Des toponymes inusités

La lecture de leur nom fait sourire et pique la curiosité. Pourquoi s'appellent-ils ainsi ? La Voix de l'Est est remontée à l'origine de l'appellation parfois farfelue de certains lieux et chemins de la région.
L'Île-du-Diable, Roxton Pond
Située aux abords du lac Roxton, du côté de l'école primaire, l'Île-du-Diable tient son nom d'une légende locale qu'on peut notamment lire sur le site Internet de la municipalité de Roxton Pond.
Ainsi, la légende veut que cette petite île servît de lieu de fête pour les jeunes adultes, qui s'y réunissaient pour danser. Un beau samedi soir, une jeune et jolie femme répondant au nom d'Antoinette y aurait rencontré un charmant et énigmatique inconnu de quelques années son aîné.
Le couple dansa jusqu'à ce qu'il disparut soudainement dans un bruit assourdissant ressemblant au tonnerre, accompagné d'une lueur rougeâtre provenant du sol. Les jeunes fêtards entendirent ensuite un cri strident qui s'évanouit dans le silence. Ils retrouvèrent un peu plus loin le corps inerte d'Antoinette ainsi que deux traces de pas imprimées dans le rocher de l'île : les empreintes du Diable.
Par ailleurs, il y a plus d'une Île-du-Diable dans le monde. Il en existe une autre en Guyane, où on y déportait des prisonniers politiques français. Cette autre Île-du-Diable appartient à l'archipel des Îles du Salut, au nord du Brésil. Enfin, un autre archipel, cette fois-ci à Djibouti, non loin de la Somalie, porte le nom des Îles-du-Diable et regroupe deux petites îles volcaniques.
Le chemin du Vide, Sainte-Angèle-de-Monnoir
Avec un tel toponyme, il serait facile de croire que le chemin du Vide ne mène nulle part, mais il n'en est rien. Cette artère, qui relie la route 112 au coeur du village de Sainte-Angèle-de-Monnoir, tiendrait plutôt son nom d'une unité de mesure désuète.
En effet, selon la Commission de toponymie du Québec, le « vide » dans le nom de cette voie ne réfère pas au néant, mais à « un terme d'arpentage qui désignait un espace de terrain plus ou moins étroit de forme irrégulière, se situant entre deux divisions cadastrales ». Une définition qui n'est toutefois plus utilisée couramment de nos jours.
La rang de l'Égypte, Saint-Valérien-de-Milton
Il n'y a ni pyramides ni Sphynx au bout de ce chemin, alors pourquoi diantre s'appelle-t-il ainsi ?
C'est sur ce chemin que fut construite dès 1852 la toute première chapelle de Saint-Valérien-de-Milton, nommée « Saint-Enfant-Jésus en Égypte », en référence à la fuite de Joseph et de Marie en terres égyptiennes avec Jésus, alors nouveau-né, pour lui éviter la mort telle qu'ordonnée par Hérode, relève Suzanne Normandin, qui a rédigé un livre pour les 150 ans de la municipalité.
Le vocable étant un peu long, la paroisse est rapidement appelée Égypte. Éventuellement, une église fut construite au coeur de la paroisse de Saint-Valérien-de-Milton et la chapelle fut démolie. Mais le rang de l'Égypte en rappelle désormais l'existence.
Mystérieux Mystic
L'origine de l'appellation du petit hameau de Mystic, situé à Saint-Ignace-de-Stanbridge, demeure entourée de mystère. Certaines sources laissent penser que l'endroit tient son nom des pratiques rituelles et religieuses de ses premiers habitants ; d'autres attribuent son appellation au terme amérindien « mistik », qui signifierait « bois ».
Une interprétation reprise par le site Mémoire du Québec, qui suggère aussi que l'origine toponymique de Mystic « pourrait être la transformation graphique d'un mot de la tribu amérindienne des Wampanoags "mush-uhtuq" signifiant "grande rivière" », ou bien une déformation du terme algonquien « Missi-Tuk » signifiant « une grande rivière dont les eaux sont entraînées par les vagues ».
