<em>La Voix de l’Est</em> a consulté, au hasard, des annonces de logements à louer sur son territoire. Dans plusieurs cas, des propriétaires font usage de critères discriminatoires dans le choix de leur futur locataire.
<em>La Voix de l’Est</em> a consulté, au hasard, des annonces de logements à louer sur son territoire. Dans plusieurs cas, des propriétaires font usage de critères discriminatoires dans le choix de leur futur locataire.

Des petites annonces discriminatoires

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Même si la discrimination est formellement interdite au moment de louer un logement, certains propriétaires n’hésitent pas à faire part de leurs préférences directement dans les annonces de logements à louer.

En plus des tactiques dévoilées par les propriétaires eux-mêmes sur les réseaux sociaux, le Regroupement des comités logement et association des locataires du Québec (RCLALQ) recense également les petites annonces classées en ligne, où dans certains cas, des critères de sélection illégaux sont inscrits noir sur blanc comme des facteurs discriminatoires dans le choix du locataire : « Besoin d’avoir un emploi stable et références. Enquête de crédit sera [faite]. SVP ne contactez pas si vous êtes sans emploi » ; « Loyer à long terme. Pour 1 personne seulement. Pas de couple. Une personne qui travaille ».

La Voix de l’Est a réalisé l’exercice en parcourant, au hasard, des annonces de logements à louer sur son territoire. Si la grande majorité n’indiquait pas à quel type de personne les propriétaires souhaitaient louer, il a tout de même été possible d’en trouver où on recherchait quelqu’un sans dossier criminel, « pour les 60 ans et plus seulement », « pour personne seule », « pour personne seule ou couple sans enfants, 40 ans et plus », pour une « personne qui travaille seulement » ou « un travailleur qui a un emploi stable ». « Alcoolique s’abstenir » demande-t-on dans une autre annonce.

Pourtant, dans ses règles d’utilisation, Kijiji interdit d’« afficher des annonces qui enfreignent [sa] politique d’égalité en matière de logement », qui spécifie explicitement qu’on ne peut discriminer en fonction des critères mentionnés dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Plusieurs annonces recensées sur Kijiji par<em> La Voix de l’Est</em> ne respectent pas la Politique d’égalité en matière de logement publiée par l’entreprise sur son site.

Invité à expliquer de quelle manière l’entreprise s’assure du respect de sa politique en ligne, Kijiji n’a pas été en mesure de nous accorder une entrevue avec un de ses porte-parole. On nous a plutôt référé à la politique pour laquelle nous souhaitions connaître les modalités d’application, de même qu’à ses conditions d’utilisation qui mentionne que les annonces doivent être signalées pour être modérées.

Certaines des annonces portées à son attention en raison de leur caractère discriminatoire avaient toutefois été retirées de sa plateforme dans les heures suivant notre échange de courriels.

Lespac

Du côté de Lespac, un autre site de petites où on a pu retrouver des logements à louer également annoncés sur Kijiji, il a été possible de consulter quelques annonces de logement destinées seulement à des travailleurs. Une autre mentionne « pas d’enfants, pas fumeur, 25 ans et +. Idéal pour jeune professionnel ou travailleur saisonnier ».

Contrairement à Kijiji, Lespac ne semble pas disposer d’une politique contre la discrimination dans l’affichage de logements à louer. On peut toutefois lire dans la politique de confidentialité de la plateforme qu’il est interdit de « publier des annonces qui contiennent des propos diffamatoires, discriminatoires ou haineux à l’égard d’individus ou de groupes ou qui sont offensants, obscènes, vulgaires ou qui portent atteinte à la vie privée d’un individu ».

Aucune plainte n’a jamais été formulée auprès de son équipe de service à la clientèle par rapport à une annonce discriminatoire, souligne Benoit Béland, directeur marketing de Lespac. Le cas échéant, le plaignant serait mis en contact avec la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. « Ça reste que la discrimination se retrouve peu dans les annonces et plus dans les échanges en dehors de nos sites », croit-il.

D’ailleurs, ajoute-t-il, Lespac participe à l’effort de sensibilisation de la CDPJ en permettant, autant aux propriétaires annonceurs qu’aux locataires qui effectuent une recherche, d’avoir un accès rapide aux guides rappelant les droits de l’un et l’autre.