Mélody, Laura et Enya, au centre, ont joué une scène troublante à la cafétéria du Collège Mont-Sacré-Coeur qui a amorcé l’activité de sensibilisation Impact sur les agressions sexuelles.

Des élèves du Mont-Sacré-Coeur sensibilisés aux agressions sexuelles

Altercation entre trois amies dans la cafétéria. L’une d’elles apprend qu’elle a été agressée sexuellement alors qu’elle était intoxiquée. La machine à rumeurs s’emballe, plusieurs histoires et préjugés se propagent : « elle n’était pas assez habillée » ; « elle n’avait qu’à surveiller son verre » ; « elle l’a cherché ». Et le silence se fait autour d’elle et de ses amis.

Cette histoire s’est déroulée vendredi midi au Collège Mont-Sacré-Coeur... dans le cadre d’un projet de l’école. Il s’agissait en effet d’une mise en scène réalisée par Julie Côté, responsable du service d’aide à l’élève et éducatrice spécialisée, et sa stagiaire en sexologie, Runnan Demers, avec l’aide d’Isabelle Corbin, stagiaire en sexologie au CALACS de Granby.

L’activité — qui se déroulait dans le cadre du projet de sensibilisation Impact — visait à sensibiliser les jeunes sur les attitudes aidantes à avoir auprès des victimes d’actes à caractère sexuel. Elle faisait suite à une conférence donnée par le CALACS sur les agressions sexuelles.

« Un des buts recherchés était de démystifier les préjugés entourant les agressions sexuelles, explique Runnan Demers en entrevue. Elles faisaient leur scène — c’était la technique d’impact —, mais les Galarnos [NDLR : un groupe d’élèves formé pour agir en tant que de pairs aidants] devaient propager des rumeurs et des préjugés. Ce sont des préjugés que les gens ont dans la société. On voulait les faire ressortir et les défaire pour montrer quelles sont les attitudes aidantes. »

Silence autour de la victime
Réunis dans le bureau de Julie Côté, les Galarnos ont rapporté avec fébrilité, mais aussi avec surprise, ce qu’ils ont vu et entendu et comment ils ont vécu l’activité.

Certains des jeunes autour d’eux ont banalisé la situation, d’autres ont lancé que c’était le problème de la victime, pas le leur et qu’ils n’avaient pas à s’en mêler. Mais ce qui est le plus frappant est le silence qui a entouré les trois amies. Dès que l’une d’elles se présentait quelque part, le silence se faisait.

« C’est tellement tabou ! », lance une des élèves.

« Ils viennent de comprendre comment c’est tabou, lance l’éducatrice spécialisée à l’auteure de ces lignes. Quand “Mélo” se promenait pour venir à mon bureau, tout le monde se taisait sur son passage au lieu d’aller la voir pour lui demander si elle avait besoin d’aide. »

Ce que confirme la principale intéressée, Mélody Brien, qui a interprété la victime. Elle et ses amies complices — Laura Montoya et Enya Beaudry — peuvent compter sur les doigts d’une main les gens qui sont allés à leur rencontre pour savoir comment ça allait.

« J’ai passé à côté de gens que je connaissais, de gens que je ne connaissais pas, et dès que je passais à côté d’eux, il y avait un silence, raconte Mélody, une habituée des partys. Tout le monde parlait de ça, mais personne ne me parlait. »

Colère et soulagement
Tout au long de l’heure du dîner, les jeunes ont été libres de réagir. Ce n’est qu’au retour des classes que la situation a été désamorcée. Les Galarnos ont rencontré les élèves de deuxième cycle pour leur parler de ce qui s’était passé et pour les sensibiliser aux agressions sexuelles.

« Au début, le monde était vraiment sous le choc, raconte Laura. Puis, après ça, quand les Galarnos ont commencé à expliquer, c’est là qu’ils ont compris. Il y en a qui étaient vraiment fâchés et il y en a qui nous ont félicitées [pour le réalisme] et il y a eu de l’incompréhension totale. »

« C’était pour apporter du positif, mais il y a tellement de gens qui l’ont mal pris ! », renchérit Enya, qui était particulièrement stressée par cette scène où les larmes n’ont pas eu de mal à couler.

Pas d’impact sans émotion
L’activité de sensibilisation a créé une onde de choc, mais Julie Côté croit que les jeunes se souviendront longtemps de ces enseignements. « Ce n’est pas vrai qu’un discours en avant aurait eu le même effet, souligne-t-elle. On est allé chercher une émotion et ça a beaucoup plus d’impact. »

Le travail des pairs aidants, qui a cours depuis vingt ans à l’école, n’est pas terminé. Les vingt jeunes de secondaire 4 et 5 ouvriront les yeux et les oreilles pour accueillir les confidences. Ils sont formés pour faire de l’écoute, de l’entraide et du dépistage auprès des jeunes de l’école sur des sujets qui les touchent, comme les troubles alimentaires ou les idées suicidaires, et pour indiquer à l’éducatrice spécialisée quels élèves ont besoin d’accompagnement.