L’interdiction des sacs de plastique est déjà une réalité dans plusieurs des municipalités qui ont appuyé la Déclaration d’urgence climatique.
L’interdiction des sacs de plastique est déjà une réalité dans plusieurs des municipalités qui ont appuyé la Déclaration d’urgence climatique.

Des élus sensibles à l'urgence climatique

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Il y a près d’un an, huit municipalités de la région ont signé la Déclaration d’urgence climatique (DUC), reconnaissant ainsi que le bien-être de notre planète demande une attention de tous les instants. Un an plus tard, cet engagement a-t-il eu un effet sur les villes et villages participants ? Au fil d’échanges téléphoniques, La Voix de l’Est a constaté que les élus étaient déterminés à faire leur part, à condition que tout le monde mette l’épaule à la roue.

Au cœur de notre région, la Ville de Granby dévoilera son plan environnement dans les prochains mois. « Ça va vraiment être concret et cela va paver la voie à des actions pour plusieurs années, s’enthousiasme Catherine Baudin, conseillère municipale et responsable des dossiers environnementaux. J’espère que tout le monde va se reconnaître dans ce plan environnement. On pourra être fiers du legs que nous allons faire aux générations futures. »

Signe que les choses ont « beaucoup bougé » dans la dernière année, la Ville de Cowansville a, quant à elle, adopté son plan stratégique de développement durable 2019-2023 pour « poser des actions concrètes », indique la mairesse Sylvie Beauregard.

Sacs de plastique

Ce souci environnemental semble partagé par l’ensemble des municipalités qui n’ont pas ménagé leurs efforts en 2019. Ainsi, Bromont interdit les sacs de plastique dans l'ensemble de son territoire depuis le 1er novembre. La municipalité souhaite aussi élargir l’interdiction d’utiliser des bouteilles d’eau en plastique à usage unique — déjà en vigueur au sein de l’appareil municipal.

Bromont n’est pas la seule. Près de la frontière avec les États-Unis, Frelighsburg a également interdit les sacs de plastique, tandis que Dunham a emboîté le pas en septembre dernier. Un premier gain concret, selon le comité vert de la localité.

Le maire de Dunham, Pierre Janecek, indique que le conseil désire « tracer la voie pour que les gens la suivent ».

« Au tournoi de golf annuel pour la Fondation du maire, on a donné des bouteilles réutilisables et ça a eu un effet d’entraînement. »

Pour sa part, Cowansville prévoit d’interdire à son tour les sacs de plastique en 2020.

Récupération du verre

Quant à la récupération du verre, les conteneurs de recyclage font presque partie du paysage, puisque Bromont, Cowansville — bientôt Frelighsburg et Bedford — et Farnham offrent ce service à leurs citoyens. À Cowansville, les villages environnants tels que Dunham ou East Farnham bénéficient de l’installation. Pas moins de cinq tonnes de verre y sont entièrement recyclées par semaine. « On s’attendait à ce chiffre-là par mois, mais pas par semaine ! », avoue la mairesse Beauregard. C’est environ la même quantité pour Bromont.

Élus convaincus

Si les élus posent des gestes concrets, les mentalités changent. Le maire Louis Villeneuve, qui siège au conseil municipal de Bromont depuis 2013, constate que les préoccupations environnementales sont de plus en plus présentes.

« On est tous différents autour de la table du conseil, rappelle-t-il. Ce n’est pas évident de changer les cultures et les habitudes, mais on s’en va dans la bonne direction à Bromont. Même si je suis quelqu’un qui préfère voir le verre à moitié plein, on avance dans la bonne direction. »

À Sutton, le maire Michel Lafrance croit que la vision qu’ont les élus de l’environnement, comme le reste de la population, est radicalement différente. « On a changé de paradigme, dit-il. Dans le processus décisionnel, les élus ont désormais le réflexe de prendre l’environnement en considération. »

Du côté de Granby, faire pression sur les gouvernements provincial et fédéral a été l’un des éléments motivant la signature de la DUC. « Il y a urgence, tout le monde le sait, sauf les climatosceptiques qui ont la tête dans le sable, souligne Mme Baudin. La Ville peut mettre en place certaines actions, mais beaucoup de choses doivent descendre des paliers de gouvernement supérieurs. »

La Ville de Waterloo n’est pas en reste. « On était tous conscients des changements climatiques qui s’en viennent, indique Jean-Marie Lachapelle, maire de la localité. Par exemple, je me suis loué un véhicule hybride. À la Ville, on possède aussi des véhicules électriques. On tente de faire notre part du mieux qu’on peut. »

À Frelighsburg, le maire Jean Lévesque indique que le mouvement écologique fait quasiment partie de l’ADN de l’endroit. « Nous vivons dans un milieu où la nature est omniprésente et notre population est très sensible aux sujets environnementaux, quel que soit l’âge des citoyens, s’enorgueillit-il. Le village de Frelighsburg a toujours été conscientisé là-dessus. »

Pour le conseil municipal de Cowansville, le fait d’appuyer la DUC a renforcé la position de la Ville. « On donne le ton à nos citoyens en leur montrant qu’on prend l’environnement au sérieux. Quand on prend une décision, on regarde l’ensemble, mais surtout l’impact environnemental, bien qu’on avait déjà cette conscience-là », relève la mairesse.

