L'église Saint-Joseph est au coeur des souvenirs d'enfance de l'artiste Marie Chapdelaine.

Des souvenirs qui s'envolent

Journée empreinte d'émotions mercredi pour Marie Anna Bérubé, 99 ans. L'église Saint-Joseph à Granby, où ses sept enfants ont été baptisés, où des mariages et des funérailles, dont celles de son mari, ont été célébrés, a commencé à tomber sous le pic des démolisseurs.
Journée empreinte d'émotions pour plusieurs Granbyens dont l'attention a été attirée par la démolition de l'église Saint-Joseph, située boulevard Leclerc.
« Ça me fait de quoi ! Ce sont de gros souvenirs pour nous autres », a laissé tomber Mme Bérubé en suivant des yeux le ballet de la pelle mécanique qui s'activait autour de l'ex-lieu de culte.
C'est un de ses fils, Benoit Laberge, qui l'a avisé des travaux en cours et est allé la chercher en début d'après-midi. « Même si je m'étais sentie mal, je serais venue », a laissé tomber Mme Bérubé, rencontrée sur place. 
Celle-ci conserve un vif souvenir du curé fondateur de la paroisse, Joseph Poitevin, qui s'est montré généreux envers sa famille et dont une statue trône en façade de l'église du boulevard Leclerc. 
« C'est déplorable. C'est un autre pan du patrimoine qui disparaît. Mais c'est moins pire, s'il y a un CHSLD­ à la place. Ça aurait été plus frustrant si ça avait été un promoteur de condos », a pour sa part commenté­ Benoit Laberge. 
Même charge émotive pour l'artiste Marie Chapdelaine. L'église est au coeur de ses souvenirs d'enfance. Son père, Marcel Chapdelaine, a été responsable des finances de la paroisse. « Ça me trouble, a-t-elle lancé. Beaucoup d'événements de la famille se sont passés ici. Ma soeur s'y est mariée. Quand j'étais jeune, j'allais à l'école Saint-Joseph. L'église était toujours ouverte. Je passais à travers et je mettais mes petits doigts dans la cire des lampions en passant. C'étaient des petits mauvais coups. Je faisais aussi des petites sculptures avec la cire... »
Page d'histoire 
La démolition de l'église, située sur une artère passante, n'est donc pas passée inaperçue mercredi. Les travaux, qui devraient se poursuivre ce jeudi, ont attiré de nombreux badauds. 
La paroisse Saint-Joseph a été fondée en 1948. L'église a été inaugurée en 1950. Elle a été acquise par la Fondation du CHSLD Horace-Boivin­ en 2005. La dernière messe y a été célébrée en 2013 par l'évêque de l'époque du diocèse de Saint-Hyacinthe­, Mgr François Lapierre. 
La démolition de l'ex-lieu de culte était devenue inévitable, car les lieux étaient en très mauvais état. « Il aurait fallu investir beaucoup trop dedans », a souligné mercredi l'ex-président de la Fondation du CHSLD­ Horace-Boivin­, Louis Choinière­. Toujours engagé au sein de la Fondation pour les projets de construction, M. Choinière­ a affirmé que la statue de l'abbé Poitevin­ devrait avoir sa place dans le nouveau projet qui sera appelé à se déployer sur le site. 
La Voix de l'Est a récemment rapporté que la Fondation aimerait obtenir le feu vert pour que le projet de CHSLD de 198 lits y voit le jour. Le CIUSSS de l'Estrie devrait lancer un appel d'offres prochainement.
Selon Louis Choinière, des travaux étaient en cours depuis quelques semaines pour retirer l'amiante qui se trouvait à l'intérieur du bâtiment. 
« J'aurais aimé qu'on garde certaines choses. Je trouve qu'on va trop vite avec les démolitions. J'ai l'impression qu'en Europe, on conserve plus l'histoire et les vieilles choses. C'est correct s'il y a une résidence pour personnes âgées, mais j'aurais aimé qu'on garde l'histoire, comme un bout de clocher, et que l'architecture soit intégrée avec l'ancienne église », dit Marie Chapdelaine. 
M. Choinière précise que les cloches de l'édifice religieux devraient à tout le moins être conservées. 
La paroisse Saint-Joseph aura malgré tout survécu à l'église, car elle regroupe aujourd'hui les églises Saint-Luc, Sainte-Famille et Très-Sainte-Trinité.