Deux Shark Partys ont eu lieu à la salle communautaire de Roxton Falls, l’an dernier.

Des fêtards en manque de salle

Un promoteur de fêtes pour adolescents et jeunes adultes de Granby a du mal à dénicher un endroit pour organiser sa boum. Ce faisant, les détenteurs de billets d’un événement qui devait avoir lieu à Granby au printemps 2018 attendent toujours que celui-ci se produise ou d’être remboursés.

« Le party était prévu pour le 14 avril [2018], mais il avait été repoussé après un imprévu à propos de la location de la salle, a fait savoir un acheteur de billet. Il a été repoussé à plusieurs reprises et maintenant on n’a plus aucune nouvelle. »

Selon une autre détentrice de billet, ceux-ci étaient vendus via des promoteurs à qui il fallait écrire sur les réseaux sociaux. « Le billet devait être échangé pour un autre, alors je l’avais donné à quelqu’un pour qu’on m’en redonne un autre, mais je ne l’ai jamais eu. C’est quand même dommage d’avoir promis que le party aurait lieu et d’avoir vendu des billets alors que rien [ne] s’est produit un an plus tard », déplore la jeune femme.

Plus de 300 billets ont été vendus pour l’événement, confirme Cédric Côté, propriétaire et fondateur de Événements Tha Shark, l’entreprise qui organise les Shark Partys.

Celui-ci se défend bien d’avoir voulu flouer les fêtards. Si l’événement ne s’est pas encore produit, dit-il, c’est tout simplement parce qu’il n’a pas réussi à trouver un endroit pour le tenir. « J’ai loué quatre salles différentes et quelques jours après, les propriétaires me rappelaient pour casser le contrat. C’est difficile de vouloir louer sa salle lorsque la police mentionne que mes partys [tourneront] en grabuge, alors que lors de mes deux derniers partys, il n’y a eu aucun incident », déplore-t-il.

Cédric Côté assure qu’une surveillance étroite de la clientèle est effectuée sur place, à commencer par un tri à l’arrivée des fêtards. « Les clients sont cartés et les mineurs sont identifiés avec un bracelet différent de ceux qui sont remis aux personnes majeures, explique-t-il.

Plus sécuritaire pour les jeunes

Ces deux fêtes ont eu lieu à la salle communautaire de Roxton Falls, l’an dernier.

À la municipalité, on confirme que le tout s’est déroulé rondement, grâce à une surveillance pointue de la Ville et de policiers de la Sûreté du Québec.

« Il y a eu certaines interventions de la part des policiers à l’extérieur du site, mais il ne s’est rien passé de grave », a confirmé la directrice générale Julie Gagné.

Néanmoins, il a été jugé préférable par la régie qui administre l’endroit de ne plus y reconduire de telles activités. « Ce n’est clairement pas le genre d’événement qu’on souhaite avoir chez nous », note la fonctionnaire.

En entrevue, M. Côté déplore qu’on ait accolé une étiquette négative à son initiative, lui qui indique avoir lancé son entreprise pour offrir un lieu de fête sécuritaire aux mineurs qui tentent d’entrer dans les bars. Selon l’organisateur, les adolescents constituent environ 30 % de sa clientèle, majoritairement concentrée à Granby et dans les alentours. « Avec un événement bien organisé comme j’en ai fait dans le passé, c’est beaucoup plus sécuritaire pour les ados que d’aller de se faire faire des fausses cartes », argumente-t-il.

D’ailleurs, ajoute le jeune homme, aucun alcool n’est vendu ou distribué sur place lors des fêtes, mais les participants sont libres d’apporter leurs boissons.

Au registre des entreprises du Québec, on peut toutefois lire que la compagnie « organise des soirées et des fêtes (partys), principalement pour les gens âgés de 18 ans et plus ».

M. Côté assure qu’une surveillance étroite de la clientèle est effectuée sur place, à commencer par un tri à l’arrivée des fêtards. « Les clients sont cartés et les mineurs sont identifiés avec un bracelet différent de ceux qui sont remis aux personnes majeures, explique-t-il. Si un mineur est surpris en train de boire par un membre de l’équipe de sécurité, il reçoit un avertissement et on lui enlève sa consommation. Je dois suivre la loi. »


«  Ce n’est clairement pas le genre d’événement qu’on souhaite avoir chez nous.  »
Julie Gagné, directrice générale de la municipalité de Roxton Falls

Ouverture au dialogue

Cédric Côté allègue avoir sollicité une rencontre avec le service de police à plusieurs reprises, sans succès. Il dit aussi avoir tenté sa chance à la Ville de Granby. « Comme j’ai mentionné à plusieurs reprises à la Ville, j’aimerais travailler avec eux et non contre eux », affirme M. Côté.

Or, personne à la Ville de Granby ne semblait être au courant de l’existence de Événements Tha Shark, mardi. « Personne ici n’en a entendu parler, mais je suis ouvert à la discussion », a fait savoir l’urbaniste senior et chargé de projets au service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville, Dominique Desmet.

Selon lui, les organisateurs de tout événement doivent d’abord s’assurer que celui-ci se déroule dans un secteur où le zonage permet l’usage projeté. Il faut également respecter certaines normes de sécurité.

Porte-parole du Service de police de la Ville de Granby, Marc Farand, abonde en ce sens. « En fait, peu importe qu’on organise une fête, un bal, une réception, tous les cas sont traités de la même façon par la police et l’urbanisme, dit-il. Ça arrive qu’on reçoive des informations d’autres services policiers ou de citoyens sur des événements qui se sont déroulés ailleurs et qui sont ensuite organisés ici. Alors, selon les cas, on peut mettre les différents acteurs concernés en garde pour que tout se passe de manière adéquate. On doit s’assurer que les lois soient respectées ; c’est notre devoir d’assurer la sécurité des citoyens. »

Même si le corps policier n’est pas avisé chaque fois qu’une location de salle privée est effectuée ou qu’une demande de permis d’alcool est déposée, M. Farand rappelle que la tenue d’un tel événement ne dépend que de ceux qui l’organisent. « Si le locateur ne veut plus louer sa salle, ça lui appartient », dit-il.

Cédric Côté a pour sa part espoir de faire valoir son point de vue. Autrement, il devra trouver un plan B. « Si ça ne donne rien d’ici la [rentrée scolaire], je n’aurai pas le choix d’organiser ça à Saint-Hyacinthe. Ça sera plus compliqué pour le transport des jeunes, mais bon », laisse-t-il tomber.