Selon une employée du CHSLD de Cowansville, certains résidents passent près de deux semaines sans recevoir de bain en raison du manque d’effectifs.

Des résidents privés de bain

Les soins prodigués aux résidents du CHSLD de Cowansville continuent de se dégrader en raison du manque d’effectifs, a appris La Voix de l’Est. Selon du personnel de l’établissement, certains usagers n’auraient pas reçu de bain depuis près de deux semaines. La pénurie de ressources, qui devrait s’accentuer durant la période de vacances, laisse présager le pire.

Alors que les spécialistes météo prévoient une nouvelle vague de chaleur au cours des prochains jours, le personnel du centre d’hébergement, qui se déploie sur quatre étages, peine à donner les soins aux patients. L’abolition de deux postes d’infirmières auxiliaires au sein du CHSLD de Cowansville l’automne dernier, découlant d’une réorganisation des effectifs par le CIUSSS de l’Estrie à la demande du ministère de la Santé, n’a fait qu’envenimer les choses, clame une employée. Celle-ci a préféré que l’on taise son nom afin d’éviter des représailles de son employeur. « Depuis des mois, on n’est jamais en nombre suffisant. Et malheureusement, ce sont les résidents qui écopent. Juste la fin de semaine passée, il manquait une à deux personnes de jour et une de nuit. Il y a une quinzaine de bains qui n’ont pas été donnés sur quatre jours. Et ils ne seront jamais repris, cite-t-elle en exemple. [...] C’est certain que des gens n’ont pas eu de bain durant au moins deux semaines. C’est déplorable, mais à cause du manque de personnel, on est rendus là. »

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, corrobore que les répercussions du manque d’effectifs au centre d’hébergement, entre autres en ce qui concerne les bains, sont « très préoccupantes ». « Déjà, un bain qui n’est pas donné, c’est un de trop. Mais ça va bien au-delà de ça, fait-elle valoir. On a demandé à ce que ce soit documenté [le nombre de bains] le plus possible pour voir l’étendue du problème. »

Discordance
Appelé en mars à commenter le dossier du manque de ressources au CHSLD de Cowansville, le CIUSSS de l’Estrie avait indiqué qu’un comité, incluant l’employeur et le syndicat, devait évaluer la charge de travail de l’équipe de soir de l’établissement.

La directrice adjointe du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS, Maryse Trudeau.

La présidente syndicale déplore le peu d’avancement des pourparlers avec le CIUSSS. « Il y a eu quelques rencontres, mais il n’y a pas grand-chose qui a bougé à propos des effectifs manquants, ni même de leur remplacement. » Son de cloche discordant du côté de la directrice adjointe du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS, Maryse Trudeau, qui affirme avoir amené quelques pistes de solutions. L’une d’elles consiste à ajouter des « aides de service ». « C’est une nouvelle catégorie d’emploi qui peut faire des tâches pour “décharger” les préposés et les infirmières auxiliaires », précise-t-elle. Or, le dossier est sur la glace. « D’un commun accord avec les partenaires syndicaux, on a décidé de reporter les échanges à l’automne [début septembre], considérant les vacances estivales », mentionne Mme Trudeau. Il n’a toutefois pas été possible de valider cette information auprès de la FIQ-SPSCE.

La représentante du CIUSSS réitère également qu’en parallèle à la coupure de postes d’infirmières, l’équivalent de 4,2 postes de préposés aux bénéficiaires à temps complet a été créé au centre d’accueil de Cowansville. Ce qui a permis de stabiliser l’équipe qui, selon elle, a le personnel suffisant. Ce que réfute Sophie Séguin. « À charge de travail régulière, on n’est même pas capables de combler les effectifs. Il manque de préposés et d’infirmières pour assurer les soins aux patients. [...] La recette miracle du CIUSSS, c’est le TS [temps supplémentaire] et le TSO [temps supplémentaire obligatoire]. C’est appliqué à cœur de journée. Ça n’a pas d’allure. Les gens sont au bout du rouleau et tombent en invalidité. Surtout en période de grande chaleur. Pendant ce temps, les soins aux patients continuent de se dégrader. »

D’ailleurs, la présidente de la FIQ-SPSCE invite les usagers, et leurs proches, qui estiment être lésés dans leurs droits d’obtenir des soins de qualité, à déposer des plaintes auprès du commissaire aux plaintes concernant les répercussions du manque de ressources en CHSLD.

Contingences
Maryse Trudeau admet que la pénurie de main-d’œuvre en centre d’hébergement est toujours bien présente dans les établissements du territoire estrien. Pour pallier le manque de ressources, un plan de contingences est appliqué, affirme-t-elle. À titre d’exemple, la nécessité de donner un bain aux résidents en CHSLD est évaluée « sur une période de 24 h ». « On n’aime pas y arriver, dit-elle, mais quand ce n’est pas possible de donner un bain, la toilette partielle prend la place. [...] On priorise selon les besoins de la clientèle. Pour certains, les impacts sont plus négatifs que d’autres. »

Mme Trudeau n’était pas en mesure lundi de préciser la quantité de bains non reçus au cours des dernières semaines par des résidents du centre d’hébergement de Cowansville. Elle concède néanmoins que le manque d’effectifs y est actuellement criant. « On trouve ça pertinent que [notre personnel] ait son temps de vacances. Mais ça nous rend vulnérables, surtout la fin de semaine. [...] Les absences ponctuelles ne sont pas nécessairement remplacées. C’est une difficulté supplémentaire qui s’ajoute. »