Le chevrillard aux airs de Bambi fait maintenant partie de la famille.
Le chevrillard aux airs de Bambi fait maintenant partie de la famille.

Des Roxtonais veulent récupérer la garde d'un cerf domestique

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Mardi matin, c’est le cœur gros qu’Érika Dubeau Ménard a confié Mémé aux soins d’un parc zoologique. La jeune femme de Roxton Pond lance maintenant un cri du cœur afin de récupérer la garde de son cerf domestique­ âgé de cinq mois.

Mme Dubeau Ménard allègue qu’elle a été obligée de se départir de son animal après qu’un agent de protection de la faune le lui a ordonné, mardi. La visite du patrouilleur fait suite à une plainte reçue au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP). À défaut de se conformer dans les délais prescrits, le chevrillard aurait été saisi, voire abattu, affirme sa propriétaire, encore chamboulée au moment où elle a été contactée par La Voix de l’Est.

La jeune femme et son père ont accueilli le cervidé alors qu’il était bébé naissant, en mai dernier. Le duo avait trouvé le faon dans un fossé, près de sa mère, morte après avoir été happée par une voiture en bordure d’une route d’Acton Vale. « Il avait encore son cordon ombilical, il était sous un tas de branches près de sa mère », se rappelle Mme Dubeau Ménard.

La famille de chasseurs a pris l’initiative de ramener l’animal à la maison pour le nourrir — au biberon — et soigner sa patte fêlée. Les jours ont passé et l’attachement des Roxtonais pour Mémé a grandi ; le chevrillard aux airs de Bambi fait maintenant partie de la famille.

Mémé va et vient entre la maison familiale et l’extérieur, gambade à sa guise dans la cour durant la journée, mais rentre chez lui pour dormir toutes les nuits. Il accourt quand on l’appelle. « C’est comme un petit chien », illustre Mme Dubeau Ménard.

La « maîtresse » de Mémé se fait beaucoup de mauvais sang pour son animal domestiqué, sachant qu’il ne saurait pas s’adapter s’il était relâché en nature. Cela signerait son arrêt de mort. « Un cerf, s’il est retiré de son habitat habituel, peut mourir à cause du stress », allègue la jeune femme.

Pétition

Mme Dubeau Ménard a créé une pétition pour réclamer l’obtention d’un permis afin de récupérer la garde de Mémé. La missive cumulait déjà près de 500 appuis, quelques heures après sa mise en ligne, mardi.

« Tout ce que je veux, c’est un permis pour pouvoir garder Mémé, implore Mme Dubeau Ménard. On est prêts à faire des compromis avec les agents de la faune. On est prêts à faire notre part, s’ils font la leur. »

Elle a également alerté le bureau du député de Granby, François Bonnardel. Le personnel du député nous a indiqué l’avoir redirigée vers des ressources adéquates et fait le pont avec le député André Lamontagne, du comté voisin dans lequel les événements se sont produits.

Mme Dubeau Ménard a également été invitée à prendre contact avec un couple de Wentworth-­Nord, dans les Laurentides, qui a vécu une situation en tous points similaire l’an dernier. (Voir encadré)

Enquête

Du côté du MFFP, on confirme qu’un agent de protection de la faune s’est présenté sur les lieux, mardi matin. « Le dossier est toujours sous enquête. On investigue pour comprendre comment l’animal s’est retrouvé là. L’animal n’a pas été saisi et il n’y a pas eu d’autre intervention que cette visite », a confirmé Nicolas Bégin, responsable des relations médias pour les dossiers touchant­ la faune au ministère.

La Voix de l’Est a retracé Mémé dans le parc zoologique. On nous a fait savoir qu’il était sous l’observation d’un vétérinaire et qu’il se portait bien.

Érika Dubeau Ménard et son père Stéphane veulent récupérer la garde du cervidé qu’ils ont accueilli alors qu’il était bébé naissant.

De May... à Mémé

L’histoire semble se répéter. Celle de Mémé n’est pas sans rappeler la mésaventure de May, une biche saisie par les gardes-chasses avant d’être retournée dans sa famille adoptive, quelques jours plus tard.

Les propriétaires de May, un couple de Wentworth-Nord, dans les Laurentides, ont accueilli l’animal âgé d’à peine quelques jours près du corps inerte de sa mère, morte en bordure d’une route. Brigitte Thomas et Yves Martel avaient dès lors pris le faon sous leur aile et l’ont domestiqué pendant quatre ans et demi avant qu’il ne soit saisi par la faune, à la fin de novembre 2016. Le couple s’exposait alors à une amende pouvant aller de 680 $ à 1400 $.

Le cri du cœur du couple, qui souhaitait conserver l’animal, avait connu un fort écho sur les réseaux sociaux, si bien que la nouvelle a vite fait le tour de la province.

Devant l’émoi généralisé suscité par la saisie de May, une entente était survenue entre les propriétaires de la biche et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui a accepté de délivrer un permis spécial afin que l’animal rentre au bercail.

Érika Dubeau Ménard entrevoit dans l’histoire de May, quasiment identique à celle de Mémé, l’espoir de connaître une fin heureuse, elle aussi.

Mémé va et vient entre la maison familiale et l’extérieur, mais revient dormir chaque nuit chez lui.

Ce que dit la loi

Au Québec, la garde en captivité d’animaux sauvages est régie par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Ce dernier délivre un permis à ceux qui peuvent ensuite offrir un refuge et des soins aux bêtes, en vertu du Règlement sur les permis de garde d’animaux en captivité. 

À titre d’exemples, les jardins zoologiques, les centres d’observation de la faune, les cirques, les courtiers d’animaux et les dresseurs, pour ne nommer que ceux-là, sont soumis au règlement et respectent diverses conditions pour obtenir et conserver leur permis.

Une infraction à la réglementation du ministère peut mener à des constats et des amendes pouvant aller à plusieurs centaines de dollars.

Le MFFPQ rappelle que si un animal sauvage est retrouvé blessé, il est impératif de le signaler à SOS Braconnage au 1-800-463-2191, par courriel à centralesos@mffp.gouv.qc.ca ou en ligne, sur le site du ministère.