Les maraîchers des Potagers des nues mains ont participé à la Journée mondiale du jardinage nu, samedi dernier.
Les maraîchers des Potagers des nues mains ont participé à la Journée mondiale du jardinage nu, samedi dernier.

Des jardiniers aussi nus que leurs légumes

Les maraîchers des Potagers des nues mains de Sutton n’avaient pas que les mains dénudées, samedi dernier. Pendant une heure, c’est dans leur plus simple appareil qu’ils ont fait mine de jardiner, le temps de se prêter à l’œil du photographe Tristan Corbeil-Lapointe. Pour la quatrième année consécutive, l’entreprise de légumes bios a participé avec humour et sans complexe à la Journée mondiale du jardinage nu.

«C’est juste pour faire rire et faire sourire nos clients et notre communauté. On ne veut pas faire ça de mauvais goût, alors on a toujours un ou une photographe qui est très artistique et qui fait ça de façon très respectueuse, raconte Anne-Marie Courtemanche, qui y participait pour la deuxième année. C’est juste un petit clin d’œil sympathique. Ça fait toujours réagir chaque année, mais dans le bon sens.» 

Créée en 2005, cette journée permet de faire évoluer la société sur l’acceptation des corps et de notre relation avec notre environnement naturel. Jardiner nu permet aux participants d’être honnêtes envers eux-mêmes et en tant qu’être vivant sur Terre, peut-on lire dans une brochure explicative. Un autre objectif est d’avoir du plaisir.

«Je suis arrivée à un point dans ma vie où je réalise que mon corps est mon outil de travail, c’est une enveloppe corporelle, il est utile et fonctionnel. On a le physique qu’on a et j’ai décidé d’accepter ça. Dans le fond, on est tous pareil, mais avec nos différences. C’est sûr qu’il y a une petite gêne, mais on n’est pas face à face à se scruter le corps non plus. On est là, on fait des photos, on est caché derrière des plants ou des accessoires.»

Chaque corps a les mêmes fonctions, mais ses différences et ses imperfections les rendent uniques. Mme Courtemanche les compare aux légumes imparfaits, qui sont pourtant tout aussi bons et nutritifs. «Il faut les aimer comme ils sont, sans leur demander d’être parfaits d’un point de vue esthétique.»

Un regard sensible

Les photos se retrouvent sur la page Facebook des Potagers des nues mains. Le photographe et ses modèles ont usé d’imagination pour que les photographies restent de bon goût. 

«On en a fait une qu’on n’a pas publiée, par contre. On était en plein milieu du chemin Alderbrooke, mais ça sera peut-être pour une autre année. C’était un Abbey Road version agricole, raconte Mme Courtemanche en riant. Mais c’était trop difficile qu’on ne voie pas les organes génitaux. On a laissé tomber cette année, mais on garde la réflexion pour une autre année.»

Ils étaient trois à avoir osé se dévêtir, samedi, dans la serre des potagers. Mme Courtemanche était accompagnée de sa fille de 19 ans et d’un collègue. «C’était super stressant pour ma fille de faire ça et, finalement, elle a trouvé ça le fun. Elle a trouvé ça libérateur. Tristan Corbeil-Lapointe est un humain super sensible et généreux, alors ce n’est pas gênant de poser pour lui. Il a un regard extraordinaire.»

Le propriétaire Yan Gordon était absent samedi, mais s’est prêté au jeu le jeudi précédent, une journée particulièrement frisquette.

«Il y en a qui misent sur le chic, et nous, on mise sur le choc, dit le cultivateur. Mon oncle Jean m’a déjà dit “attention à l’image que tu projettes, tu pourrais perdre des clients”. J’y ai beaucoup pensé, puis je me suis dit que, de toute manière, j’avais le goût de produire des légumes pour des gens qui ne se prennent pas trop au sérieux et qui aiment rire et être surpris, taquinés. Je suis un taquin, je ne vais pas m’empêcher de faire des coquetteries pour sauver des clients qui n’aimeraient pas ça. J’en fais pour attirer ceux qui les apprécient. Depuis 2008 que notre recrutement va de mieux en mieux. J’ose croire que c’est notre authenticité qui nous a valu notre succès au travers les années.»