Comme des travaux de maçonnerie doivent aussi être effectués, la liste des entrepreneurs susceptibles de combler les besoins du Granbyen Patrice Gagnon est mince.

Des entrepreneurs incapables de s'assurer pour les contrats de toits plats

De nombreux propriétaires de maison dotée d’un toit plat à Granby devront prendre leur mal en patience. Les couvreurs peinent à dénicher une compagnie d’assurance qui couvre la pose d’une membrane en élastomère en raison des risques élevés d’incendie engendrés par cette pratique.

Patrice Gagnon et sa conjointe sont devenus propriétaires de leur résidence en 2005. Le toit est plat sur une partie de celle-ci et le couple y a aménagé une terrasse. « Je savais qu’éventuellement, la toiture serait à refaire », explique le Granbyen.

Aux prises avec des problèmes d’infiltration d’eau dans son garage, qui se trouve sous la partie plate du toit, M. Gagnon a communiqué avec un premier couvreur le printemps dernier, mais malgré plusieurs relances de sa part, il n’a jamais pu obtenir de soumission pour les travaux qu’il souhaitait faire réaliser. En février, il a choisi de faire affaire avec Toitures Guillette et Fils, avec qui il a conclu un contrat d’environ 10 000 $ pour la réfection de son toit plat et l’installation d’une membrane en élastomère.

Or, en début de semaine, l’une des copropriétaires de l’entreprise, Sylvie Denis, l’a informé qu’elle ne pouvait honorer sa soumission pour le moment parce que la compagnie était en plein renouvellement de ses assurances et qu’elle peinait à dénicher un assureur qui acceptait de lui offrir une couverture sur la pose de l’élastomère.

Entre temps, M. Gagnon avait déjà dégarni sa terrasse et une partie du revêtement extérieur de la maison en vue des travaux. Le bois nu a été exposé aux intempéries et des oiseaux ont fait leur nid dans des soffites.

« Ce ne sont pas des travaux que je peux me permettre de faire dans trois mois. Je ne peux pas enlever la membrane et la laine minérale pour ensuite les laisser se faire mouiller », déplore-t-il.

Comme des travaux de maçonnerie sont aussi à effectuer, la liste des entrepreneurs susceptibles de combler les besoins du Granbyen est mince. Et celui-ci ne souhaite pas allonger les délais, puisque les couvreurs sont accaparés par la pose de bardeaux en été. « De toute façon, je ne veux pas d’autre couvreur, ils savent ce qu’ils font, clame M. Gagnon qui se dit inquiet. C’est un stress pour moi. »

Aux prises avec des problèmes d’infiltration d’eau dans son garage, qui se trouve sous la partie plate du toit, M. Gagnon a communiqué avec un premier couvreur le printemps dernier, mais malgré plusieurs relances de sa part, il n’a jamais pu obtenir de soumission pour les travaux qu’il souhaitait faire réaliser.

Liste d’attente

Une dizaine d’autres clients de Toitures Guillette et Fils se trouvent actuellement dans la position de M. Gagnon ; des soumissions totalisant 100 000 $ sont en attente d’être réalisées, en plus d’autres demandes auxquelles l’entreprise ne peut pas donner suite tant qu’elle n’aura pas trouvé d’assureur.

« Ce n’est pas parce que je ne veux pas le faire. On a l’équipement, on fait les choses comme il faut. On a un courtier qui magasine pour nous et qui fait tout pour nous trouver un nouvel assureur, mais on n’a pas beaucoup d’espoir », explique Sylvie Denis, qui attend un retour de trois compagnies d’assurances.

« C’est dommage, parce qu’on n’a pas eu de préavis. Si mon assureur m’avait informée en janvier qu’il ne renouvellerait pas mon contrat, j’aurais pris moins de clients et j’aurais pu m’arranger », poursuit-elle.

« Depuis trois ou quatre ans, les primes ont augmenté de beaucoup. On est passés de 7000 $ à 12 000 $, puis à 22 000 $, raconte-t-elle. Les assureurs veulent délaisser le marché [de l’élastomère]. Ils ne veulent assurer que les entreprises dont 80 % du chiffre d’affaires provient de la pose de membranes d’élastomère ou celles qui ont un chiffre d’affaires de plus de 2,5 millions $. »

Chez Toitures Guillette et Fils, les toits plats comptent pour environ le quart des contrats effectués. Or, cela représente plus de la moitié de la facture d’assurance de l’entreprise.