Saint-Joachim-de-Shefford avait quant à elle hésité avant d’adopter la DUC « parce qu’on faisait déjà des actions avant. On avait plus ou moins le sentiment que c’était un pas de plus », indique le maire René Beauregard. Déjà, les événements organisés par la municipalité prévoient de la vaisselle réutilisable, donne-t-il en exemple.

À l’instar d’autres villes, Saint-Joachim a installé deux bornes électriques sur le stationnement de la coop, geste non négligeable pour ce village de quelque 1300 habitants.

Au fil des années, l’administration municipale de Cowansville a pour sa part acquis une dizaine de véhicules électriques et convertis au propane.

Cowansville valorise aussi son paysage grâce aux corridors actifs qui permettent désormais aux citoyens de se déplacer à vélo ou à pied de façon sécuritaire. Cet automne, la rue Albert a été connectée avec la rue Bell. À Granby, plusieurs artères ont déjà vu se dessiner autant de pistes multifonctionnelles favorisant la « mobilité active ».

Lors du budget adopté à la fin de l’année, Dunham a réservé 50 000 $ pour des projets verts. « Par exemple, on pourra mettre plus de verre pour faire les trottoirs », relève M. Janecek.

Une portion de la rivière Yamaska à Lac-Brome

PRENDRE SOIN DE L'EAU 

La rivière Yamaska, souvent ternie par des problèmes de pollution, ne jouit pas de la meilleure des réputations. Les lacs ne sont pas non plus toujours en pleine santé. Bref, la qualité de l’eau dans la région mérite notre attention.

À Waterloo, les choses bougent. Un jardin intelligent initié par la Ville sera construit ce printemps sur l’avenue du Parc afin de réduire l’apport de sédiments dans le lac Waterloo.- Un précédent « jardin de pluie » avait déjà été aménagé par le promoteur du quartier Chambourg-sur-le-lac, Patrick Lachance, sur la rive opposée à celle où se trouve la plage municipale.

« La forte pluie du 1er novembre dernier nous a permis d’identifier d’autres endroits où implanter de futurs jardins intelligents », indique le maire Jean-Marie Lachapelle.

Parmi les villes signataires de la Déclaration d’urgence climatique, Sutton porte également une attention particulière à l’eau. Cette municipalité compte 2215 kilomètres de bandes riveraines sur son territoire.  

« L’eau potable est une préoccupation, il faut mieux la gérer, car nous connaissons des périodes d’étiage de plus en plus longues », estime Michel Lafrance, maire de la municipalité.

La Ville de Sutton a, entre autres, acheté récemment des équipements pour mieux détecter les fuites d’eau souterraines et effectuer des suivis plus serrés de l’état de son système d’approvisionnement en eau. 

Les événements extrêmes en raison des changements climatiques forcent les municipalités à repenser leurs infrastructures et à faire davantage de prévention, croit M. Lafrance. Les fortes pluies du 31 octobre et du 1er novembre 2019 ont entraîné leur lot de désagréments. Un petit pont et une portion de chemin ont alors été emportés, des ponceaux ont été bloqués. 

« Ça nous force à être plus proactifs, analyse-t-il. On a des plans d’urgence et les bons réflexes pour réagir. On ne travaille plus en silos. »

Du côté de Dunham, un règlement a déjà été adopté afin qu’aucun engrais liquide ne soit étendu sur les gazons près du lac Selby. 

Depuis quatre ans, les fossés qui se dirigent vers les lacs Selby et Davignon sont modifiés de façon à éviter leur érosion. « Plusieurs fossés sont en pente, donc on les enroche [...] pour retenir les résidus dans les fossés », explique Pierre Janecek, maire de Dunham. 

Frelighsburg est le lieu d’une nouvelle approche en foresterie avec la formation d’une future coopérative de propriétaires forestiers.

LES ARBRES EN RENFORT 

Granby a l’objectif de planter 2000 arbres par année. Voire plus. Mais avant, encore faut-il savoir où.

C’est pourquoi la Ville a commandé à une firme externe une étude sur la forêt urbaine, dont le rapport final sera bientôt rendu public, indique Catherine Baudin, conseillère municipale responsable des dossiers environnementaux.

« L’objectif est de cartographier le couvert forestier de la ville, précise-t-elle. Pour identifier les endroits où il devrait y avoir des arbres, et dans quel état sont ceux déjà présents. Finalement, on veut avoir un portrait précis. »

La Ville de Waterloo souhaite également planter plus d’arbres, dont une cinquantaine au printemps, près de l’usine de filtration d’eau potable, rue Taylor.

Frelighsburg est, par ailleurs, le lieu d’une nouvelle approche en foresterie avec la formation d’une future coopérative de propriétaires forestiers. Réseau foresterie Frelighsburg et région veut montrer l’exemple et contribuer au développement d’une saine économie forestière enracinée localement. 

L’organisme, dont fait partie le maire Jean Lévesque, mise sur des pratiques d’aménagement des boisés écologiquement et socialement acceptables et prône la production de produits de bois à valeur ajoutée.

« Une forêt bien aménagée capte plus de gaz à effet de serre que si elle est moins bien aménagée », explique M. Lévesque. 

Le premier magistrat du village n’est pas peu fier de cette initiative, tout comme le fait, selon lui, que Frelighsburg « est une des municipalités qui produit le moins de déchets par personne dans la MRC ».