Peut-être se pourrait-il également que le hameau tienne son nom de l'une ou l'autre des communautés américaines du même nom. On retrouve en effet des villages dénommés Mystic au Colorado, en Californie, en Iowa, au Kentucky et au Dakota du Sud.
Le Klondike, Saint-Alphonse-de-Granby
Rappelant la célèbre ruée vers l'or à cette rivière du Yukon, le secteur du Klondike à Saint-Alphonse-de-Granby tiendrait son appellation de la richesse qu'il a apportée à de nombreux cultivateurs du coin, dans la seconde moitié du 19e siècle.
« Le Klondike fait référence à une terre lotie à partir de 1850 par Amédée Dion. Plusieurs cultivateurs ayant acheté des lots ont tiré des revenus importants grâce au bois et aux érablières qu'ils y ont exploitées », explique Johanne Rochon, directrice générale de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.
Et bien qu'il n'y ait pas eu trace d'or en ces terres alphonsoises, la couleur dorée du sirop d'érable pourrait rappeler à certains ce métal précieux qui a fait rêver bon nombre de prospecteurs.
En vrac
L'Île à l'ail, Saint-Césaire
Selon l'historien et président de la Société d'Histoire et de généalogie des Quatre Lieux, Gilles Bachand, l'Île à l'ail représente le tout premier endroit défriché dans le secteur de Rouville, en 1781, à la demande du gouverneur du Canada de l'époque, Frederick Haldimand. Celui-ci souhaitait y aménager un poste de commandement aux abords de la rivière Yamaska pour se rapprocher des États-Unis. C'est aussi à cet endroit, situé entre les rangs du Haut-de-la-Rivière et la rivière Yamaska, qu'a été aménagé le tout premier potager de cette région. On devine ce qui a pu y être cultivé...
Angéline, Ange-Gardien
Situé au croisement du rang Saint-Georges et de l'ancienne voie ferrée du Stanstead-Shefford & Chambly, le tronçon ferroviaire reliant Farnham à Granby - ayant aujourd'hui laissé place à la Montérégiade - était autrefois appelé Angéline, pour « Angel Line », en référence à son passage en terres gardangeoises, nous apprend Gilles Bachand. Premier arrêt sur le tronçon de Granby, la gare Angéline a permis pendant plus d'un siècle aux habitants de l'endroit d'accueillir des marchandises et de prendre le train pour se déplacer. On y trouvait aussi un bureau de poste et un magasin général.
Rue des Murmures, Shefford
Selon la Commission de toponymie du Québec, le nom de cette rue serait dû à la présence de mûriers bien garnis dans ce secteur. Le nom « murmures » tiendrait donc son origine... d'un jeu de mots !
Rang des Anglais, Saint-Paul-d'Abbotsford
Bien que cette appellation n'ait jamais été officielle, le rang de la Montagne, à Saint-Paul-d'Abbotsford, a longtemps été surnommé le Rang des Anglais puisque bon nombre de colons américains loyalistes s'y étaient établis, indique M. Bachand. 
Rue du Couchant, Shefford
Toujours selon la Commission de toponymie du Québec, « cette voie de communication fut nommée ainsi, car il est possible d'y admirer le soleil couchant ».
Chemin du Loup, Sutton
On aurait donné ce nom à cette voie tout simplement parce que des loups auraient été entendus dans ce secteur, rapporte la Commission de toponymie du Québec.
Rue du Dépôt, Sutton
La rue Pine a déjà porté ce nom puisqu'elle menait à un entrepôt où étaient « déposés » les colis livrés par train en attendant d'être récupérés par les gens du village, explique Jeanne Morazain de l'organisme Héritage Sutton. C'est à la suite d'un grand incendie survenu en 1898 que le chemin a été rebaptisé en l'honneur du grand pin ayant survécu au sinistre. Une autre voie menant à l'entrepôt, la rue Boright, a pour sa part été renommée rue du Dépôt.
Chemin du Filtre, Sutton
« Ce chemin est situé à proximité d'installations pour l'approvisionnement en eau potable du village. Son nom réfère à l'existence d'un filtre naturel - un banc de sable et de gravier - pour assainir l'eau qui descendait de la montagne », indique Mme Morazain.