Véronique Hupin, en compagnie de son mari Michael Marler du Vignoble Les Pervenches, font partie des vignerons de la région qui se réjouissent de la création de l’Indication géographique protégée.

Des vignerons optimistes

Les vignerons de la région se réjouissent de la création de l’appellation réservée dont ils ont pourront se prévaloir incessamment. L’Indication géographique protégée (IGP) pour les vins du Québec sera annoncée vendredi par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne.

Depuis 2009, les vignerons québécois disposaient déjà de la certification Vin du Québec, élaborée par l’Association des vignerons du Québec. « La reconnaissance officielle de l’IGP Vin du Québec s’inscrit dans le prolongement de cette démarche », peut-on lire sur le site web du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV).

L’IGP diffère de la certification en ce sens où elle sera sous l’égide du gouvernement et qu’elle délimitera les régions viticoles québécoises.

Les règles pour obtenir l’appellation seront similaires à celles déjà en vigueur pour obtenir la certification. Le cahier de charges élaboré durant presque dix ans sera transposé à l’IPG. C’est-à-dire que les vins d’appellation devront notamment être développés uniquement avec des raisins cultivés au Québec. « On a donc une traçabilité irréprochable », mentionne Stéphane Lamarre, propriétaire du vignoble Château de cartes à Dunham. L’organisme Écocert Canada continuera d’encadrer la démarche en s’assurant que toutes les exigences du cahier de charges seront respectées. Finalement, un comité d’agrément sera chargé de déguster et d’approuver les vins.

Crédibilité 

Si l’appellation réservée ne change rien au niveau de la production des vins certifiés, elle amène toutefois les vins du Québec à atteindre une reconnaissance nationale et à gagner de la « crédibilité », pour reprendre le terme utilisé par les trois vignerons avec qui La Voix de l’Est s’est entretenue.

« C’est vraiment une façon d’avoir une reconnaissance plus importante. Je pense que ça donne plus de notoriété à la démarche entreprise depuis des années », estime Véronique Hupin, copropriétaire du vignoble Les Pervenches à Farnham.

Aux yeux de Simon Naud, propriétaire du Vignoble La Bauge à Brigham, il s’agit « d’un autre pas dans la bonne direction. C’est une autre étape pour solidifier la certification qu’on avait déjà ». Le vigneron, dont tous ses vins sont certifiés, souhaite soumettre ses produits à l’appellation réservée. « C’est sûr que j’embarque », a-t-il lancé sans hésiter.

Consommateur

« Les consommateurs verront d’ailleurs apparaître un nouveau logo sur plusieurs bouteilles de vin du Québec, mais pas toutes. Les producteurs ne sont pas obligés de soumettre leurs produits à l’appellation » a indiqué La Presse.

L’IGP servira surtout aux consommateurs qui pourront mieux comprendre les spécificités des vins du Québec selon leur origine géographique.

La nouvelle zone de l'appellation IGP Vin du Québec.

« Le consommateur va être encore plus rassuré. Les gens connaissent plus l’appellation que la certification. Une certification, ça reste flou dans la tête des gens. Avec l’appellation, on vient rejoindre les grandes régions viticoles du monde. Ça rend plus crédible et officiel le mouvement entrepris », a souligné M. Naud.

Quant à Mme Hupin, celle-ci entrevoit une belle façon de promouvoir la transparence du produit auprès du consommateur. « Je pense que l’authenticité de nos produits, ça reste d’actualité », a-t-elle mentionné.

Avec la venue de l’IGP, les vignerons croient qu’ils seront bien perçus par les consommateurs, car la certification qui appartenait à l’organisme privé l’Association des vignerons du Québec passera entre les mains du gouvernement. « Quand c’était une certification privée, disons que la valeur était discutable tandis que là ça va être gouvernemental et béton », a lancé M. Lamarre qui envisage l’IGP comme un outil sécurisant pour l’aider à commercialiser ses produits.

Ayant déjà adhéré à la certification biologique et biodynamique, Mme Hupin s’est retirée de la certification Vin du Québec, il y a quelques années. Il n’en demeure pas moins qu’elle soutient le mouvement de l’IGP. « Il y a aussi un côté marketing : on veut rassurer les gens pour qu’ils achètent les vins les yeux fermés », croit-elle.

Délimitation géographique

Selon M. Naud, cette imminente reconnaissance gouvernementale « vient appuyer des méthodes qui sont propres au Québec » comme c’est le cas pour les vins de glace, où une méthode spécifique est préconisée.

« Le fait que le Québec en soit propriétaire vient officialiser la méthode aux yeux des autres provinces », dit-il.

« Depuis plusieurs mois, le MAPAQ et l’auteure Nadia Fournier étudient la géologie et le climat afin de définir et de caractériser les zones viticoles », peut-on lire dans La Presse. En effet, l’IGP reconnaîtra que le vigneron a autant la chaleur, le climat et le nombre de jours sans gel nécessaire pour mûrir un raisin de qualité. « Ça vient délimiter un territoire et des normes plus spécifiques sur les régions », explique M. Naud.

Selon La Presse, « on pourrait ainsi bientôt voir apparaître des vins d’appellation portant le nom de différentes régions, comme le “Piémont appalachien” en Estrie ou encore la “Vallée du Richelieu” en Montérégie ».

M. Lamarre manifeste toutefois que la délimitation géographique du Québec est « trop grande » et il souligne qu’elle devrait être divisée en sous-région.

« Tant qu’il n’y aura pas de sous-régions, ce n’est pas représentatif d’un terroir, a-t-il lancé. Mais je comprends qu’il faut commencer quelque part. Je pense que c’est une bonne fondation, mais ça ne donne pas le portrait exact ».

Pour sa part, M. Naud, qui a siégé au conseil d’administration de l’Association des vignerons du Québec durant 20 ans assure que la prochaine étape sera de créer des sous-régions pour définir des secteurs précis avec leurs attributs respectifs. « Ce n’est pas encore fait, mais c’est le prochain travail qui nous attend », a-t-il laissé entendre.