Les fourrures de castor étaient des biens particulièrement prisés à l’époque de la Nouvelle-France.

Des histoires de contrebande à découvrir

Qui entend « contrebande » songe souvent à « prohibition », période où ont sévi des gangsters américains plus grands que nature, il y a un siècle. Or, beaucoup moins de gens savent que notre région a aussi été le théâtre d’un commerce illicite, il y a de cela 300 ans. Pour en savoir plus sur le sujet, la Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux (SHGQL) accueillera le conférencier David Ledoyen le mardi 25 février prochain.

Ce n’était pas uniquement l’alcool, le tabac et les armes qui faisaient l’objet de contrebande au temps de la Nouvelle-France. Les tissus colorés, « car les gens voulaient être à la mode », mais surtout les fourrures, particulièrement de castor, étaient des biens encore plus prisés, à l’époque, apprendra M. Ledoyen dans sa conférence intitulée «Le Richelieu et la contrebande Montréal-Albany sous le régime français 1716-1755».

Au cours de cette tranche du 18e siècle, la compagnie officiellement désignée par la France pour mener le commerce des fourrures et leur exportation à la mère patrie était aussi en charge de fixer les prix. Plusieurs ont tenté, à leur manière de contourner ce monopole, indique M. Ledoyen, également agent de développement chez Parcs Canada.

« Les Anglais voulaient mettre la main sur des fourrures et les Français voulaient faire plus de profit, relate-t-il. Il y avait comme intermédiaires des Français, des Anglais, des Irlandais et des Autochtones, qui ont quand même su tirer leur épingle du jeu. »

Les contrebandiers de l’époque n’avaient pas nécessairement l’air des flibustiers ou des corsaires ; certains acteurs du commerce illicite cachaient d’ailleurs bien leur jeu, exposera le conférencier. Entreposeurs, convoyeurs, canoteurs, marchands bien en vue ; même des femmes ont joué un rôle très important dans le trafic en Nouvelle-France, dont les sœurs Deslauriers, qui tenaient un magasin dont on a soupçonné qu’il s’y tramait des échanges illicites...

La présentation traitera d’ailleurs des différentes « relations diplomatiques » entre ces personnages, appuyées par des documents et archives qu’on a longtemps pensés disparus.

« La connaissance de la géographie et de plusieurs langues, dont les langues autochtones, constituait un atout pour ceux qui ont pris part à la contrebande », raconte l’orateur.

Trafic maritime et terrestre

La rivière Richelieu, aux abords de laquelle a été construit le fort Chambly, a servi de voie de transport importante pour la contrebande, tout comme le lac Champlain. Les patrouilleurs en charge d’arrêter les pirates qui amenaient des fourrures de Montréal jusqu’à Albany, dans l’État de New York, sont donc intervenus sur les eaux, mais aussi en campagne, où beaucoup de saisies ont eu lieu dans la région, allègue M. Ledoyen.

La contrebande des fourrures a pris fin avec la Conquête de la Nouvelle-France par l’Angleterre, nous apprend David Ledoyen. « Après, tout est en territoire britannique, il y a fin de la concurrence », explique-t-il.

Cela ne signifie pas que toutes les traces de ce commerce illicite ont disparu dans la région.

« Encore maintenant, l’autoroute 35 sert de voie commerciale entre Montréal et les États-Unis. On peut dire qu’il s’agit là de la modernisation de l’axe de communication du Richelieu », illustre le conférencier.

Sa conférence aura lieu à la sacristie de l’église d’Ange- Gardien, rue Saint-Georges, à 19 h 30. L’entrée est gratuite pour les membres de la société d’histoire et de 5 $ pour les non-membres. Il est possible d’obtenir plus d’informations au 450- 469-2409 ou par courriel à l’adresse shgql@videotron.ca