Jessica Gagnon est la «Madame Lunettes» qui s’occupe de Granby, Farnham, Cowansville et Marieville.
Jessica Gagnon est la «Madame Lunettes» qui s’occupe de Granby, Farnham, Cowansville et Marieville.

Des lunettes pour tous

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
La vue est essentielle et l’accès à des lunettes doit être accessible à tous. C’est ce que prône Monsieur Lunettes, qui offre un service de lunetterie communautaire dans 15 municipalités de la Montérégie, dont Granby, Farnham, Cowansville et Marieville.

Monsieur Lunettes est une entreprise « à but très peu lucratif » mise sur pied il y a un an par Olivier Comtois, opticien depuis huit ans, qui vise à desservir l’ensemble de la Montérégie afin d’offrir à la population des lunettes à bas prix, en plus des services d’un opticien diplômé.

À la différence d’un optométriste, qui fournit des soins oculaires, un opticien ou opticien d’ordonnance est un technicien formé en soins de la vue, spécialisé dans l’ajustement de verres de lunettes, de montures, de lentilles cornéennes et d’autres dispositifs de correction de la vue.

Le droit de voir correctement

« Notre devise, c’est “La vue pour tous”, rapporte Richard Comtois, père d’Olivier Comtois et responsable des relations avec les organismes. Parce qu’on veut donner la chance à tout le monde d’avoir des lunettes de qualité, que les gens sont fiers de porter, peu importe les revenus de chacun. Des lunettes, c’est quelque chose d’absolument essentielle, à tous les jours. »

Les lunetteries communautaires sont un service d’opticien vendant des lunettes à bas prix, qui se déplace habituellement d’un endroit à l’autre avec des valises remplies de montures, ce qui permet d’éviter de payer un loyer et les salaires de plusieurs employés. Les profits amassés chez Monsieur Lunettes, indique M. Comtois, servent à couvrir les frais de l’entreprise, comme le déplacement.

Monsieur Lunettes a été fondé par Olivier Comtois il y a un an. Son père, Richard Comtois, est le responsable des relations avec les organismes.

Pour leur part, les cliniques privées doivent s’acquitter de frais de loyer parfois importants, et ont un inventaire valant une fortune, poursuit le responsable des relations avec les organismes, qui dit comprendre pourquoi les cliniques doivent vendre leurs lunettes parfois assez cher, afin de pouvoir couvrir leurs dépenses. « Je n’ai rien contre les cliniques. Notre manière de fonctionner est différente, et au final, on veut tous offrir à nos clients des bons produits et on bon service. »


« Notre objectif, c’est d’aider les gens. Qu’ils puissent bénéficier du service d’un opticien à un coût qui permet à tout le monde d’avoir des lunettes. »
Richard Comtois, de Monsieur Lunettes

Un monsieur, un bonhomme

Il ne faut pas confondre Monsieur Lunettes et Bonhomme à lunettes, qui est une lunetterie communautaire fondée par Philippe Rochette, présente dans 48 organismes communautaires du Québec, dont le centre d’action bénévole de Granby.

Bernard Champagne est le bonhomme à lunettes du CAB depuis six ans. Son désir de se joindre à l’équipe de Philippe Rochette lui est venu alors qu’il visionnait une de ses entrevues à la télévision. « Je me suis dit, c’est ça que je veux faire. On rend service à la population, on leur donne la vue, et en plus, on a du plaisir ! »

La lunetterie Le Bonhomme à lunettes détient notamment sa propre marque de montures, avec des noms comme « Whatever », « Bullshit » et « Ma grand-mère », un peu « pour se moquer de l’industrie de la lunetterie. »

« On n’est pas sérieux, mais on est professionnel ! », laisse tomber M. Champagne, qui souhaite démocratiser l’industrie de la lunette.

Les lunetteries communautaires sont mobiles et se déplacent souvent avec des valises de montures.

« Notre objectif, c’est d’aider les gens, soutient pour sa part Richard Comtois. Qu’ils puissent bénéficier du service d’un opticien à un coût qui permet à tout le monde d’avoir des lunettes. »

Ce dernier raconte l’exemple d’un homme qui avait -9 de myopie, et qui est entré dans un de leurs bureaux... sans lunettes.

« Ça faisait trois ans qu’il n’avait pas de lunettes. Il ne voyait même pas les flèches par terre... » Cette personne qui était bénéficiaire de l’aide sociale est ressortie avec une paire de lunettes à 100 $. « Le meilleur prix qu’il pouvait avoir sur le marché était 500-600 $ », raconte M. Comtois.

