Le Granbyen Yvon Lessard voyagera léger avec un sac de 25 litres, tandis qu'André Fortier, de Sherbrooke, en aura un de 70 litres.

Des vétérans du chemin de Compostelle

« Sur le chemin de Compostelle, je suis tout simplement heureux. » André Fortier entreprendra bientôt son douzième voyage sur le chemin de pèlerinage. Yvon Lessard, lui, partira pour la quatorzième fois.
Une partie du chemin de Compostelle.
À les écouter parler, il est facile de comprendre pourquoi les deux hommes retournent année après année en Europe pour marcher, chacun de son côté, sur les traces de milliers d'autres pèlerins. 
Le Granbyen Yvon Lessard y a fait ses premiers pas en 2000, année où a été fondée l'Association du Québec à Compostelle. « Je suis parti comme marcheur et j'ai fini comme pèlerin », glisse-t-il. 
La démarche personnelle qu'il a accomplie au fil des années l'a changé, dit-il, tout comme la découverte de légendes, de lieux historiques et de la nature.
« Ma première expérience du chemin, en 2006, était une démarche spirituelle, raconte pour sa part le Sherbrookois André Fortier, qui célébrera son 77e anniversaire pendant le voyage. Je me suis aperçu que, par l'expérience du chemin et toutes les découvertes qu'on y fait, c'était aussi autre chose. Je voyais ça comme un atome : le noyau est la spiritualité et autour, ce sont toutes les choses qu'on découvre. La première découverte que j'ai faite, c'est moi-même. Lorsque tu marches sur des chemins plus que millénaires, sur les pas de milliers de pèlerins, tu fais une rétrospective­ de toi-même. »
Laisser le superflu derrière
Cette année, M. Fortier a décidé de parcourir 875 km. Celui qui a franchi plus de 12 000 km sur ces sentiers partira cette fois-ci de Bayonne, en France, et se rendra au nord de l'Espagne. 
Il a refait une seule fois - en 2016 - un chemin qu'il avait déjà emprunté. Il voulait « voir si le chemin avait évolué, si le pèlerin avait changé en dix ans avec tous les bidules électroniques qui circulent. »
« Il y a un certain décrochage sur le chemin, observe-t-il. Je pars deux mois et je ne regarde même pas les nouvelles. Je ne veux même pas savoir ce qui se passe. Quand je reviens, la planète a continué à tourner. On devient accro de bien des choses dans la vie de tous les jours. Même le superflu. »
Toutefois, le marcheur de Sherbrooke­ arrive plus difficilement à se départir de ses biens que son vis-à-vis granbyen. En effet, André Fortier dit souffrir d'insécurité, si bien qu'il part toujours avec un sac à dos de 70 litres, à l'opposé de M. Lessard. 
« Les gens s'inquiètent beaucoup du côté technique, remarque Yvon Lessard, qui fera plusieurs petits bouts de chemin cet été. Tu finis par en venir à l'essentiel. Avant j'avais un sac de 60 litres ; j'ai diminué à 40, et aujourd'hui, j'ai un sac de 25 litres. C'est un tout petit sac et j'ai tout dedans, même du superflu. Tu te détaches de beaucoup de choses. »
Rencontres
Les rencontres sont un élément essentiel d'un tel pèlerinage. Même s'ils marchent seuls, ils ont appris à découvrir l'autre durant leur périple. 
« Sur le chemin, il y a une dimension humaine avec les gens que tu rencontres en marchant et les gens dans les villages qui te reçoivent comme Québécois. Ma plus belle expérience a été en 2006, se souvient le Granbyen. J'ai rencontré un Français qui m'a invité à venir prendre une bière et qui m'a dit qu'il était content de rencontrer un cousin québécois pour le remercier de leur avoir donné leur pays. Un jeune dans la trentaine qui me parle du débarquement de 1944... Il avait hâte de rencontrer un Québécois­ pour lui dire merci ! »
« Comment les Québécois sont accueillis sur le sol européen, surtout en France, c'est incroyable ! , renchérit André Fortier. C'est un accueil chaleureux. On prépare bien nos pèlerins au Québec. Le pèlerin québécois est jugé, là-bas, comme le meilleur des pèlerins parce que, dans notre mentalité, on ne râle pas, on accepte facilement­ les choses, on remercie. »
Soutien
Parlant de préparation, les deux hommes font partie de l'Association du Québec à Compostelle. Des rencontres d'information et de formation sont offertes dans les différentes régions. Il y est notamment question de l'équipement et des détails techniques. L'organisation est là pour aider avant, pendant­ et après le voyage.
En Estrie, l'activité baptisée « le coup d'envoi » pour un groupe de pèlerins a eu lieu samedi, à Granby­, où La Voix de l'Est a rencontré­ les deux vétérans. 
Cette activité permettait aux membres de recevoir leur credencial, un carnet de pèlerin. Ce document aux allures de passeport permet d'accéder aux gîtes de pèlerins­ sur le chemin de Compostelle.