La façon dont Erin O'Toole répondra aux plans des libéraux indiquera clairement où il a l'intention de mener son parti pendant la période post-pandémique — et ce qu'il présentera aux électeurs aux prochaines élections fédérales.
La façon dont Erin O'Toole répondra aux plans des libéraux indiquera clairement où il a l'intention de mener son parti pendant la période post-pandémique — et ce qu'il présentera aux électeurs aux prochaines élections fédérales.

Des indices sur la direction que compte donner O'Toole figure dans son programme

Stephanie Levitz
La Presse Canadienne
Pendant que le gouvernement libéral peaufine son prochain discours du Trône et un plan de relance post-pandémie, le nouveau chef conservateur Erin O'Toole travaille de son côté sur la réponse de son parti.

Il n'a pas indiqué si les conservateurs appuieront les libéraux à l'occasion du prochain vote de confiance, mais même s'ils ne l'appuient pas, le gouvernement pourrait rester en place.

Le Bloc québécois dit qu'il fera pression pour des élections à l'automne, mais même si les conservateurs s'entendaient avec les bloquistes, les deux partis sont encore à quelques sièges de la majorité requise pour faire tomber le gouvernement libéral minoritaire. Ils devront compter sur le NPD pour y parvenir. Un scénario peu vraisemblable.

Cependant, la façon dont Erin O'Toole répondra aux plans des libéraux indiquera clairement où il a l'intention de mener son parti pendant la période post-pandémique — et ce qu'il présentera aux électeurs aux prochaines élections fédérales.

Dans une interview accordée mercredi à Durham Radio News, quelques jours après avoir remporté la course à la direction, Erin O'Toole a déclaré qu'il ne pensait pas que les libéraux avaient l'intention de travailler avec leurs adversaires pour éviter les élections d'automne.

«Je ne veux pas qu'il ait un plan de relance qui porte davantage sur l'idéologie des libéraux que sur le bien-être des Canadiens», a-t-il dit.

Au cours de sa première conversation téléphonique avec le premier ministre Justin Trudeau à titre de chef de l'opposition, il a abordé le sujet de l'aliénation des provinces de l'ouest.

«Si le discours du Trône qu'il prononcera contribue davantage à l'aliénation de l'ouest, le Canada revivra les menaces que nous n'avons pas vues depuis le référendum de 1995, souligne M. O'Toole. Je serai très juste avec lui [M. Trudeau], mais je serai direct. Je pense qu'il dirige le Canada vers une voie très dangereuse.»

La façon dont Erin O'Toole aimerait diriger le Canada a bien sûr été étalée en grande partie lors de la course à la direction qu'il a remportée aux premières heures du 24 août.

Lorsque la pandémie de la COVID-19 a frappé le Canada au début de cette course, lui et les autres candidats ont été forcés de recadrer leurs programmes pour tenir compte des déchirures causées par le nouveau coronavirus aux tissus économique et social du pays.

Son programme peut donner des indices sur ce qu'Erin O'Toole chercherait à faire pour mettre le Canada sur la voie du rétablissement.

Quelques mises en garde pour ceux qui cherchent à lire les feuilles de thé : une plateforme de course à la direction et des promesses de campagne ne font pas toujours la transition vers un programme électoral.

De plus, la plateforme d'Erin O'Toole a été publiée avant que le gouvernement libéral annonce plusieurs mesures que lui-même souhaitait proposer comme la fin de la Prestation canadienne d'urgence (PCU) et l'élargissement de l'assurance-emploi.

Un plan en neuf points

Son plan inclut des mesures spécifiques liées à la COVID-19, notamment l'augmentation de la capacité d'effectuer des tests de dépistage, l'augmentation de l'approvisionnement national fiable en équipement de protection individuelle et l'utilisation du financement de la recherche agricole pour faire pousser plus d'aliments dans les serres canadiennes.

Il a également promis de créer une Commission royale d'enquête sur la pandémie dans les 100 jours suivant sa prise de fonction pour s'assurer que les leçons apprises pendant la crise seront appliquées à l'avenir.

M. O'Toole proposait de transformer la déduction existante pour frais de garde d'enfants en un crédit d'impôt remboursable couvrant jusqu'à 75 % de ces dépenses, même si le montant qu'une famille pourrait récupérer dépendra de son revenu. Il doublerait également les limites de la déduction existante et prolongerait l'augmentation que les libéraux ont accordée à la Prestation canadienne pour enfants jusqu'à la fin de 2021.

Le chef conservateur compte accorder aux fournisseurs d'accès internet haut débit un crédit d'impôt pour couvrir le coût de remplacement des composants Huawei sur l'infrastructure 5G. Il souhaite revoir le code des impôts et faire adopter une nouvelle loi pour assurer le libre-échange entre les limites provinciales.

M. O'Toole veut aussi l'adoption d'une «loi sur les pipelines stratégiques à l'échelle nationale» pour accélérer l'approbation des pipelines considérés dans l'intérêt national, qu'il définit comme «des lignes donnant accès aux marchés mondiaux ou aux capacités de raffinage nationales, en particulier les raffineries pétrochimiques qui produisent des matériaux essentiels à la fabrication d'équipement de protection individuelle». Il a également suggéré de travailler avec les États-Unis et le Mexique pour conclure un accord visant à mettre fin à l'importation de pétrole de l'extérieur du continent.

Il propose aussi des changements à l'immigration si le taux de chômage reste élevé en raison de la pandémie. Il laisse entendre que le Canada réduise le nombre de travailleurs qu'il cherche à admettre, mais augmente les rassemblements familiaux.