Les histoires des clients insatisfaits sont similaires : après avoir passé une commande pour divers équipements équins et effectué le plein paiement par virement­ bancaire, ils attendent quelques semaines, parfois des mois... puis rien. Des pertes allant de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars, selon les cas.
Les histoires des clients insatisfaits sont similaires : après avoir passé une commande pour divers équipements équins et effectué le plein paiement par virement­ bancaire, ils attendent quelques semaines, parfois des mois... puis rien. Des pertes allant de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars, selon les cas.

Des clients exigent réparation à un fournisseur de matériel équin

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Mises en demeure, plaintes à la Sûreté du Québec et réclamations à la Cour des petites créances : plusieurs dizaines de clients insatisfaits tentent d’être remboursés pour l’achat d’équipements équins qu’ils n’ont jamais reçus de la part d’un entrepreneur de la région de Québec, Carl Pitl. Celui-ci allègue plutôt être aux prises avec des retards dans ses livraisons et faire les frais d’une campagne de harcèlement en ligne.

Réunies par un groupe Facebook privé, plusieurs dizaines de personnes issues des quatre coins du Québec échangent des informations à propos de M. Pitl depuis novembre. Leurs histoires sont similaires : après avoir passé une commande pour divers équipements équins et effectué le plein paiement par virement bancaire, ils attendent quelques semaines, parfois des mois... puis rien. Des pertes allant de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars, selon les cas.

Certains affirment avoir été remboursés, alors que d’autres ont indiqué avoir reçu des chèques sans fonds, parfois même à plus d’une reprise.

Des clients mécontents se plaignent d’avoir eu du mal à rejoindre celui qui gère l’entreprise Fournitures animales CP. Ceux qui y sont parvenus se seraient fait dire que l’article acheté était en route ou qu’un remboursement par chèque serait effectué sous peu. D’autres auraient été bloqués par leur interlocuteur, devant leur insistance à obtenir réparation.

C’est ce qui est arrivé à la Rougemontoise Anne Castaigne, qui dit avoir payé plus de 5600 $ à l’entreprise de M. Pitl sans avoir reçu les boxes et les clôtures commandés. En plus d’avoir porté plainte à la Sûreté du Québec vendredi, elle espère que le fait de partager sa mauvaise expérience « pourra sensibiliser d’autres [personnes] à ne pas se laisser prendre au piège. »

La livraison initiale de son matériel était prévue pour le 3 septembre. « Ensuite, ça a été remis au 28 octobre. Et là, on est rendus après Noël, après deux mois de discussion tous les jours, une mise en demeure, une plainte à l’Office de la protection du consommateur et des démarches aux petites créance : je n’ai toujours rien reçu », déplore la jeune femme.

Celle-ci a tenté de négocier avec le vendeur, qui lui aurait reféré son avocate avant de la bloquer sur les réseaux sociaux. « Elle [son avocate, NDLR] me répondait le samedi soir très tard, raconte la Rougemontoise. Mais quand je demandais son nom ou pour quel cabinet elle travaillait, elle n’a jamais voulu me le dire. »

D’autres membres du groupe privé affirment eux aussi avoir eu affaire à ladite avocate anonyme, qu’ils croient plutôt être une amie proche de M. Pitl.

« Ça regarde mal »

Pour sa part, Sarah Durocher, qui demeure en Abitibi, indique avoir acheté pour près de 3000 $ d’équipements, dont elle n’a reçu qu’une partie. Les communications avec M. Pitl sont au point mort depuis le 5 décembre, date où le vendeur devait lui envoyer un chèque qui n’est jamais parvenu dans sa boîte aux lettres. « Ça regarde mal en titi. S’il ne m’avait pas bloqué et retiré de sa liste de contacts, ça aurait aidé sa cause », commente celle qui compte déposer une plainte à la Sûreté du Québec.

C’est également ce qu’a fait Myriam, une dame du Saguenay Lac-Saint-Jean qui attend toujours un remboursement d’environ 3600 $. « J’ai porté plainte pour fraude, abus de confiance et vol, mentionne-t-elle. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un comme ça. »

Des membres du groupe sont en communication avec une firme d’avocats pour évaluer la possibilité de lancer une action collective à l’endroit du commerçant bien connu dans le petit milieu des sports équestres.

