La nouvelle entente en matière de loisirs qui lie Granby avec 23 municipalités environnantes a suscité un long débat à la table du conseil lundi soir.

Désaccord sur l'entente intermunicipale en matière de loisirs

La Ville de Granby veut hausser de 400 %, d'ici trois ans, les coûts défrayés par les 23 municipalités environnantes avec qui elle est liée par une entente en matière de loisirs. Une décision qui a suscité un long débat entre les élus, lors de la dernière séance du conseil.
L'entente intermunicipale en matière de loisirs, en vigueur depuis cinq ans, vient à échéance le 31 juillet prochain. Granby a ainsi décidé de revoir les règles du jeu. Actuellement, il en coûte aux municipalités 32 $ par année et par carte-loisirs émise à leurs citoyens respectifs. Mais on prévoit revoir ce tarif à 131 $, afin qu'il corresponde à ce qu'il en coûte aux Granbyens. 
Comme la hausse est importante, il a été convenu d'étaler les coûts sur trois ans, soit à 65 $ en 2017-2018, à 98 $ en 2018-2019 et à 131 $ en 2019-2020. Une indexation de 2,5 % est aussi prévue pour les deux dernières années de l'entente, 2020-2021 et 2021-2022. 
Détail : cette nouvelle entente prévoit l'abolition de la surcharge de 50 % des coûts d'inscription, payable par les non-résidants à certaines activités de loisirs. 
Si une majorité de conseillers municipaux ont approuvé cette décision, Jocelyn Dupuis, Robert Riel et Denyse Tremblay ont toutefois signifié leur désaccord sur l'étalement proposé. Selon eux, la hausse devrait être imposée dès cette année. 
M. Dupuis aurait même été d'accord pour que l'augmentation soit plus importante afin de tenir également compte des coûts des équipements supralocaux, à la charge complète de la Ville de Granby. 
Pour et contre
« Ça fait 25 ans qu'on paye pour les autres municipalités. Elles ne payaient pas leur dû pour la carte-loisirs. J'aurais voulu qu'elles payent en 2017. Pas que ce soit étalé sur trois ans », a laissé tomber le conseiller Robert Riel. 
« Comme président du comité des finances, j'ai un gros malaise de donner encore un cadeau aux autres municipalités quand on a augmenté les taxes les trois dernières années », a dit Jocelyn Dupuis.
« Pour moi, ça fait du sens. On est en plein milieu d'une année financière. Il faut considérer que ce n'était pas prévu dans leur budget », a relevé pour sa part Julie Bourdon, tout en soulignant qu'il est important, à ses yeux, de conserver une bonne relation avec les municipalités environnantes. 
Éric Duchesneau a fait valoir que les coûts réclamés sont liés aux activités qui nécessitent une carte-loisirs, « ni plus, ni moins ». « Je considère que c'est correct de demander ni plus, ni moins, que ce soit à nos citoyens ou à ceux des municipalités environnantes », a-t-il déclaré. 
Actuellement, il y a 43 693 cartes en circulation, dont 38 035 sont détenues par les citoyens de la Ville de Granby. « En répartissant les coûts de 5,7 millions $ (NDLR : coûts des activités qui nécessitent une carte loisirs, estimés par la Ville) par les 43 693 cartes-loisirs, le prix de revient serait de 131 $ par carte », est-il détaillé dans le sommaire décisionnel remis aux élus, dont les médias ont obtenu copie. 
Utilisateur-payeur
Pour le maire de Granby, Pascal Bonin, la nouvelle entente peut se résumer par l'expression « utilisateur-payeur ». « Ce qu'on n'avait pas avant », dit-il. 
Selon lui, l'échelonnement de la hausse est justifié. « On n'est pas des sauvages », laisse-t-il tomber avant de souligner que Granby est une « capitale régionale » et qu'il importe d'agir en ce sens. 
La nouvelle entente, et le « système unique » qu'elle entraînera, devraient par ailleurs permettre à la Ville de réaliser des économies. « Actuellement, on a un système à la carte qui coûte cher à administrer », note-t-il. 
Le maire Bonin a dit souhaiter que les municipalités donnent leur aval à cette entente.
