre vert de la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, intitulé Réalité policière au Québec : modernité, confiance et efficience. Le document a servi de prémisse à plusieurs passages de la présentation aux membres du Comité, notamment la juge à la retraite, Nicole Gibeault et l’ex-maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny.

Le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe, a décrit les grandes lignes du projet. En plus de son expérience politique, l’homme a fait carrière durant plus de 40 ans dans les forces de l’ordre: 32 ans au Service de police municipal de Lac-Brome, dont cinq ans comme directeur, puis 11 ans à la Sûreté du Québec comme officier lieutenant.

M. Burcombe a entre autres exposé que jusqu’en 2002, Lac-Brome a eu son service de police municipal, qui regroupait huit agents et un directeur. L’entrée en vigueur de la loi sur la police a toutefois changé radicalement la donne. «On a dû prendre une décision très difficile, a dit M. Burcombe aux membres du comité. Plein de calculs ont été faits à l’époque. Et la conclusion était évidente. On ne pouvait pas investir assez d’argent pour augmenter le niveau de nos services.»

Selon les données présentées, le budget pour la desserte par un corps policier municipal à Lac-Brome était de 775 000$ en 2001. La facture a bondi à un peu plus de 1,3 million $ l’année suivante pour respecter les exigences de la nouvelle loi. «Nous avons essayé de former une Régie de police avec Bromont et Cowansville, mais le ministère de la Sécurité publique de l’époque a refusé, a déploré le maire de Lac-Brome. Nous avions donc une option, la Sûreté du Québec. Pour 1,1 million $ par année, on ne nous a pas donné le choix.»

Insatisfaction

«Les citoyens sont insatisfaits depuis longtemps des services obtenus par la Sûreté du Québec. Les policiers provinciaux font leur travail au meilleur de leurs capacités. Mais Lac-Brome n’obtient pas les services pour lesquels elle paie, soit près de 2 millions $ depuis quelques années. C’est inéquitable», a fait valoir M. Burcombe, spécifiant notamment que «les temps de réponse» aux appels de citoyens sont «affreusement longs».

À elle seule, Lac-Brome a une superficie de 223 km carrés. Or, deux patrouilleurs sont actifs de soir et de nuit pour couvrir l’ensemble des 20 municipalités de la MRC Brome-Missisquoi, a mentionné M. Burcombe. De son côté, Bromont a 22 agents, et minimalement le même nombre que la SQ pour desservir un territoire beaucoup plus restreint.

Dans leur présentation au Comité, les représentants des deux villes ont souligné les résultats d’un sondage réalisé en 2018 auprès de 600 résidents des deux municipalités, soit 229 répondants de Lac-Brome et 361 de Bromont, concernant la desserte policière.

Lac-Brome et Bromont font valoir que le coût par habitant pour les services de policier serait moindre pour les résidents des deux municipalités si Lac-Brome était desservi par la police de Bromont.

Le constat est probant: 60% des citoyens de Lac-Brome sondés se sont dits satisfaits du service offert par la SQ, alors que cette proportion atteint 90% pour le corps policier municipal de Bromont. De plus, 69% des résidents de Lac-Brome se sont dits en accord avec une desserte commune avec Bromont. Quant aux Bromontois, 78% d’entre eux donnent leur aval à ce que leur service de police intègre le territoire de Lac-Brome.

Iniquité

Une étude, réalisée également en 2018, a permis de comparer les coûts par habitant des services de la SQ dans d’autres villes limitrophes à un corps de police municipal. Conclusion, les citoyens de Lac-Brome paient chacun 351,57$ pour ce service, alors que la moyenne par habitant dans les autres municipalités mises en parallèle est de 126$. Une desserte commune à Lac-Brome et Bromont permettrait des économies de l’ordre d’un million $, a-t-on souligné aux membres du comité consultatif.

De plus, le maire de Bromont, Louis Villeneuve, affirme que la mise en oeuvre du projet de desserte conjointe avec Lac-Brome ne créerait aucun précédent. «Bromont et Lac-Brome ont une réalité unique au Québec. À aucun autre endroit, on ne retrouve une telle richesse foncière dans des villes soeurs, avec des territoires similaires. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un coût à assumer pour avoir un service de police municipal», a-t-il dit en entrevue.

Pour sa part, le directeur général de Lac-Brome, Gilbert Arel a mis en relief le fait que plusieurs localités partagent une multitude de services via des ententes intermunicipales, notamment les services de sécurité incendies, les activités sportives et culturelles puis le transport et la gestion des matières résiduelles. «Pourquoi ne pas boucler la boucle en incluant les services policiers».