Interpellé par L'Envolée, le député de Shefford, Pierre Breton, est confiant que le problème sera résolu sous peu.

Des pensionnaires à part

Le Centre de désintoxication L'Envolée sonne l'alarme. Certaines personnes aux prises avec des problèmes de dépendance aux drogues n'arrivent pas à faire payer leurs soins parce qu'elles vivent sur des réserves indiennes.
Il y a quelques jours, Radio-Canada faisait état, dans un reportage, du cas particulier de deux pensionnaires autochtones au Centre l'Envolée. Si l'un voyait sa cure payée par Québec, via l'aide sociale, l'autre n'y avait pas droit puisqu'il demeure dans une réserve amérindienne. Son dossier relevait alors de Santé Canada, qui ne finance que les cures dans les centres de désintoxication destinés aux membres des Premières Nations.
Or, ceux-ci offrent des séjours de courte durée et ne sont pas adaptés pour une clientèle avec une double problématique de santé mentale et de toxicomanie, explique Nicolas Bédard, directeur de L'Envolée.
« Notre objectif, ce n'est pas nécessairement d'accueillir ces personnes-là chez nous, mais plutôt de leur trouver une place quelque part pour qu'elles reçoivent l'aide à laquelle elles ont droit. Mais avec elles, je n'ai nulle part pour les référer. »
Le pensionnaire en question a quitté le centre il y a quelques jours.
Refus et détention
En raison de cette problématique, le Centre a récemment dû refuser un client autochtone vivant dans une réserve dans le secteur de Sept-Îles, sur la Côte-Nord. Un autre centre de thérapie a également fermé ses portes à une femme autochtone, mercredi, fait savoir M. Bédard.
En outre, deux autres membres de la clientèle autochtone demeurent détenus dans des prisons provinciales, le temps que le tout se régularise. « Leur date d'audience à la Cour a été reportée à la dernière semaine de février pour nous permettre de faire pression (auprès de Santé Canada) afin de pouvoir les admettre », indique M. Bédard, pour qui la situation n'a pas de sens.
La thérapie en centre - qui inclut tous les services, dont le gîte et le couvert, le blanchissage et bien sûr, le traitement - coûte un peu moins de 65 $ par jour par pensionnaire. La détention, elle, coûte 200 $ par jour par détenu à l'État. Bref, Québec paie actuellement les frais de détention pour des personnes dont Ottawa a la charge.
« Ils devraient être en cure, pas en prison. C'est aberrant, dans un système démocratique comme le nôtre, de priver quelqu'un de sa liberté. C'est excessivement grave », rage Nicolas Bédard, avant d'ajouter : « On les prive de leur liberté, d'un service auquel ils ont droit et tout ça coûte plus cher. Si j'étais un de ces hommes-là, j'engagerais des poursuites. »
Pierre Breton interpellé
Le 19 septembre dernier, la Coalition des centres communautaires en dépendance a fait parvenir une demande de rencontre à la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott. « Nous n'avons jamais eu de réponse. Pas même un accusé de réception », déplore M. Bédard.
Il y a environ dix jours, ce dernier a rencontré le député de Shefford, Pierre Breton, à qui il a demandé de jouer les entremetteurs.
« Je suis en communication avec le bureau de la ministre Philpott pour bien comprendre le dossier et essayer de trouver une solution », a fait savoir à La Voix de l'Est M. Breton­, mercredi après-midi.
Le député ne pouvait pas dire si certains de ses collègues à la Chambre des communes avaient également été interpellés à ce sujet par d'autres directeurs de centres au Québec.
Au Québec, Santé Canada finance en tout six centres de traitement destinés aux communautés des Premières Nations, a de plus fait savoir M. Breton. « On met 15 millions par année dans ce projet-là », dit-il. Cela pourrait expliquer pourquoi Santé Canada n'investit pas pour financer les thérapies des autochtones dans les établissements­ de traitement privés.
« Jusqu'ici, M. Bédard a décelé un vide qui semble nouveau. Il faut laisser à Santé Canada le temps de faire son travail et d'échanger avec les interlocuteurs concernés à Québec », a-t-il ajouté, confiant que le problème sera résolu sous peu.
Une situation complexe
Environ 1% de la clientèle des centres de réhabilitation est d'origine autochtone. Cela représente de 40 à 50 cas annuellement au Québec. «Mais ça n'inclut pas ceux qui se font traiter dans des centres des Premières Nations», spécifie Nicolas Bédard, qui est également président de la Coalition des centres communautaires- en dépendance.
En tout, 12 membres des Premières Nations ont bénéficié des services de L'Envolée, en 2016. Leurs frais de thérapie étaient jusqu'à l'automne assumés par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité- Sociale, via l'aide sociale. 
«Depuis septembre, on essuie des refus. La directive du Ministère était qu'ils ne sont plus éligibles», note M. Bédard.
Jeu de balle
Tant Québec qu'Ottawa renvoient la balle à une autre instance pour expliquer la situation.
Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité Sociale confirme qu'en juillet dernier, une «mise à jour de l'interprétation normative» des règlements à cet égard a donné lieu aux refus dont fait état M. Bédard. «Nous avons rappelé au réseau que les personnes autochtones vivant sur des réserves indiennes doivent être référées à Services Canada», relève Antoine Lavoie, porte-parole au MESSS.
Or, nous a-t-on expliqué chez Santé Canada, ce sont les conseils de bande qui reçoivent les sommes destinées à financer les cures de désintoxication de leurs membres. Ce sont aussi eux qui doivent établir des partenariats avec les centres de réhabilitation.
Dans le cas des deux autochtones détenus, la cure de désintoxication ordonnée par le juge ne correspondrait pas aux critères du conseil de bande. «Ça dépassait l'enveloppe allouée», a indiqué Maryse Durette, conseillère principale en relations avec les médias chez Santé Canada.
«Santé Canada va interpeller les intervenants fédéraux et provinciaux pour discuter d'options qui pourraient possiblement répondre aux besoins de membres des Premières Nations se retrouvant dans une telle situation», a-t-elle toutefois fait savoir par courriel.