Une «décision politique», dénonce Jocelyn Dupuis
L'entente intermunicipale adoptée lundi soir en matière de loisirs par le conseil municipal de Granby n'était pas le scénario qui avait été préconisé en séance préparatoire, a déploré le conseiller Jocelyn Dupuis. Le vent a tourné au cours des derniers jours. Une « décision politique » que M. Dupuis a dénoncée vertement à la dernière séance du conseil municipal. 
« Ça me pue au nez. (...) Avant d'arriver en séances publiques, quand les votes sont divisés, il y a toujours des nouvelles informations qui arrivent pour faire changer le vote. Il y a aussi des téléphones qui se font auprès d'un ou deux collègues plus susceptibles de changer d'opinion », a laissé tomber celui qui aurait aimé que les coûts des équipements supralocaux, comme le Centre St-Benoit, le Palace et les parcs, soient inclus dans le calcul de l'entente de loisirs. 
Dans les circonstances, il a même dit donner raison au Granbyen Denny O'Breham, qui milite pour que les séances préparatoires soient publiques. « Je vais même aller plus loin : il ne devrait pas y en avoir de préparatoires. Ça devrait toutes être des séances publiques plus courtes. Comme ça, les citoyens pourraient voir leurs conseillers argumenter et travailler pour eux. Et ça empêcherait peut-être des collègues de changer leur fusil d'épaule si souvent », a-t-il lancé. 
Doyen du conseil municipal, le conseiller Michel Mailhot a toutefois pris ces affirmations avec un grain de sel. « J'ai été témoin plusieurs fois d'un monsieur à côté de moi (à la table du conseil) qui essayait de faire changer des décisions parce qu'il n'avait pas ce qu'il voulait. Venant de vous, je trouve ça incroyable », a-t-il affirmé en faisant allusion à une attitude qu'aurait eue M. Dupuis lui-même.
Le maire Pascal Bonin a pour sa part refusé d'entrer dans le débat. « Il y a des décisions plus difficiles à digérer que d'autres, a-t-il lancé à Jocelyn Dupuis. Je ne ferai pas de scène avec ce que vous avez dit. Les attaques personnelles, j'ai beaucoup donné là-dedans. J'ai serré ma mitraillette et mes couteaux. »
Surprise et analyse
La hausse proposée pour l'émission des cartes-loisirs présentée par la Ville de Granby- a surpris des maires de municipalités signataires.
C'est entre autres le cas du maire de Saint-Joachim-de-Shefford, René Beauregard, qui dit avoir été étonné des chiffres avancés. La hausse atteint 400 % sur une période de trois ans.
M. Beauregard veut toutefois prendre le temps d'analyser la situation avec la directrice générale de la municipalité et les membres du conseil avant de commenter davantage. « Nos citoyens utilisent surtout la bibliothèque et la piscine à Granby. Je trouvais que c'était quand même cher. On paye aussi aux citoyens la surcharge chargée par la Ville de Granby (aux non-résidants à certaines activités), en plus de la carte-loisirs. Et on a déjà une entente avec Waterloo et on organise des activités à la municipalité », relève le maire.
Même surprise du côté de Saint-Alphonse. Informé par La Voix de l'Est de la hausse prévue dans la nouvelle entente, le maire, Marcel Gaudreau, a affirmé d'emblée qu'il trouvait déjà chers les coûts en matière de loisirs. « Ça n'a pas de sens », a-t-il lancé en précisant cependant n'avoir reçu aucune correspondance de Granby. « On va étudier ça et on va réagir après », a-t-il dit. 
Le maire de Roxton Pond, Raymond Loignon, a reçu mardi matin une lettre de Granby à ce sujet. Mais il préfère vérifier les chiffres avancés par la Ville avant de se prononcer. 
Son collègue de Shefford, André Pontbriand, a pour sa part dit ne pas voir de problème à première vue, mais il souhaite néanmoins discuter de la question avec le maire de Granby, Pascal Bonin, notamment sur le nombre de détenteurs de cartes-loisirs où les données ne semblent pas concorder. « Je vais en discuter avec mon conseil et après, on prendra une décision », dit-il.  
La précédente entente de loisirs, de cinq ans, avait aussi été marquée par une hausse graduelle, mais de façon moins marquée. Après avoir été gelé à 20 $ par carte-loisirs durant les cinq années précédentes, le tarif avait grimpé à 25 $ en 2012 pour atteindre 32 $ en 2016.