Le père de Johnny D’Amours a raconté que son fils avait saisi un grand couteau de cuisine pour lui mimer une agression avec l’objet, avant de le redéposer sur le comptoir.
Le père de Johnny D’Amours a raconté que son fils avait saisi un grand couteau de cuisine pour lui mimer une agression avec l’objet, avant de le redéposer sur le comptoir.

Des menaces avec un couteau ou une envie de toast au Cheez Whiz?

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Pour Johnny D’Amours, la demande de son père «de fermer les lumières de la maison, de cesser de faire du bruit et d’aller se coucher» en pleine nuit était un flagrant manque de respect à son endroit. Était-ce alors pour menacer le septuagénaire qu’il a saisi un couteau de cuisine dans la nuit du 31 mai dernier, ou souhaitait-il réellement se faire une simple tartine au fromage?

La tournure dramatique de cette soirée a valu au Sheffordois un verdict de culpabilité pour voies de fait armées de la part du juge Serge Champoux. Celui-ci a toutefois acquitté le quadragénaire de l’accusation de menace de mort qui pesait également contre lui.

Le matin du 31 mai, Jean-Noël D’Amours convoque la Sûreté du Québec à sa résidence, où il vit avec son épouse et, «sinon en permanence, certainement souvent», leur fils de 40 ans. Celui-ci dormait paisiblement dans sa chambre à l’arrivée des policiers, qui ont mentionné lors de leur témoignage à la cour qu’ils se rendaient régulièrement à cet endroit.

M. D’amours père raconte aux policiers que son fils l’aurait menacé et l’aurait attaqué avec un couteau au cours de la nuit. Il raconte que Johnny D’Amours avait saisi un grand couteau de cuisine pour lui mimer une agression avec l’objet, avant de le redéposer sur le comptoir. Cet épisode aurait duré environ 10 minutes lors d’une période d’environ une demi-heure de «chialage».

Trois autres personnes, dont sa femme, sont présentes au moment de cette déclaration où la victime affirme souhaiter que des accusations soient portées contre son fils. Ce dernier connaîtra dans les minutes qui suivent un réveil mouvementé alors que les policiers vont à sa rencontre dans sa chambre pour procéder à son arrestation.

Agité, Johnny D’Amours minimise la situation, convaincu que son père retirerait «encore» sa plainte. Il s’est retrouvé encore plus dans l’eau chaude lorsque les policiers ont pris connaissance d’une ordonnance de probation lui interdisant d’avoir des couteaux en sa possession.


« L’accusé est un profiteur qui vit aux dépens de ses parents âgés et vulnérables. »
Le juge Serge Champoux

«Réticence»

Devant le juge, Jean-Noël D’Amours, 77 ans, a témoigné avec «beaucoup de réticence» contre son fils, faisant valoir une mémoire défaillante, séquelle d’un accident vasculaire cérébral subi trois ans auparavant.

Selon l’homme, la consommation d’alcool explique les problèmes «récurrents» qu’il vit avec son fils. «Johnny D’Amours consomme quotidiennement de l’alcool, surtout de la bière dit-il, environ une caisse de 12 bouteilles par jour» à raison d’une à l’heure, a-t-il fait savoir, ce que le principal intéressé a admis sans toutefois reconnaître un problème de consommation.

La nuit de la dispute, son fils avait bu, relève la victime, qui n’était plus certaine des circonstances ayant mené à l’altercation, si ce n’est que «ce qui devait arriver arriva».

Le témoignage du père a également été interrompu à plusieurs reprises par son fils, qui n’hésitait pas à commenter ses réponses ou les questions que lui posaient les avocats.

Devant les hésitations de M. D’Amours, père, le juge Champoux n’a eu d’autre choix que d’abandonner l’accusation de menaces de mort. «S’il me semble ressortir que l’accusé est un profiteur qui vit aux dépens de ses parents âgés et vulnérables, il ressort du témoignage de son père que celui-ci ne peut ou ne veut pas rapporter les paroles exactes de son fils le soir du 31 mai. La preuve des menaces est insuffisante», relève-t-il.

Incohérences

Pour sa part, le principal intéressé a catégoriquement nié avoir menacé son père, bien qu’il admette que le ton ait monté. Il a aussi reconnu avoir une relation conflictuelle avec celui-ci, confessant lui avoir cassé deux côtes et l’avoir menacé dans le passé. Mais Johnny D’Amours a aussi affirmé n’avoir aucun antécédent criminel, alléguant avoir purgé une peine de six mois de prison à la place de son géniteur.

Ce n’est qu’en toute fin de son procès, lors de son contre-interrogatoire, qu’il indique avoir pris l’ustensile pour se préparer une tartine de fromage de marque «Cheez Whiz» au courant de la nuit et avoir été outré que son père lui demande fermer les lumières et d’aller se coucher.

«Ce faisant, son père lui aurait manqué de respect», a-t-il affirmé dans un témoignage que le juge Champoux a qualifié de difficile et parfois incohérent.

«Il refuse de répondre à certaines questions, est insolent et désagréable. Cela ne contribue nullement à tirer une conclusion sur la culpabilité ou l’innocence de l’accusé, mais contraste tout de même avec ses commentaires suivant lesquels il n’est pas violent ni agressif. Son comportement en cour montre tout le contraire», relève l’homme de loi qui n’a rien cru du témoignage de Johnny D’Amours

«Les gestes menaçants de l’accusé envers son père avec le couteau dangereux, dans un geste visant à l’intimider et à lui faire peur en s’adressant à lui en criant, remplissent les critères légaux», indique l’honorable Serge Champoux.

L’accusé connaîtra sa peine à une date ultérieure.