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Selon nos sources, réparties dans plusieurs secteurs d’activité et établissements de santé, près de la moitié de leurs collègues ne comptent pas se prévaloir pas du vaccin contre la COVID.
Selon nos sources, réparties dans plusieurs secteurs d’activité et établissements de santé, près de la moitié de leurs collègues ne comptent pas se prévaloir pas du vaccin contre la COVID.

Des travailleurs de la santé anticipent un boycott du vaccin

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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Alors que les premières doses de vaccins contre la COVID sont inoculées au Québec, de nombreux travailleurs de la santé ne comptent pas s’en prévaloir. C’est du moins ce qu’a pu constater La Voix de l’Est en prenant le pouls de membres du personnel oeuvrant dans des hôpitaux et des centres d’hébergement.

Malgré leurs opinions divergentes concernant la vaccination contre le coronavirus, tous les travailleurs de la santé contactés mardi, soit une dizaine, ont indiqué que, selon leurs informations, près de la moitié de leurs collègues ne comptent pas y avoir recours.

Tous les noms des travailleurs de la santé évoqués sont fictifs à leur demande pour éviter d’éventuelles représailles de leur employeur. Micheline, une préposée expérimentée au CHSLD Leclerc, sis à même l’hôpital de Granby, veut se faire vacciner. «C’est important pour moi, a-t-elle répondu sans hésiter. Mais tous les jeunes sont moins friands du vaccin contre la COVID. Chez mes collègues de 40 ans et plus, c’est plus partagé.»

Au CHSLD Villa-Bonheur à Granby, aux prises avec une fulgurante éclosion qui, selon nos sources, a fait jusqu’ici 22 morts chez les 85 résidents infectés à ce jour, le vaccin ne fait pas l’unanimité chez le personnel. Marie-Claude, une préposée aux bénéficiaires, rejette le vaccin du revers de la main. «C’est certain que je ne me ferai pas vacciner. Les effets secondaires sont beaucoup trop grands pour moi.»

Mireille, une infirmière, est du même avis. «Les vaccins n’ont pas toujours la bonne souche, a dit celle qui a contracté le virus au travail, comme plus de 85 autres membres du personnel. Là, c’est de l’inconnu. Et le vaccin a été fabriqué rapidement. Quelles seront les séquelles possibles?»

Deux autres collègues, une préposée et une infirmière auxiliaire comptent se prévaloir du vaccin.

Évelyne, infirmière à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins de Cowansville, croit que le vaccin n’a pas été assez éprouvé en tests cliniques. «Ça a été une véritable course pour être la première entreprise pharmaceutique à sortir un vaccin. Je ne veux pas prendre de risque pour ma santé. Et je suis loin d’être la seule à le penser.»

Les commentaires recueillis auprès de membres du personnel à l’hôpital de Granby vont dans le même sens. Idem pour des travailleuses des CHSLD de Cowansville, ainsi que Marie-Berthe-Couture puis Vittie-Desjardins à Granby.

La présidente de la FIQ-SPSCE, Sophie Séguin.

Sur la «corde raide»

Jusqu’ici, le gouvernement Legault a indiqué que l’on n’obligerait pas les travailleurs de la santé à se faire vacciner contre la COVID-19. La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, est toutefois sur le qui-vive. «La vaccination est un sujet très délicat auprès de nos membres, a confié celle qui représente entre autres des centaines d’infirmières. Normalement, ça se fait sur une base volontaire. Mais, le gouvernement changera-t-il d’idée? On est sur la corde raide.»

Selon Mme Séguin, la FIQ a récemment demandé des avis légaux concernant une éventuelle volte-face. «On est inquiets. Les travailleurs de la santé doivent assurer la sécurité des patients, mais ils ont aussi des droits individuels.

La présidente syndicale cite en exemple un cas de figure. «Si des employées sont en arrêt après avoir été infectées par la COVID au travail, mais qu’elles ont refusé d’être vaccinées, seront-elles rémunérées ou envoyées chez elles sans solde?»

Sophie Séguin n’était «pas surprise» des commentaires recueillis par La Voix de l’Est concernant l’adhésion ou non du personnel de la santé à la vaccination. «Quand il y a un nouveau vaccin, il y a toujours une prise de conscience qui se fait, a-t-elle mentionné. Souvent, les gens vont suivre de près les effets secondaires, les facteurs de risque, avant de prendre une décision finale.»

Obligation morale

Le président de l’Association des médecins omnipraticiens d'Yamaska (AMOY), Dr Jacques Bergeron, est d’avis que les travailleurs de la santé ont une certaine «obligation morale» de se faire vacciner contre la COVID-19. «Premièrement, pour être en mesure de continuer à donner les services et deuxièmement, en donnant l’exemple au reste de la population.»

Le Dr Bergeron se dit par ailleurs déçu qu’une forte proportion de membres du personnel questionnés par La Voix de l’Est, évoluant dans plusieurs secteurs d’activité et types d’emplois, ne souhaitent pas être inoculés. «On parle pourtant de gens sensibilisés. Si on veut atteindre une immunité collective qui aura un impact sur la gestion de la pandémie, il faut atteindre entre 75% et 80% de vaccination de la population», a-t-il rappelé.

Le président de l’AMOY, Dr Jacques Bergeron.

Le président de l’AMOY soutient que les résultats des études cliniques sur les vaccins, notamment celui du géant Pfizer, devraient dissiper les craintes. «Les études ont duré près de six mois. Et à ce jour, a dit l’omnipraticien, on n’a aucun décès chez les candidats et aucune hospitalisation ni complication.»