Céline Duval (à droite) et Jessica-Ange Guei ont témoigné des différences culturelles entourant les droits des femmes.

Des victoires d’hier pour la liberté d’aujourd’hui

Le projet « Pour une meilleure intégration de la population immigrante » mis sur pied par l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS) de Granby s’est avéré un vif succès. Un total de 157 personnes, soit la moitié plus que l’objectif espéré, ont suivi la série d’ateliers historiques visant à éduquer les nouveaux arrivants sur la société québécoise.

« Pour certains des réfugiés qui viennent s’installer à Granby, le choc est grand à leur arrivée : les femmes ici, ont les mêmes droits que les hommes », a souligné Céline Duval, qui a prodigué les ateliers autour de trois grands thèmes : l’éducation, le travail et la participation citoyenne.

Ce faisant, les participants aux ateliers ont appris que ce n’est qu’au cours des années 1960 que les filles ont eu accès à une éducation égale à celle des garçons et que cela leur a permis d’occuper des emplois jusqu’alors inaccessibles, en plus d’améliorer leur rémunération et leurs conditions de vie.

Comme le prévoyait Mme Duval, cette différence sociale importante a tôt fait de faire réagir certains immigrants.

« Quand on arrive au Québec, tout est wow. On ne sait pas à quel point du travail a été fait pour en être là aujourd’hui, a déclaré Jessica-Ange Guei, une jeune mère ivoirienne arrivée à Granby il y a trois ans. Je félicite les femmes québécoises qui ont énormément travaillé pour qu’on en arrive là. J’aimerais que des femmes de mon pays suivent votre exemple. »

Les ateliers ont été dispensés auprès d’immigrants africains de même qu’au Centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby, où on a voulu aussi en faire profiter une clientèle québécoise.

La conseillère municipale Julie Bourdon est d’avis que l’initiative a eu un impact direct sur les participants. « Les 16-24 ans ont pu voir l’évolution des droits de la femme à travers les yeux de Mme Duval, qui raconte sa propre expérience [pour mettre le propos en contexte], a-t-elle ajouté. De cette façon, les plus jeunes voient pourquoi on en est rendus là, dans la lutte pour l’égalité. »

« [L’égalité homme-femme], c’est quelque chose que l’on le vit au quotidien, alors on ne s’y arrête plus, a pour sa part souligné Micheline Néron, technicienne en travail social. Les femmes occupent aujourd’hui plusieurs professions qui leur étaient inaccessibles il y a 40, 50 et 60 ans. Mais certains acquis demeurent fragiles. »

« Les changements survenus au cours des dernières décennies ont eu des répercussions sur les rôles sociaux des hommes et des femmes. L’égalité des sexes signifie que des hommes ont changé les façons de faire et qu’ils ont accepté de partager la prise de décisions. Cette évolution a fait en sorte que nous pouvons maintenant nous réaliser autrement que seulement à travers la famille. »

Des citoyens comme les autres

Le directeur général adjoint de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY) Frey Guevara a dressé un parallèle entre la lutte des droits pour les femmes et l’accueil des immigrants.

« On dit souvent que l’immigrant doit s’adapter à sa société d’accueil, mais dans les faits, la responsabilité est plutôt partagée. C’est un choc culturel qui se vit des deux côtés. La société s’est adaptée pour faire une place aux femmes, et c’est la même chose qui doit se produire avec les immigrants, a-t-il affirmé, plaidant pour davantage d’ateliers d’intégration permettant aux nouveaux arrivants de mieux s’adapter à leur milieu d’accueil. Ce genre de formation permet de comprendre comment fonctionne la société qui nous ouvre les bras. »

Le troisième volet des ateliers a permis de faire réaliser aux arrivants qu’ils sont devenus eux aussi des citoyens de Granby. Comme tout le monde, ils ont accès aux parcs et aux infrastructures publiques et ils ont le droit d’exprimer leurs opinions.

Cela a permis à des Africains de réclamer un service de transport en commun dans le parc industriel à des heures matinales et tardives. « Il est en effet difficile de se trouver un emploi si on n’a aucun moyen de transport pour s’y rendre », a rappelé Mme Duval.

Tant le CRIF que SERY ont fait savoir qu’ils aimeraient présenter une seconde mouture du projet, l’an prochain. Celui-ci sera par ailleurs présenté mardi prochain lors d’une conférence au congrès annuel de l’ACFAS, qui se déroulera à Gatineau.

Rien n’est acquis

Aux yeux de Céline Duval, aucune victoire n’est acquise, surtout pas en ce qui concerne les droits des femmes. Les récentes législations anti-avortement adoptées aux États-Unis et auxquelles certains politiciens canadiens ont fait écho dans les derniers jours, de même que la remise en question de la place des femmes à des postes décisionnels, lui font craindre des pas en arrière si rien n’est fait.

« C’est toujours à recommencer, a laissé tomber la conférencière. Il s’agit juste qu’arrive au pouvoir un homme qui est contre les droits des femmes pour constater un recul. Un droit n’est jamais complètement acquis. »