Chaque jour dès 10 h 30, le responsable en chef des œufs, Irénée Chênevert (à gauche), est à son poste pour faire la levée des œufs. Avec la boîte de mirage, il détecte si les œufs sont en bonne condition et s’occupe de les classer selon leur qualité.
Chaque jour dès 10 h 30, le responsable en chef des œufs, Irénée Chênevert (à gauche), est à son poste pour faire la levée des œufs. Avec la boîte de mirage, il détecte si les œufs sont en bonne condition et s’occupe de les classer selon leur qualité.

Des oeufs bons pour la santé mentale et l’économie locale

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Chaque semaine, la Ferme Clovis Gauthier et fils, à Saint-Théodore-d’Acton, reçoit une livraison bien spéciale de 2700 œufs de poules en liberté. Ceux-ci sont ramassés par les usagers de la Résidence la p’tite maison bleue, en prise avec une déficience intellectuelle, avec ou sans trouble du spectre de l’autisme.

Les résidents qui viennent faire un tour à cette maison de répit située en plein cœur de la campagne, à Roxton Falls, participent à une panoplie d’activités. Mais celle de la levée des œufs en est une bien populaire, et surtout, bénéfique pour les participants ayant une déficience intellectuelle.

« On s’est aperçu qu’avec des choses concrètes en nature, ça les rendait capables d’exécuter certains gestes. On a essayé avec nos 99 poules pondeuses et on a vu qu’ils se donnaient une ambition d’aller ramasser les œufs », observe la responsable Lise Jodoin Fournier.

Chaque jour dès 10 h 30, le responsable en chef des œufs, Irénée Chênevert, est à son poste pour faire la levée des œufs. Avec la boîte de mirage, il détecte si les œufs sont en bonne condition et s’occupe de les classer selon leur qualité. Tous les vendredis, ceux qui sont en parfait état sont acheminés à la Ferme Clovis Gauthier et fils, qui détient 54 000 poules pondeuses, tandis que ceux jugés non-conformes sont vendus directement à la résidence.

Mme Jodoin Fournier a approché la ferme pour pouvoir vendre ses œufs sur le marché. « On fait d’une pierre trois coups, lance Stéphane Gauthier, copropriétaire de la Ferme Clovis Gauthier et fils qui a accepté avec plaisir de prendre le projet sous son aile. On fait de la zoothérapie avec les résidents, on fait de l’autofinancement pour créer des revenus. Et moi, ça me donne des œufs de poules en liberté que je peux vendre à certains marchés de niche à Montréal. »

Lise Jodoin Fournier, responsable de la Résidence la p’tite maison bleue

Tous les profits associés à la vente des œufs sont remis à la résidence pour assurer ses services. Ce mode de financement représente 10 % des revenus, alors que d’autres produits de l’érable provenant des terres de Mme Jodoin Fournier sont vendus, et même du miel.

M. Gauthier agit en quelque sorte comme un parrain auprès de la résidence. « En tant que de producteur d’œufs, je suis bien placé pour faire sa moulée et l’encadrer avec le suivi technique qui s’impose. »

Mais les 99 poules, semble-t-il, n’arrivaient pas à suffire à la demande des consommateurs.

« M. Gauthier a demandé à la Fédération des producteurs d’œufs de faire une entente et elle a tout de suite embarqué. Ils nous ont prêté du quota par l’intermédiaire de M. Gauthier chez qui nous envoyons nos œufs pour qu’il les vende », détaille Mme Jodoin Fournier.

La réponse est si bonne que, depuis deux ans, la Résidence la p’tite maison bleue veille sur 500 poules.

Stéphane Gauthier, copropriétaire de la Ferme Clovis Gauthier et fils

Une idée qui fait des petits

Une fois arrivés à la ferme, les œufs sont lavés et mirés à nouveau par l’entremise d’un processus accrédité par la Fédération des producteurs d’œufs.

« Les œufs sont règlementaires, c’est-à-dire que l’on peut identifier leur traçabilité et qu’ils sont soumis au protocole de biosalubrité », souligne M. Gauthier qui ne cache pas que l’offre de Mme Jodoin Fournier tombait à point.

« C’est comme si les astres s’étaient alignés », dit-il, alors qu’il constatait depuis quelques années l’intérêt grandissant des consommateurs pour des œufs de poules en liberté. « La dernière fois qu’on avait des poules en liberté à la ferme, j’avais cinq ans ! », lance-t-il pour illustrer leur retour en force.

Ce partenariat a permis au producteur d’œufs de tester la réponse du marché pour les œufs de poules en liberté. « Mon client distributeur cherchait un produit unique, et en même temps, Lise est arrivée avec ce projet-là. »

L’idée a fait des petits, si bien que M. Gauthier s’est lancé dans la grande aventure de bâtir un tout nouveau poulailler sur sa ferme. Ce dernier est opérationnel à 100 % depuis janvier. Il contient pas moins de 15 000 poules en volière, dont 3000 brunes et 12 000 blanches, qui lui fournissent en moyenne 13 000 œufs par jour.

La demande est à ce point en croissance que le producteur vise en avoir 5000 autres en 2021.

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LE POUVOIR DE LA NATURE

Ouverte depuis cinq ans, la Résidence la p’tite maison bleue est un organisme à but non lucratif offrant du répit aux adultes ayant une déficience intellectuelle avec ou sans trouble du spectre de l’autisme. La propriétaire, Lise Jodoin Fournier, s’est installée en campagne il y a plusieurs années déjà, avec son mari et sa fille Isabelle, aujourd’hui âgée de 46 ans.

« Isabelle a une déficience depuis la naissance. Avant que j’aie les enfants, j’enseignais. En ayant Isabelle, je me suis consacrée à elle à temps plein à la maison », se remémore Mme Jodoin Fournier.

L’immersion à la campagne s’est amorcée lorsque la dame et son mari ont acquis une érablière à Roxton Falls. « On venait y travailler la fin de semaine. Et de fil en aiguille ont est venus habiter ici. »

Constatant les bienfaits du contact avec la nature sur leur fille, la famille a décidé de quitter Sainte-Julie afin de s’installer pour de bon à Roxton Falls et acquérir différentes terres, dont le terrain où se situe la p’tite maison bleue, tandis que la maison familiale est située à 1 km de là.

« Je me suis dit que c’était un bel endroit pour ma fille. Elle a beaucoup évolué au contact de la nature. Elle était libre et elle apprenait, elle nourrissait les animaux. C’est là qu’elle a commencé à parler. C’est fou comment la nature peut nous aider. Pour ces personnes, la nature permet d’échanger tout en participant à quelque chose de concret. »

Avec son service de répit, la résidence souhaite offrir un maintien des acquis et assurer le développement des participants en organisant des activités de jour adaptées à sa clientèle.

L’année dernière l’équipe de la Résidence la p’tite maison bleue a offert des services à 28 résidents provenant de 23 familles différentes.