Faire du bénévolat en entreprise permet aussi aux étudiants de mieux comprendre toutes les notions enseignées en classe.

Des étudiants différents et travaillants

Développer des habiletés sociales et de travail tout en sensibilisant la population à la différence. Voilà ce que vivent des personnes atteintes de déficience intellectuelle en œuvrant dans des milieux de travail dans le cadre du programme en intégration en communauté du Centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby.

Le projet connaît d’ailleurs un grand succès. Au démarrage de celui-ci, l’année dernière, les étudiants travaillaient bénévolement chez SOS Dépannage Moisson-Granby. Puis, le Bistro Forik de Granby a décidé d’emboîter le pas en les accueillant quelques heures par semaine.

« Je me suis rendu compte que c’était très profitable pour les élèves, affirme Isabelle Lemoine, enseignante au Programme intégration en communauté au CRIF. Ce n’est pas juste de faire du bénévolat pour aider une entreprise. Mes élèves travaillent des choses. »

Deux autres partenaires, l’animalerie de Granby — succursale du centre-ville — et le CPE Les couleurs, à Bromont, ont embarqué dans le projet en accueillant à leur tour les étudiants. L’expérience vécue jusqu’ici dans les établissements du CPE est une grande réussite.


« Je me suis rendu compte que c’était très profitable pour les élèves »
Isabelle Lemoine, enseignante au CRIF

« On est rentré doucement en septembre, en faisant du ménage, en rendant les locaux plus attrayants. Finalement, de fil en aiguille, on a fait notre place dans l’équipe avec les éducatrices qu’on a sensibilisées à la présence des élèves et depuis le mois de janvier, on fait aussi de l’intégration comme aide-éducatrice dans les groupes. »

L’interaction entre les enfants et les élèves est particulièrement intéressante.

« À cet âge-là, ils n’ont pas de barrière. Ils ne la voient pas la différence, affirme Mme Lemoine. On entend beaucoup d’histoires d’intimidation et on se demande comment on fait pour contrer ça. C’est en sensibilisant. On a beau faire des protocoles dans les écoles pour contrer l’intimidation, ce qu’il faut faire à la base, c’est sensibiliser à la différence. C’est exactement ça que je fais. »

Du côté de l’animalerie, on nettoie les « vitres des aquariums, on change l’eau des animaux », raconte Marc-Antoine, un des étudiants qui participent au projet.

Leur passage au sein du commerce permet aussi d’intégrer la zoothérapie.

À la fin de leur période de bénévolat, ils brossent les chiens et prennent dans leurs mains des serpents, furets et tortues, pour ne nommer que ceux-là.

Faire du bénévolat en entreprise permet aussi aux étudiants de mieux comprendre toutes les notions enseignées en classe. « Ça fait des années que j’enseigne les habiletés de travail, que j’enseigne la santé et sécurité, les types de risques, les droits et les responsabilités des travailleurs, mais on est assis ici, en classe. C’est moins concret », fait valoir Mme Lemoine.

Les étudiants font maintenant du bénévolat auprès des enfants.

Budget

Afin de concrétiser davantage la démarche, les étudiants doivent réaliser un budget mensuel de leurs revenus et de leurs dépenses. Chaque jour de travail leur donne une paie symbolique. Des bonus peuvent leur être accordés, mais des pénalités peuvent aussi leur être imposées « si on ne fait pas d’efforts », explique Gabrielle, une autre étudiante qui participe au programme.

À la fin de chaque mois, c’est l’heure de faire les comptes. Les étudiants doivent réduire de leur paie leur loyer (la chaise qu’ils utilisent en classe), leur facture d’Hydro-Québec (la lumière de leur bureau) et leur épicerie. « S’il en reste après, on va pouvoir faire une activité spéciale, avoir des privilèges, mais la dépense fixe est obligatoire. C’est la réalité », explique l’enseignante.

Le groupe d’étudiants présent lors du passage de La Voix de l’Est s’apprêtait à visionner un film au cinéma, un grand privilège pour leur bon travail.

« Ils sont valorisés. Ils se le font souvent dire, même par des clients du Bistro, qu’ils travaillent bien. J’ai vraiment l’impression qu’on est en train de sensibiliser plus de population. La réaction des milieux est tellement positive. C’est vraiment un beau projet », conclut l’enseignante.