Anne Marie Comparot
Anne Marie Comparot
À cette époque de l’année, qui dit autonomie dit transformation. Il faut transformer et conserver toutes ces récoltes pour réellement profiter de nos concombres, même en hiver.
À cette époque de l’année, qui dit autonomie dit transformation. Il faut transformer et conserver toutes ces récoltes pour réellement profiter de nos concombres, même en hiver.

Des concombres en hiver

CHRONIQUE / On entend souvent parler d’autosuffisance alimentaire, un bel objectif vers lequel certains veulent tendre, et c’est le cas de ma famille. Mais soyons réalistes, nous aurons tout de même besoin de nous approvisionner en huile, en beurre d’arachide, en farines et autres denrées qui ne se cultivent pas au Québec, et ce, même si nous réduisons la diversité de nos aliments. Atteindre une certaine autosuffisance alimentaire est l’occasion de manger le plus local possible et d’être davantage conscient de ce que nous ingurgitons.

Pour entrevoir cet eldorado, jardiner est une des premières actions à mettre en place !

Cet été, j’ai fait la rencontre d’Émilie qui vit avec ses trois enfants et son chum dans deux acres d’autonomie alimentaire. Cette tribu trippante élève des chèvres pour le lait et le fromage, des poules pondeuses, des poulets à chair et des lapins qui gambadent. Toute cette vie animale est entourée de légumes et de fruits présents à chaque pouce carré, sans oublier les plantes médicinales pour se soigner… « Veux-tu du basilic sacré ? Il monte en fleurs, j’ai pas le temps de le récolter ! » m’a-t-elle proposé lors de notre première rencontre.

Émilie m’a offert de cueillir les têtes de basilic et les fleurs pour mon pesto. Avant que je quitte, elle m’a lancé : « Veux-tu m’aider à faire mes pots de kimchi ? J’ai des choux et des carottes à ne plus savoir quoi en faire. » « Oui avec plaisir ! » ai-je répondu.

Car oui, à cette époque de l’année, qui dit autonomie dit transformation. Il faut transformer et conserver toutes ces récoltes pour réellement profiter de nos concombres, même en hiver.

Ces jours-ci, ça sent l’automne, la luminosité a changé, la saison du jardinage est presque terminée, mais nous sommes dans l’abondance, tout explose et tout est à récolter. Les maraîchers croulent sous les courgettes et nous profitons, dans notre beau village, des surplus de kale et de bette à carde.

Après tant d’attentions et d’amours mis au jardin, l’étape de la transformation et de la conservation de nos denrées est aussi importante que celle de planter ses semis, désherber, enrichir sa terre et… parler à ses légumes !

Dans une autre vie, quand j’y pense, j’ai déjà jeté des courgettes de mon jardin, ne sachant pas qu’on pouvait simplement les congeler et les utiliser plus tard pour un couscous, un potage ou un gâteau.

Transformer ses trophées, c’est du travail. Pourquoi ne pas en faire une forme de méditation ? La congélation est la méthode la plus facile et celle que je privilégie. Parfois, il faut blanchir avant de congeler comme pour les haricots verts. Mais quel plaisir de sortir un sac de haricots du jardin, en février, et d’entendre mon fils me dire que ce sont les meilleurs haricots du monde !

Je veux aussi vous parler d’une de mes trouvailles fabuleuses : le pesto de fanes de carottes. S’il vous manque du basilic, achetez chez votre producteur local des bottes de carottes et gardez le feuillage qu’on appelle aussi les fanes. Ensuite c’est simple, vous faites votre recette de pesto préférée et au lieu du basilic, et bien vous mettez les fanes. C’est bon. C’est rendu que j’achète des bottes de carottes pour leurs fanes. J’en mets partout, comme base sur la pâte à pizza pour faire changement de la sauce tomate, sur le poisson, dans les pâtes ! Miam !

D’autres méthodes de transformation s’offrent à vous : la déshydratation, le sous-vide, la fermentation, le cannage (conserve) et le fumage pour les viandes et poissons. Cuisiner peut aussi vous aider à conserver : kimchi, cornichons, pesto, ratatouille, confitures, sauce tomates et tutti quanti. Vous pouvez même conserver les légumes racines tout l’hiver dans du sable — une méthode ancestrale.

Le truc, pour ne pas jeter, c’est de planifier des moments de transformation avec des amis, de faire du troc ou de donner les surplus à ses voisins. Ma gentille voisine m’offre de belles grosses tomates et je lui donne en échange des œufs de mes poulettes. On se voit, on jase et ces gestes, en plus d’être valorisants, soudent une communauté.

POUR ALLER PLUS LOIN

À lire : un livre vraiment complet, Le traité rustica de la conservation

Sur Facebook : mes trois sites favoris à ce sujet : « Autosuffisance Québec » ; « Autosuffisance alimentaire Québec, cueillette et transformation » ; « Conserves maison, cannage et déshydratation »