Le collecteur d’égouts sous la rue Saint-Urbain transporte 74 % des eaux usées de la Ville. Lors d’une surverse, celles-ci sont envoyées dans la rivière Yamaska-Est par ce déversoir.

Des milliards de litres d'eaux usées dans la Yamaska

Près de 6 milliards de litres d’eaux usées au total provenant du réseau d’égout de la Ville de Granby se sont déversés dans la rivière Yamaska Sud-Est en 2016 et 2017. C’est l’équivalent de 3354 fois l’eau contenue dans la piscine municipale Miner.

Les déversements surviennent durant certaines périodes de l’année, notamment lors de la fonte de la neige et de fortes averses. Le tout a comme impact de saturer les conduits d’égout de la Ville. Les eaux usées destinées à l’usine d’épuration dans le parc industriel sont alors envoyées directement dans la rivière sans être traitées. Le tout est parfaitement légal, mais démontre les limites du réseau d’égout à gérer ses eaux usées et pluviales.

En 2016, 282 surverses se sont produites à Granby. Elles ont duré 1228 heures et 3 014 280 000 litres d’eaux usées se sont retrouvés dans la rivière, selon les données obtenues grâce à la Loi sur l’accès à l’information. L’an dernier, 265 surverses se sont produites. Elles ont duré 1260 heures et 2 871 119 000 litres d’eaux usées ont été déversés.

« C’est beaucoup d’eaux usées », reconnaît Gabriel Bruneau, directeur du service de la planification et de la gestion du territoire à la municipalité. « On n’est pas mal à l’aise avec ces chiffres. Mais on n’est pas contents. On voit qu’on a encore du travail à faire », a-t-il indiqué en entrevue.

La Ville, assure M. Bruneau, investit chaque année des millions de dollars pour moderniser son réseau d’égout pour réduire le nombre de surverses. Selon lui, la tâche est cependant colossale. Le plus grand enjeu demeure l’installation de conduits d’égouts pluviaux. Plusieurs rues de la municipalité ne sont desservies que par l’égout sanitaire. Lors de périodes de fonte de neige ou de pluie, le réseau sanitaire ne peut gérer cet afflux d’eau, provoquant des surverses.

Malgré tous les travaux pour séparer les eaux usées des eaux pluviales ces dernières années, le bilan des surverses de la ville demeure élevé. De 2013 à 2015, Granby a connu une moyenne de 182 surverses qui ont duré au total en moyenne 1075 heures. « Quand on fait des travaux, on n’a pas toujours un impact immédiat sur le bilan. On connaît bien l’état de notre réseau, mais on continue d’en apprendre sur les interactions entre ses différentes composantes. On élabore des théories, on fait de la modélisation, de la validation terrain. C’est un travail constant. On sait qu’on l’améliore », soutient M. Bruneau.

C’est la première fois que des informations sur les volumes d’eaux usées envoyées dans la rivière sans traitement sont disponibles. La Ville de Granby est la seule à le faire dans la région. « Ça nous donne des données qui nous permettent de mieux travailler, mieux planifier nos travaux. L’analyse qu’on en fait permet l’action », illustre Claude Ouimette, directeur du traitement des eaux de la municipalité.

Les travaux de modernisation au centre-ville, prévus en 2020, devraient avoir un impact important à la baisse sur le nombre de surverses et le volume d’eaux usées, croit M. Bruneau. La rue Principale est en effet dépourvue d’égout pluvial entre les rues Mountain et Saint-Antoine.

S’attaquer au problème
Pascal Bonin ignorait le volume d’eaux usées déversé dans la rivière. Le maire de Granby appelle au réalisme. « Pendant des décennies, les surverses n’ont pas été une préoccupation pour les municipalités. Ça fait seulement quelques années qu’on en a pris conscience. On ne peut pas le régler à court terme. On a des efforts soutenus, on avance. Mais on en a pour plusieurs années encore. »

L’ampleur du défi exigerait plus d’aide financière des gouvernements, croit M. Bonin. « Si on veut vraiment que les villes s’attaquent au problème, ça va nous prendre des subventions. Parce que les travaux à faire pour prendre le dessus sont immenses. »

DES RÉNOVATIONS À L'USINE EN VUE

La Ville de Cowansville a réussi à réduire de manière draconienne le nombre de surverses dans son réseau d’égout depuis 2014. Toutefois, la durée des débordements continue d’être très élevée, confirment les données analysées. Des investissements à son usine d’épuration des eaux usées s’annoncent nécessaires pour réduire la quantité d’eaux usées rejetée dans la rivière Yamaska Sud-Est.

En 2016 et 2017, un total de 373 surverses ont été enregistrées pour une durée de 2551,3 heures, d’après les données obtenues auprès de la Ville en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Des problèmes d’équipements à l’usine d’épuration des eaux usées ont causé des surverses dans un des principaux conduits d’égout du réseau, indique Sylvain Perreault, directeur du service des infrastructures et des immobilisations de la municipalité.

L’usine date de 1984, fait remarquer M. Perreault. Elle fonctionne bien, soutient-il, mais des travaux de modernisation devront être prévus pour qu’elle continue de faire le travail. Surtout, souligne-t-il, que de nouvelles normes de rejets des eaux traitées entreront en vigueur dans les prochaines années. « C’est un sujet qu’on va devoir aborder avec les membres du conseil », a-t-il dit.

La Ville poursuit ses travaux pour installer des conduits d’égout pluvial dans des secteurs précis. De tels travaux sont en cours sur la rue Church, une des plus vieilles de la municipalité. Des efforts seront aussi investis pour convaincre des propriétaires de débrancher leurs gouttières et drains français du réseau d’égout de la Ville. L’eau provenant de ces installations domestiques accapare une trop grande partie du réseau lors d’averses, indique M. Perreault, ce qui peut causer des surverses.

Certaines municipalités, comme Sherbrooke, interdisent de brancher des installations domestiques sur leur égout. M. Perreault croit que Cowansville devrait faire de même. Le conseil est toutefois réfractaire à cette idée, dit-il, puisqu’elle entraînera des dépenses aux propriétaires concernés.