Problème généralisé

D’autres entreprises seraient dans la même situation. « On est tous dans le même bateau », dit Mme Denis. Plusieurs entreprises se sont retirées de ce marché en raison de la hausse considérable des primes d’assurance, soutient d’ailleurs Mme Denis. « On est devenus moins de joueurs à offrir ce service dans la région », allègue-t-elle.

Par ailleurs, d’autres compagnies ont plutôt fait le choix risqué de travailler sans être adéquatement assurés, prévient la dame. « Je ne le ferai jamais, confie-t-elle. On travaille comme il faut, mais on aurait beaucoup trop peur qu’il arrive quelque chose. »

La situation ne devrait pas coûter d’emplois à l’entreprise, nuance Mme Denis. « On a une pénurie d’employés, souligne-t-elle. Mais on a de plus en plus de demandes pour le bardeau, alors je ne suis plus inquiète. »

« En fait, si je n’ai plus l’ouvrage que l’élastomère me donnait, mon année va seulement être raccourcie, parce qu’on pouvait le faire au printemps et à l’hiver. Nos gars vont se retrouver sur le chômage plus vite. »

Le directeur général de l’Association des maîtres couvreurs du Québec, Marc Savard.

UNE PROBLÉMATIQUE MONDIALE

La difficulté pour les couvreurs de dénicher une assurance à bon prix pour les travaux avec des membranes en élastomère est une problématique mondiale, fait valoir Marc Savard, directeur général de l’Association des maîtres couvreurs du Québec.

« Il y a quelques années, il n’y avait que cinq assureurs à Londres qui assuraient les couvreurs », explique-t-il.

Des incendies ayant causé des pertes majeures, causés par l’utilisation de brûleurs pour sceller la membrane ont toutefois effarouché certains de ces assureurs. Ce faisant, deux se sont retirés du marché, poursuit le directeur général.

« C’est devenu un problème mondial, car tous les couvreurs du monde sont couverts par seulement trois assureurs. Ça a eu pour effet d’augmenter le coût des primes et ça a un gros impact pour les petites entreprises qui ont moins de moyens. C’est encore possible d’être assuré, mais les coûts sont faramineux. »

Un constat partagé par Marc-Édouard Larose, gestionnaire chez Couvreur Larose. « Il y tellement peu de compagnies qui offrent l’assurance que les prix sont partis en vrille, souligne celui qui est également conseiller municipal à la Ville de Bromont. Mais on n’a pas le choix, c’est une grosse charge et il faut se protéger. »

Les toits plats représentent beaucoup moins que la moitié des contrats de l’entreprise familiale, mais accaparent la part du lion de la facture en assurance, relève-t-il. « Avec ces prix, il y en a certains dans la région qui réfléchissent à savoir s’ils vont continuer dans cette veine-là. »

Prévention

Marc Savard ne croit pas que l’utilisation de chalumeaux et des membranes élastomères disparaîtra de sitôt, c’est pourquoi l’AMCQ mise sur la prévention, dit-il.

Les membres de son association, qui représentent 83 des 1006 couvreurs recensés au Québec, sont tenus de suivre une formation à l’Institut de prévention des incendies du Québec et de détenir une assurance-responsabilité d’au moins 5 millions de dollars. Un préventionniste visite également les chantiers lors des travaux pour s’assurer de leur bon déroulement.

L’an prochain, une formation sur l’utilisation du chalumeau sera ajoutée aux exigences du regroupement.

Solutions

L’industrie n’a pas tardé à réagir à la hausse des primes d’assurances. « Les manufacturiers réagissent aussi à ce phénomène. Plusieurs ont mis au point de nouveaux adhésifs très efficaces, mais au Québec, il fait parfois trop froid au printemps et en hiver pour que ça fonctionne bien », explique Marc Savard.

David Bolduc, propriétaire de Couvreur Roch & Fils, a pour sa part choisi un autre produit que la membrane élastomère pour les travaux sur toits plats, qui représentent 50 % des activités de son entreprise. « Il existe d’autres solutions moins connues, affirme-t-il. J’ai acheté de l’équipement et je travaille maintenant avec de la membrane TPO. C’est soudé à l’air chaud par un robot, il y a moins de risques. »

« Les équipements sont plus chers, mais les assurances le sont moins, poursuit-il. C’est peut-être équivalent, mais tant qu’à payer plus, je préfère investir dans mon entreprise plutôt que de payer un assureur. »