Les résultats des consultations ont été présentés aux résidents du quartier, à des conseillers municipaux ainsi qu’à des représentants de divers organismes communautaires, vendredi après-midi dans la salle du conseil municipal.

Des locataires contribuent à l'amélioration de leur quartier

On n’est jamais mieux servi que par soi-même, dit l’adage. Depuis déjà deux ans, les locataires des habitations à loyer modique (HLM) de la Terrasse Bellerive de Cowansville contribuent activement à l’amélioration de leur milieu de vie.

Près d’une vingtaine de locataires de la Terrasse Bellerive ont pris part au projet de recherche « Flash sur mon quartier ! » initié par l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en collaboration avec l’Office municipal d’habitation de Cowansville.

L’étude, financée par une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, a débuté en 2014 dans un HLM de Montréal. Elle s’est ensuite étendue à Saint-Hyacinthe l’année suivante, puis à Cowansville, à Trois-Rivières, à Gatineau et à Lévis en 2016.

L’objectif du projet de recherche est d’aider la communauté à améliorer le bien-être des résidents des habitations à loyers modiques. Tout a été réalisé dans l’optique que « la psychologie communautaire vise à changer les environnements pour les rendre favorables au bien-être de la population plutôt que de chercher à changer les individus », a expliqué Janie Houle, professeure en psychologie communautaire à l’UQAM et directrice du projet.

Trois temps

Le projet s’est déroulé en trois temps. D’abord, un peu plus d’une douzaine de locataires-chercheurs ont documenté leur environnement résidentiel, photographies à l’appui, ciblant particulièrement les éléments qui leur semblaient bénéfiques pour leur qualité de vie. Ce faisant, le projet, qui a fait l’objet d’une exposition à la bibliothèque Gabrielle-Giroux-Bertrand à la fin de 2016, a permis de dresser un inventaire complet des divers éléments composant le quotidien des locataires des habitations à loyer modique cowansvilloises.

La proximité des organismes communautaires et des services, la présence d’espaces verts et d’animaux, l’installation d’un support pour vélos et le fait que l’endroit soit propice à la famille font partie des points forts relevés par les répondants. En contrepartie, la petitesse des cuisines, les réparations déficientes concernant les planchers des logements, la détérioration de certains endroits, le manque d’infrastructures de loisirs pour adultes à proximité et la présence de déchets dans quelques aires communes de même que la présence de moisissures ou d’araignées figurent parmi des irritants soumis.

Ensuite, au printemps 2017, tous les locataires du HLM ont été invités à remplir une grille d’observation pour analyser les éléments difficiles à photographier.

Enfin, des membres de l’équipe de recherche ont sondé cet hiver, de porte en porte, tous les ménages du bâtiment afin de connaître leur satisfaction vis-à-vis plusieurs éléments de leur milieu de vie. Ils ont obtenu un taux de réponse de 35 %, soit 23 ménages.

Ce sondage a permis de découvrir que 48 % des locataires vivaient un niveau élevé de bien-être mental et social ; une proportion à peine inférieure (44 %) disait avoir un niveau de bien-être moyen, mais 9 % n’allaient pas bien. La majorité des répondants jugeait sa santé passable à bonne.

Parmi les besoins identifiés par le sondage, l’accès au transport en commun et aux commerces de proximité représente une priorité.

Avant de passer à la prochaine étape, les locataires ont eu à noter, de façon unanime, l’importance de chaque élément analysé. Cela a donné lieu à de vives discussions, qui se sont toujours déroulées dans l’harmonie, souligne Linda Caron, l’une des locataires-chercheuses. « C’était magique, il n’y a pas d’autre mot, dit-elle. Nous avons discuté dans le respect et il a fallu prendre en compte les intérêts de tous. C’est une expérience extraordinaire. »

Plan d’action

Les résultats de ces consultations ont été présentés aux résidents du quartier, à des conseillers municipaux ainsi qu’à des représentants de divers organismes communautaires, vendredi après-midi, dans la salle du conseil municipal.

Cette rencontre a donné naissance au forum « Ensemble ! Together ! » — un nom qui rappelle la cohabitation de francophones et d’anglophones à Cowansville —, qui ralliera des membres de toutes les sphères de la communauté pour mettre en place des actions concrètes destinées à atténuer les irritants soulevés et à faire de l’endroit un lieu où il fait encore mieux vivre.

« C’est bien de pouvoir s’impliquer pour changer le quartier pour le mieux, commente Josée Reycroft, l’une des locataires. Si on veut améliorer les choses chez nous, il faut faire plus que se plaindre, il faut agir. »

La directrice générale de l’OMH de Cowansville, Catherine Carré, ignorait les conclusions de l’étude au moment de les présenter. « Je pense que ce projet-là permet aux locataires de prendre conscience de ce qu’il y a de bon, et de ce qu’il faut améliorer, dit-elle. Ensuite, on peut se mobiliser tous ensemble pour rendre cet environnement là encore plus agréable. »

Le changement, poursuit la gestionnaire, émergera des locataires, qui auront un an pour mettre en place le plan d’action, avec le soutien de l’OMH. « On est une équipe là-dedans. »

Les résultats de ces recherches pourraient être utiles pour améliorer les programmes et les politiques des offices municipaux d’habitation du Québec, ainsi que par les associations de locataires.

Le tout pourrait permettre concrètement d’embellir le quotidien des locataires de la Terrasse Bellerive. « Les locataires sont dans l’action et cela donne des résultats », indique Mme Houle.

Et pour preuve. « Le comité de Montréal continue de se réunir malgré la fin de la recherche chez eux ! » ajoute-t-elle.