L'empreinte des cercueils est perceptible dans le sol remué et passé au peigne fin par l'équipe de la coopérative Artefactuel, mandatée pour l'inventaire archéologique.

Des tombeaux mis au jour

Le passé livre ses secrets ces jours-ci. Un inventaire archéologique est en cours sur le site d'un ancien cimetière dans le stationnement de l'église Notre-Dame, à Granby.
Une portion du stationnement de l'église Notre-Dame est le théâtre d'une opération rarissime à Granby, ont relevé Alexandre Patenaude, Louis Gilbert, Daniel Surprenant et Pascal Bonin.
Ce type d'opération, rarissime à Granby, a permis à ce jour de découvrir 35 sépultures datant du milieu des années 1800. L'empreinte des cercueils est parfaitement perceptible dans le sol remué et passé au peigne fin. De la vieille quincaillerie (poignées, pentures, etc.) se laisse parfois découvrir. Mais il s'agit essentiellement de « fonds de cercueils », a laissé savoir mercredi le président de la coopérative Artefactuel et archéologue, Louis Gilbert, à l'occasion d'un point de presse. 
Détail important : pratiquement aucun ossement n'a été trouvé sur place. « Ce qu'on a noté, c'est que la plupart, ou même toutes ces sépultures semblent avoir été exhumées », dit Louis Gilbert. 
Les travaux en cours s'inscrivent dans le cadre du réaménagement de l'église Notre-Dame, destinée à devenir le pavillon Notre-Dame et à accueillir à partir de septembre 2018 les étudiants de la technique de génie mécanique du Cégep de Granby. Dans l'exercice, des travaux sont aussi réalisés dans la nef afin d'en faire une salle multifonctionnelle, qui sera utilisée dans le cadre d'activités culturelles et communautaires.  
Pas une surprise
La présence de cet ancien cimetière n'est pas une surprise. Une étude de potentiel archéologique réalisée l'an dernier avait permis d'établir que le terrain situé derrière le presbytère démoli au printemps avait fait office de cimetière, alors qu'une première chapelle avait été érigée sur place en 1842.
Selon l'agent de gestion documentaire à la Ville, Alexandre Patenaude, le cimetière a été utilisé de 1842 à 1889. Les registres paroissiaux de l'époque rapportent qu'environ 475 sépultures ont pu y être enfouies entre 1860 et 1875. Lorsque le cimetière a atteint sa pleine capacité, la fabrique de la paroisse a procédé à l'acquisition des terrains de l'actuel cimetière Notre-Dame, en place sur la rue Cowie depuis 1889. 
Il subsiste des traces des démarches entreprises à cette époque pour exhumer des défunts et les déplacer rue Cowie. Au moins 85 exhumations ont été documentées. L'existence d'une fosse commune a aussi retracée. « Mais le flou des archives ne permet pas de savoir exactement ce qui est arrivé pour l'ensemble des sépultures », relève Alexandre Patenaude. D'où la nécessité de cet inventaire archéologique, qui devrait se dérouler jusqu'au 4 août, avant la poursuite des travaux de construction.
Respect
Le maire de Granby, Pascal Bonin, a tenu à se faire rassurant sur le « sérieux » des travaux. Tout est effectué dans le plus grand respect des sépultures, a-t-il affirmé. La dépouille de l'abbé Marcel Gill, ce fondateur et bâtisseur de l'église qui se trouvait dans une crypte sous le choeur, a été déplacée vers le cimetière de la rue Dufferin avec le même respect, dit le maire. 
Selon l'archéologue Louis Gilbert, les vestiges du lieu de culte qui a précédé l'église actuelle ont aussi refait surface dans le cadre de ces travaux. Des fouilles sont réalisées afin de dénicher des objets qui pourraient permettre d'en apprendre un peu plus sur la vie de l'époque. Mais les indices se font rares. 
« Il n'y a qu'un tesson de céramique qui a été trouvé dans une tranchée de fondation. C'est étonnant. D'habitude, il y a du matériel sous les planchers. Il n'y a même pas de clous. D'habitude, on en trouve dans les démolitions comme ça. Peut-être qu'on a enlevé les couches d'occupation et même les couches de démolition au moment des travaux d'aménagement du stationnement », avance Louis Gilbert. 
Tout ce qui aura été trouvé dans le cadre de cet inventaire sera acheminé à un laboratoire pour analyses. Si os il y a, ils seront remis à la Ville qui verra à leur inhumation avec la fabrique. Les objets pourraient pour leur part être exposés ou mis en réserve. 
Le réaménagement de l'église Notre-Dame entraîne des coûts estimés à près de 9 millions $, dont 5 millions $ seront assumés par la Ville. Le contrat principal pour la réalisation des travaux de construction devrait être attribué lors de la séance ordinaire du conseil municipal de septembre, souligne le directeur du bureau de projets à la Ville, Daniel Surprenant.