L'aménagement de bandes riveraines fleuries le long du ruisseau Brandy à Granby a permis depuis 2016 de couvrir 9,6 kilomètres de rivage.

Des fleurs pour combattre les pucerons

Des bandes riveraines fleuries pourraient aider les producteurs de soya à améliorer leurs récoltes. Le Centre de recherche sur les grains est à l'oeuvre dans un secteur du ruisseau Brandy à Granby pour valider le tout.
Les chercheurs du CÉROM s'intéressent particulièrement aux champignons entomopathogènes, des ennemis naturels du puceron du soya. La présence de fleurs dans les bandes riveraines favoriserait-elle la reproduction de ces champignons ? Si oui, amélioreraient-elles leur dispersion dans les champs et, du coup, leur efficacité dans le contrôle biologique des pucerons ?
Les bandes riveraines fleuries sont des réservoirs d'insectes, fait remarquer Annie-Christine Boucher, chargée de projets au CÉROM. Les agriculteurs devraient-ils utiliser des champs à proximité de telles bandes riveraines pour cultiver du soya du fait que les champignons entomopathogènes y foisonnent ? Devraient-ils exploiter le potentiel de leurs bandes riveraines en y plantant plus de fleurs ? Cela en vaut-il le coup économiquement ? « C'est le genre de questions que l'on se pose », explique la jeune scientifique.
Ces champignons sont très efficaces. Cependant, indique-t-elle, « il arrive que dans certaines situations, l'arrivée des champignons entomopathogènes se fasse trop tardivement, pouvant ainsi entraîner des pertes de rendement liées aux populations élevées de pucerons. »
Depuis le début du mois de juin, une équipe du CÉROM récolte des pucerons dans un champ de soya près de la rue Cowie. Elle le fait dans deux petites parcelles de champ : la première collée sur la bande riveraine du ruisseau, là où on trouve des fleurs, la deuxième à l'opposé de la bande riveraine. Les chercheurs veulent comparer l'évolution des pucerons et la présence de champignons entomopathogènes.
« Les pucerons peuvent causer de grandes pertes pour les agriculteurs », indique Mme Boucher. D'où les efforts pour protéger cette production.
En 2016, selon Statistique Canada, les agriculteurs québécois ont utilisé 325 000 hectares pour produire du soya. Ils en ont récolté 1 040 000 tonnes métriques. C'est la deuxième plus importante culture après le maïs-grain (360 000 hectares et 3 790 000 tonnes métriques).
Le CÉROM profite d'une subvention de 70 000 $ du ministère des l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, dans le cadre de son programme prime-vert, pour réaliser sa recherche.
Retombée scientifique
Cette recherche est une retombée scientifique du projet de végétalisation des bandes riveraines du ruisseau Brandy, explique Isabelle Martineau. Initié en 2016 par Nature-Action Québec et réalisé par le Club conseil Gestrie-Sol, le projet a consisté à aménager des bandes riveraines en favorisant le développement d'écosystèmes, notamment les pollinisateurs. Plusieurs espèces végétales produisant des fleurs ont ainsi été plantées.
« Les gens du CEROM ont eu vent de notre projet et ils nous ont contactés. C'est vraiment intéressant parce que ça peut amener à une réduction de la quantité d'insecticide qu'utilisent les agriculteurs », signale Mme Martineau. « On voit que les bandes riveraines ne servent pas qu'à protéger les cours d'eau. Elles peuvent aussi jouer un rôle important dans les champs », ajoute l'agronome.
L'équipe de Gestrie-Sol a complété récemment la deuxième phase du projet avec la plantation de 2300 arbustes sur trois autres kilomètres de rivage. Des nichoirs et des perchoirs ont été installées pour attirer des oiseaux, des chauves-souris et des pollinisateurs. « Ce qui est vraiment le fun, c'est qu'on a travaillé avec quatre producteurs qui ne sont pas membres de Gestrie-Sol. Ils ont entendu parler de ce qu'on avait fait et ce sont eux qui nous ont appelés. Il y a un effet d'entraînement pour qu'ils améliorent la biodiversité sur leurs terres. »
Depuis l'an dernier, 9,6 kilomètres de rivage du ruisseau Brandy ont été végétalisés, 9377 arbustes et 1111 arbres plantés, 31 perchoirs, cinq nichoirs à oiseaux et cinq nichoirs à chauves-souris installés.
Nature-Action Québec a pu compter sur une aide financière de 45 000 $ du MAPAQ, de la Ville de Granby, d'Environnement Canada, de la Fondation de la Faune et des investissements des agriculteurs concernés.