Le bar a été réorganisé pour permettre la distanciation sociale et assurer la sécurité des clients et des employés.
Le bar a été réorganisé pour permettre la distanciation sociale et assurer la sécurité des clients et des employés.

Des idées fraîches à la Distillerie de la Chaufferie

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
La patience des fidèles de la Distillerie de la Chaufferie est désormais récompensée puisqu’ils peuvent de nouveau affluer au bar granbyen, qui vient de rouvrir ses portes. Ce nouvel élan s’accompagne de visées ambitieuses pour ses propriétaires, qui espèrent faire de leur établissement un incontournable à l’échelle nationale.

« Chaque vendredi soir depuis un mois, il y a des gens qui m’écrivent pour me dire qu’ils sont à la porte, mais qu’elle est barrée », relate avec le sourire Vincent Van Horn, distillateur en chef et copropriétaire.

Un peu plus d’un an et demi après son ouverture officielle, La Chaufferie n’a jamais levé le pied de l’accélérateur, même durant la pause imposée par la crise sanitaire.

Si le bar, dont les revenus représentent environ le tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise, a dû fermer ses portes, l’équipe de la distillerie ayant pignon sur la rue Cowie, à Granby, a poursuivi son travail de production d’alcool.

Ils se sont même décidés à produire pour un temps limité de l’alcool désinfectant pour les mains, afin de répondre aux besoins de la communauté. Ce qui devait être qu’une petite quantité pour dépanner les voisins s’est transformé en expérience de 4000 litres.

« On a réagi à un besoin urgent pour dépanner localement. On n’a pas réalisé que la pénurie était aussi énorme. Quand on a annoncé qu’on allait en produire, le téléphone n’a pas arrêté de sonner », raconte le distillateur, qui recevait même des demandes de la part des hôpitaux, des pompiers et des policiers.

« On est encore une jeune entreprise, donc on n’utilisait pas nos machines à 100 %, mais durant la COVID, elles étaient à 100 % pour produire le plus qu’on était capable », indique-t-il. Pour les intéressés, il reste encore quelques flacons de disponibles.

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Sur le mur derrière le bar, on retrouve quelques ingrédients cueillis par Claudia Doyon.

 «Le bar le plus hot au Canada»

La pause forcée a été fertile en idées pour l’équipe de La Chaufferie, qui a recruté dans son giron Claudia Doyon, une mixologue passionnée, au poste de directrice du bar. L’équipe souhaite offrir une expérience hors du commun aux amateurs de spiritueux et aux amoureux du terroir.

Claudia travaille comme consultante avec La Chaufferie depuis ses débuts et s’est associée avec Vincent Van Horn dans la production d’un bitter entièrement québécois – Amer Québec –, un ingrédient amer qui sert en mixologie et qui devrait être lancé au cours du mois prochain.

Avant de rouvrir les portes du bar, qui jouxte l’usine de production dans les anciennes installations de Imperial Tobacco, l’équipe de La Chaufferie souhaitait prendre son temps et le faire de la bonne manière. « On a l’avantage que le bar ne soit pas l’activité fondamentale de la distillerie, donc on a pu prendre notre temps pour la réouverture et être certain de bien faire les choses », note Vincent Van Horn.

Vincent Van Horn, distillateur en chef et copropriétaire

« En arrivant ici, je voulais prendre un moment pour m’assurer que tout soit droit, qu’on soit conformes et que ça soit sécuritaire pour les clients et notre équipe », poursuit Claudia.

L’équipe de La Chaufferie souhaitait faire un « retour à la base » et se concentrer sur la mission première de la distillerie : offrir une expérience « top-notch » pour les spiritueux et devenir « le bar le plus hot au Canada » dans la mixologie.

Un programme de leçons de mixologie est en préparation pour permettre au public de mieux comprendre leur passion.

La boutique est aussi ouverte de nouveau et plusieurs produits de bar y seront en vente pour que tous puissent découvrir les plaisirs de préparer des cocktails. Des visites guidées des installations sont aussi possibles sur réservation.

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MIXOLOGIE: LA RENCONTRE DE L'ART, DU TERROIR ET DES SPIRITUEUX

Passionnée du terroir, Claudia Doyon baigne dans la mixologie avancée. Ses créations s’inspirent de sa philosophie « de la terre au cocktail ». En plus de son chapeau de mixologue, elle est aussi cueilleuse et ses récoltes, dont plusieurs proviennent de son camp de chasse dans le nord de la province, se retrouvent dans les boissons qu’elle concocte. 

On en retrouve d’ailleurs quelques-unes sur le mur en arrière du bar de La Chaufferie, en train de sécher ou de macérer. Sumac vinaigrier, sagace fenouil, lavande, menthe cataire, mousse de caribou et thé des bois ne sont que quelques exemples de l’inventaire à la disposition de l’artiste-mixologue, qui étudie la cueillette depuis trois ans. 

S’ajoutent ensuite les produits des artisans et producteurs locaux. « On essaie le plus possible de promouvoir les artisans du coin et les producteurs du secteur », affirme-t-elle, avant d’ajouter que des produits issus d’autres distilleries de la province se retrouvent dans les cocktails. « Pour nous, ce ne sont pas des compétiteurs, c’est un travail d’équipe. C’est comme ça qu’on va monter l’image des spiritueux et des cocktails au Québec, en travaillant tous ensemble en collaboration », avance la mixologue. 

« Ce qui différencie Claudia des mixologues traditionnelles, c’est qu’ils vont travailler avec des produits qui sont plus communs. Prenons le jus de citron en exemple. Elle va chercher une manière de le remplacer, puisque les citrons ne poussent pas ici », explique le distillateur en chef, Vincent Van Horn. 

Le cocktail «Madame Croque-Cerise», inspiré de la productrice de cerises griottes de Saint-Paul-d’Abbotsford

Mme Doyon monte donc un « petit laboratoire » qui va lui permettre de développer des techniques pour n’utiliser que des produits du terroir et ainsi réduire l’impact environnemental des produits offerts à La Chaufferie. 

Il faut cependant prévoir son coup et réfléchir à la conservation des aliments, puisqu’au Québec, les changements de saisons ne permettent pas d’obtenir tous les ingrédients à longueur d’année. « Avec le défi vient la créativité », philosophe M. Van Horn. 

Tous deux espèrent être éventuellement en mesure de récupérer les retailles de produits non utilisés par les producteurs pour éviter les pertes. 

Madame Croque-Cerise

Un des cocktails proposés à La Chaufferie se nomme « Le Madame Croque-Cerise », non pas en l’honneur de l’émission pour enfants du début des années 2000, mais plutôt en référence aux cerises griottes de Saint-Paul-d’Abbotsford qui y sont mises en vedette. 

« Madame Croque-Cerise, c’est Nancy, la productrice. Quand je l’ai rencontrée la première fois, elle mangeait tout le temps des cerises », relate Claudia Doyon, qui a décidé de lui rendre hommage avec ce cocktail. 

Celui-ci est composé de sirop de cerises griottes, de gin Furlong et de vodka Lemay (deux produits de la Chaufferie), de mousse de Mélilot — aussi appelé la vanille boréale — et de cerises déshydratées ayant servi à produire le sirop.