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Éric Fradette, président de Exxel Polymers à Bromont
Éric Fradette, président de Exxel Polymers à Bromont

Des masques recyclés par millions

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
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Chaque jour, des centaines de milliers de masques se retrouvent à la poubelle. Pourtant, le recyclage des fameux masques bleus est désormais au point. Des millions ont déjà été détournés de l’enfouissement grâce à MedSup Canada, qui coordonne toute l’opération, et l’entreprise bromontoise Exxel Polymers y joue un rôle central.

Cette semaine, un demi-million de masques ont été acheminés chez Exxel Polymers, a indiqué Éric Fradette, président de Exxel Polymers. 

Sur le boulevard de l’aéroport, à l’usine d’Exxel Polymers, on applaudit la démarche de MedSup. «Je suis très content de ma relation d’affaires avec MedSup, souligne M. Fradette. C’est incroyable ce qu’ils font comme boulot.»

Le programme Go Zéro de l’entreprise MedSup, basée à Magog, chapeaute le cycle de recyclage des masques, de la collecte à la transformation. Plusieurs millions ont déjà été recyclés, avance MedSup, et «aucun masque ne dort nulle part».

Tout est recyclé

Des entreprises d’économie sociale, partenaires de MedSup, recueillent les masques, puis les décontaminent, séparent les différents éléments (élastiques, barrette de métal), avant de les acheminer au transformateur désigné. «Notre idée est de faire travailler les gens le plus localement possible», souligne Eric Ethier. 

Ces entreprises d’économie sociale sont situées à Sherbrooke (Défi Polyteck), Montréal (Axia), Sorel-Tracy (Recyclo-Centre), Alma (Groupe Coderr), et bientôt Québec (Groupe TAQ). Le président de MedSup garantit le professionnalisme de ces entreprises d’insertion sociale. «Ils sont hyper pros, assure-t-il. Ils ont de vraies usines, avec les meilleures pratiques en place.» 

La partie centrale du masque, en polypropylène, est ensuite envoyée à Bromont (Exxel Polymers), les élastiques à Drummondville (Ecofib), et les barrettes de métal à Montréal (Sinobec). «Écofib sont les seuls au Québec à assurer le recyclage des élastiques», précise M. Ethier.

Capable d’en prendre

Si le «programme Go Zéro prend de l’ampleur de jour en jour, avec déjà quelques milliers d’entreprises au Québec», MedSup indique qu’elle et ses partenaires pourraient en faire beaucoup plus. «On manque de masques à recycler, insiste M. Ethier. On ne recycle qu’un infime pourcentage des masques qui finissent aux poubelles.» 


« J’ai de la difficulté à comprendre la vision du gouvernement. De dire à nos jeunes de jeter les masques à l’enfouissement, ça ne fait pas de sens. J’ai l’impression qu’on recule 30 ans en arrière. »
Éric Fradette, président de Exxel Polymers

Avec environ une centaine de milliers de masques traités chaque jour, le président de l’entreprise MedSup — spécialisée également en distribution d’équipements médicaux — ne constate «aucun goulot d’étranglement» dans la chaîne de recyclage.

À Bromont, Exxel Polymers veut recycler davantage, d’autant plus que le polypropylène présent dans les masques est très demandé actuellement. Cette dernière a été accrue par la fermeture, pendant plusieurs semaines, de plusieurs usines majeures au Texas (États-Unis) dans le secteur de la production de ce type de plastique, la faute notamment à un gel intense l’hiver dernier. Résultat : la demande est là et les prix sont intéressants pour Exxel, qui fabrique des plastiques de toute spécificité pour ses clients. 

«On manque de matière première», assure Éric Fradette. Les cinq lignes d’extrusion de son usine de technologie autrichienne (Erema) pourraient ainsi recycler 45 millions de masques par jour, et pourraient absorber largement la consommation de masques au Québec. Le principe de cette machinerie consiste à chauffer la matière première — principalement des rebuts de production de plastique (issus notamment d'entreprises de moulage) — à 450 degrés Farenheit pour la faire fondre, à la décontaminer pour enfin la transformer en petites billes de plastique réutilisables.

Dans la chaîne de production, les masques sont mélangés avec... des rebuts de couche d’incontinence — des recoupes non utilisées lors de leur production —, leur matière étant similaire.

Eric Ethier, président de MedSup Canada, coordonne un programme de recyclage complet des masques de procédure.

Ensuite, Exxel Polymers vend ses billes de plastique à ses clients, dont Accent Home, entreprise spécialisée dans les contenants en plastique. Dans la salle de conférence de l’entreprise, M. Fradette pointe du doigt des bacs de rangement et des étagères en plastique noirs conçus en partie avec des masques recyclés.

Selon lui, pas de doute, la chaîne du recyclage des masques fonctionne très bien et ceux-ci sont faits d’un polypropylène très recherché, «une très bonne matière». 

Appel au gouvernement

Là où ça coince, en revanche, c’est du côté des gouvernements. «On manque collectivement de leadership [pour encourager le recyclage] alors que l’urgence est de collecter les masques, de dire M. Ethier. Présentement, au Québec on score pas fort, car le message du gouvernement est flou.»

Celui-ci dénonce notamment le fait que son offre de service de recyclage soit considérée sur le même plan par Recyc-Québec que celle d’entreprises envoyant les masques se faire incinérer aux États-Unis. «En janvier dernier, le ministre de l’Éducation annonçait qu’il était pour couvrir les frais de recyclage dans les écoles, et l’incinération était éligible. Ce n’est pas normal qu’on finance collectivement l’incinération.»

Le président d’Exxel Polymers abonde en ce sens : «J’ai de la difficulté à comprendre la vision du gouvernement. De dire à nos jeunes de jeter les masques à l’enfouissement, ça ne fait pas de sens. J’ai l’impression qu’on recule 30 ans en arrière, dit le père de deux enfants aujourd’hui jeunes adultes. On devrait plutôt s’asseoir et trouver des solutions ensemble.»  

Paradoxalement, M. Fradette dit qu’il recevra bientôt des masques à recycler en provenance... du Mexique.