Rappelons que le gouvernement du Québec offre une aide financière aux bénéficiaires de l’aide sociale pour l’achat de lunettes. Cette frange de la population peut ainsi se procurer des lunettes pour un prix de départ de 20 $, après déduction du soutien financier. « Le monsieur priait dans notre bureau... c’était très émouvant. »


« C’est vraiment gratifiant. J’aime penser que j’aide les gens et que je leur offre une lunette de qualité, même si c’est pas cher. Parce que, pas cher ne veut pas dire de moindre qualité. »
Jessica Gagnon travaille chez Monsieur Lunettes

Nulle obligation d’être bénéficiaire de l’aide sociale, cependant, pour requérir aux services d’une lunetterie mobile. Enfants, parents, adolescents, tous les types de portefeuilles sont les bienvenus.

Communauté à lunettes

Jessica Gagnon, arrivée chez Monsieur Lunettes depuis le mois d’août, est la « Madame Lunettes » qui s’occupe de Granby, Farnham, Cowansville et Marieville. Se déplaçant dans l’une ou l’autre de ces municipalités une fois par semaine, l’opticienne résidant à Granby considère qu’elle a réellement trouvé sa place.

« C’est vraiment gratifiant. J’aime penser que j’aide les gens et que je leur offre une lunette de qualité, même si c’est pas cher. Parce que, pas cher ne veut pas dire de moindre qualité. »

La qualité, Richard Comtois en fait sa fierté : « Nos verres sont fabriqués en Allemagne et taillés à Brossard. On a des montures modernes, de compagnies québécoises, françaises, etc. Vraiment, pour tous les goûts ! »

Jessica Gagnon ajoute que, comme les montures sont toutes à un prix fixe (70 $), le client peut choisir celle qu’il préfère véritablement, et non celle qui cadre le mieux avec son budget.

Jessica Gagnon, arrivée chez Monsieur Lunettes depuis le mois d’août, est la « Madame Lunettes » qui s’occupe de Granby, Farnham, Cowansville et Marieville. Elle se déplace dans l’une ou l’autre de ces municipalités une fois par semaine.

L’opticienne met toutefois en garde contre l’achat de lunettes sur internet, puisque les mesures ne sont pas toujours prises correctement. « Tu ne peux pas calculer ta distance interpupillaire dans un miroir... Et, il y a beaucoup de mesures qu’un opticien prend, alors que sur internet, c’est pas demandé. »

De plus, un autre avantage des lunetteries communautaires est leur entente donnant-donnant avec les organismes. Par exemple, pour chaque paire de lunettes vendue, Monsieur Lunettes et Bonhomme à Lunettes remettent 10 $ aux organismes, la plupart du temps à l’organisme qui les accueille.

« La vue, ce n’est pas un luxe, affirme Jessica Gagnon. Mais un besoin de base, qu’on veut combler. » Une philosophie que partage Bernard Champagne : « Notre mission, c’est de rendre la vue accessible, sans se ruiner. »

Richard et Olivier Comtois aimeraient ouvrir, dans un futur proche, jusqu’à 30 points de service qui desserviraient l’ensemble du territoire de la Montérégie. Monsieur Lunettes emploie à ce jour trois opticiens, qui couvrent chacun quelques villes du territoire, et le Bonhomme à lunettes compte treize opticiens sur la route.

Jessica Gagnon est à Granby tous les lundis entre 10 h et 17 h, au Centre d’entraide Maskoutain. Pour plus d’informations et pour prendre un rendez-vous (obligatoire pour obtenir une consultation), visitez le site www.monsieurlunettes.net.

Bernard Champagne est au centre d’action bénévole tous les mardis, de 9 h 30 à midi, puis de 13 h à 16 h. Un rendez-vous est obligatoire, en téléphonant au 450 372-5033.

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LA DÉFICIENCE VISUELLE EN CHIFFRES

1,5 million de Canadiens, soit 5,4 % de la population âgée de 15 ans ou plus, ont une incapacité visuelle. 

(Source : Enquête canadienne sur l’incapacité, 2017)

- À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes vivent avec une déficience visuelle parce qu’elles ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin pour des affections comme la myopie, la presbytie, le glaucome ou la cataracte.

(Source : Rapport mondial sur la vision publié par l’Organisation mondiale de la Santé, 2019)

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FONCTIONNEMENT DE LA LUNETTERIE COMMUNAUTAIRE

La première étape consiste à aller passer un examen de la vue avec un optométriste, afin d’obtenir une prescription.

Ensuite, prenez rendez-vous avec une lunetterie communautaire, par téléphone ou en ligne. Au moment du rendez-vous, ayez en mains votre prescription.

Avec l’opticien communautaire, vous essayez et regardez différents modèles. Une fois votre monture choisie et la prise de mesure effectuée, l’opticien passe la commande. Un dépôt est habituellement demandé à ce moment. L’opticien vous recontacte lorsque les lunettes sont prêtes pour les modalités de la cueillette. Billie-Anne Leduc