Campagne de salissage

Rejoint sur son cellulaire par La Voix de l’Est, jeudi soir, Carl Pitl a reconnu avoir des problèmes avec la livraison de certaines commandes et a affirmé s’efforcer de « rectifier la situation » le plus rapidement possible.

L’appel s’est déroulé en présence de Suzanne Landreville, une amie de M. Pitl qui oeuvre aussi dans le milieu équestre et que plusieurs plaignants ont qualifiée de « complice » du vendeur.

Celle-ci allègue que plusieurs internautes se sont ligués contre M. Pitl et mènent une campagne de salissage à son endroit sur les réseaux sociaux. « Les médias sociaux, c’est une roue qui tourne et c’est assez désagréable, a poursuivi Mme Landreville. On a entamé des démarches avec nos avocats pour se défendre du harcèlement et des menaces que nous avons reçues. La police est au courant. »

Certaines communications publiées sur la page Facebook privée démontrent en effet un certain degré d’agressivité de la part de clients réclamant un remboursement.

La dame soutient M. Pitl. « Il y a des gens qui écrivent [de mauvais commentaires] qui n’ont jamais commandé, clame-t-elle. Pour le reste, le stock est envoyé au fur et à mesure et Carl rembourse autant qu’il peut. »

Quant aux chèques envoyés qui auraient été sans fonds, Mme Landreville indique que la situation actuelle a rendu les institutions financières frileuses. « Quand il y a trop de clients qui se plaignent, ça ferme des portes », a-t-elle laissé tomber.

L’échange n’a duré que quelques minutes, après quoi M. Pitl a fait savoir qu’un avocat — qu’il n’a pas nommé — nous rappellerait. Mis au courant qu’un article serait publié, celui-ci a mentionné que l’appel était enregistré et qu’une demande d’injonction serait formulée pour empêcher la diffusion du reportage. « Vous recherchez de l’information sur une compagnie honnête, qui a toujours remboursé », a-t-il dit.

Au registre des entreprises, Carl Pitl ne figure que comme répondant de l’entreprise École d’équitation La Grande Foulée, radiée en 2015 parce qu’aucune déclaration de mise à jour annuelle n’avait été effectuée. Aucune inscription au nom de Fournitures animales CP n’est répertoriée.

Plusieurs réclamations à la Cour des petites créances sont toutefois enregistrées à l’encontre de M. Pitl.

Du côté de la Sûreté du Québec, il n’a pas été possible d’obtenir confirmation du nombre de plaintes déposées. On nous a indiqué que l’identité de suspects dans des enquêtes ne peut être dévoilée tant que des accusations ne sont pas déposées à leur endroit.

Une dizaine de plaintes à l’OPC

À l’Office de la protection du consommateur, on confirme que M. Pitl et son entreprise, Fournitures animales CP, ont fait l’objet d’un total de 10 plaintes depuis juillet dernier. Toutes ont pour objet un problème de « livraison, non-conformité d’un bien ou d’un service ou qualité du service à la clientèle », a précisé Charles Tanguay, porte-parole de l’OPC. « La plupart de ces plaintes portent sur des commandes payées à l’avance (en partie ou en totalité) et qui n’ont pas été livrées », dit-il.

« L’existence de plaintes ne signifie pas que le commerçant est incompétent ou malhonnête, précise par ailleurs le porte-parole. Il y a aussi lieu de considérer l’importance de l’entreprise, le volume de transactions qu’elle réalise et sa date d’immatriculation au Registraire des entreprises. »

M. Tanguay y va toutefois d’une mise en garde à l’endroit des consommateurs. « Ne jamais verser de paiement par virement bancaire pour un contrat conclu à distance. Seul le paiement par carte de crédit offre la protection de la rétrofacturation, c’est-à-dire le rappel du paiement par l’émetteur de la carte, en cas de problème avec le commerçant. »