Cindy Beaudry est copropriétaire, avec son frère Billy, d'EdaNature.

Des pionniers de la fève edamame

Cindy et Billy Beaudry cherchaient un produit à la fois santé et appétissant. Leur choix s'est arrêté sur la fève edamame. Aujourd'hui, le frère et la soeur sont devenus les seuls producteurs québécois à la commercialiser en magasin.
L'edamame est une fève de soya récoltée plus tôt.
À Saint-Valérien-de-Milton, la famille Beaudry oeuvre depuis belle lurette dans la grande culture. Billy et Cindy souhaitaient démarrer un projet bien à eux, tout en s'impliquant dans l'entreprise familiale. Leur bébé porte le nom d'EdaNature. 
« On cherchait un produit qui s'inscrit dans le mouvement santé, mais on voulait quelque chose qui était bon », raconte Cindy Beaudry, installée derrière sa table de dégustation à la Halte gourmande du potage Mont Rouge, à Rougemont.
En 2014, ils mettaient en terre leurs premiers plants ; leur première récolte a fait son entrée à l'automne dans les congélateurs. Depuis, la jeune entreprise agroalimentaire surfe sur la vague de popularité de l'edamame. La croissance a surtout été marquée cette année. 
« Avant je faisais un peu moins de ventes en été, mais cette année ça n'a pratiquement pas paru, remarque Mme Beaudry. On voit des recettes régulièrement, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. Les gens l'ont vraiment adoptée et la mettent de plus en plus dans leur alimentation. »
Il faut dire que cette fève, cultivée sans OGM à Saint-Valérien-de-Milton­, est la plus protéinée des légumineuses. « Il y a 10g de protéine par 100g. [...] Ça a un goût très léger, souvent les gens sont surpris. La texture aussi est plus croquante, plus ferme que les pois rouges qui vont être plus pâteux. C'est vraiment la texture qui la différencie des autres légumineuses. C'est une des meilleures façons de manger le soya parce qu'il n'est pas transformé. Il est récolté, nettoyé, blanchi et surgelé. Il n'y a rien d'ajouté, tout est naturel. »
L'edamame est en effet issu du même plant que le soya ; c'est le moment de récolter qui diffère. L'edamame peut être cueillie quand le plant est encore bien vert, tandis que le soya est prêt lorsque les feuilles tombent et qu'il sèche.
Agriculture vs agroalimentaire
Bien que Cindy et Billy travaillent au sein de l'entreprise familiale, ils ont eu beaucoup à apprendre avant de se lancer dans la culture de la fève edamame. 
« Le démarrage de l'entreprise, c'est vraiment quelque chose de différent, explique la dame. L'agroalimentaire est très différent de l'agricole. On s'est rendu compte que ce sont deux mondes extrêmement séparés. Dans le fond, il n'y a aucun de nos contacts en agricole qui rejoignait l'agroalimentaire. C'est rare que quelqu'un connaisse très bien les deux milieux. On est partis à zéro. J'aurais pu venir d'un autre domaine et je serais partie d'aussi loin dans tout ce qui est la mise en vente. »
Différence majeure : la mise en marché. Le producteur doit approcher directement les lieux de vente pour faire valoir son produit, contrairement aux grandes cultures où les prix sont déterminés en bourse. Mme Beaudry­ cumule donc les présences auprès du consommateur pour faire connaître ses fèves, comme dans les marchés publics, et elle approche les épiceries pour que son produit s'y taille une place. 
En épicerie
Jusqu'à présent, elle compte une cinquantaine de points de vente, dont le Four du roi à Granby. Elle garde toujours espoir d'augmenter sa présence dans la ville et se montre tenace.
Ceci dit, le sac d'EdaNature se trouve dans la majorité des villes et villages. « Ça va bien, il y a une belle réception. C'est sans OGM, je pense que c'est de quoi que les épiceries recherchent, en plus d'encourager une ferme familiale. Ça fait une différence dans nos vies quand ils achètent un de nos produits plutôt que celui d'un autre pays », relève la productrice.
Un autre défi concerne la récolte puisqu'il n'y a pas encore d'expertise avec l'edamame au Québec­. Les machineries ont besoin d'ajustements et il y a des essais et erreurs avec la récolte, ajoute-t-elle. Les manipulations après-récolte - écosser, nettoyer, blanchir et surgeler - demandent aussi des investissements­ importants.
Son frère, quant à lui, gère la récolte et ce qui s'y rattache. La saison a par ailleurs été difficile. Avec le manque de chaleur et le surplus de pluie, les plants sont sortis de terre, mais ont mis du temps à grossir. Les mauvaises herbes leur ont fait la vie dure.
 Au final, EdaNature ne manquera pas toutefois de fèves puisqu'elle compte plus de plants pour faire face aux impondérables. La récolte est d'ailleurs en cours sur la terre des Beaudry.