Marc Verret, Esther Dickson, Ann Dyer et Robert Benoit réclament que le conseil municipal de Sutton lance une consultation publique sur les enjeux d’habitation.

Des citoyens de Sutton s'opposent aux maisons conteneurs

La municipalité de Sutton pourrait voir une première maison construite à partir de conteneurs maritimes être érigée sur son territoire. Le projet déplaît toutefois à des citoyens qui réclament une consultation collective sur les enjeux d’habitation dans la municipalité.

Depuis le début de l’année, Esther Dickson et Marc Verret réalisent un rêve en construisant une maison à Sutton. Ils ont choisi un terrain boisé sur le chemin Wilson dans le secteur montagneux de Glen Sutton. 

Or le couple a appris au printemps que la municipalité planchait sur un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) au bout de leur rue pour autoriser la construction d’une maison construite avec des conteneurs. Ils craignent que le tout ne mène à d’autres permissions de construction qui dénatureront le secteur, notamment l’arrivée de mini-maisons.

Le couple est d’autant plus sidéré que la réglementation municipale existante prohibe l’utilisation de conteneurs pour construire une maison. Ils ne peuvent servir qu’à des fins de bâtiments accessoires comme un garage ou une remise. Le recours à un PPCMOI est une façon indirecte de faire ce que la réglementation interdit directement, soutiennent-ils. 

« Les règlements sont connus et sont là pour tout le monde. On ne peut pas les changer comme ça pour plaire à quelques personnes », indique M. Verret.

Mme Dickson et M. Verret ont tenté d’organiser une contestation du PPCMOI en demandant l’ouverture d’un registre sur le projet. Arpentant les chemins du secteur, en huit jours ils ont recueilli 18 signatures de résidants des zones concernées. « Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour rencontrer les gens et leur expliquer ce qui se passe », souligne-t-elle.

Une vérification des signatures par le personnel du service de l’urbanisme a toutefois mené au retrait de sept d’entre elles. Aucun registre ne sera ouvert puisque 12 signatures étaient nécessaires pour enclencher le processus, a dit Me Louis Pilon, greffier de la Ville.

Pour Robert Benoit, cette façon de procéder pour ouvrir un registre est un mauvais rêve qui se répète. « C’est vraiment compliqué pour les citoyens. Quelles zones habitent-ils ? Quelles zones sont concernées ? Peuvent-ils signer ? Il faut que la municipalité rende ça plus accessible », soutient-il.

Le tout rappelle la saga judiciaire sur les changements de règlements d’urbanisme que voulait mettre en place la précédente administration, signale M. Benoit. « Trois juges de la Cour d’appel ont conclu que la municipalité n’a pas agi dans les règles, qu’elle n’a pas aidé ses citoyens à se retrouver dans le processus. C’est quand même grave. »

Il est d’avis que le nouveau conseil erre également dans son processus de consultation de la population. « Je me demande si les élus ont lu la décision de la Cour d’appel », s’interroge-t-il. 

Viser l’équilibre

Le conseil municipal doit être ouvert aux nouvelles tendances en matière d’habitation, croit le maire Michel Lafrance. Les maisons construites à partir de conteneurs en font partie, dit-il.

« Il y a un phénomène qui se passe. On a une nouvelle génération qui voit l’habitation autrement, avec une approche verte, adaptée aux changements climatiques. Comme conseil, on doit être à l’écoute, se donner de la latitude pour répondre à ces besoins », a-t-il expliqué en entrevue mercredi.

La construction d’habitations nouveaux genres comme les maisons conteneurs et les mini-maisons doit être planifiée pour ne pas nuire au cadre bâti existant, avertit M. Lafrance. « On est dans un milieu brillant et créatif à Sutton. Il faut viser un équilibre entre ce qui existe et ce qu’on veut bâtir. C’est une question de compromis. »

Le maire a rappelé que la municipalité peine à attirer de nouvelles familles pour assurer la pérennité de l’école, mais aussi de toute la communauté. Sutton doit donc être ouvert à envisager de nouveaux types d’habitation, dit-il.

Maisons traditionnelles

La construction de maisons conteneurs et aussi de mini-maisons serait une bonne nouvelle pour Sutton, assure M. Lafrance, en raison de leurs prix moins élevés que des maisons traditionnelles. De jeunes familles pourraient les acquérir, selon lui, et accéder à la propriété.

Rien ne garantirait, a cependant reconnu M. Lafrance, que ces maisons ne seraient pas transformées en Airbnb, ajoutant à la problématique de ces habitations à location à court terme.

RIEN D'ÉCOLOGIQUE, SOUTIENT UNE CITOYENNE

Le recours à des conteneurs pour construire une maison n’a rien d’écologique, soutient Ann Dyer. Bien au contraire, estime cette ancienne spécialiste de l’assurance maritime.

« Quels produits ont été transportés dans ces conteneurs ? Quel est leur état ? Est-ce une bonne idée de construire une maison avec des conteneurs alors que leur durée de vie lorsqu’ils sont utilisés est de 25 ans ? Je ne pense pas », tranche-t-elle.

Les conteneurs servent de charpente aux maisons, signale le maire Michel Lafrance. « Ils sont modifiés pour en faire des matériaux pour la structure. Quand la maison est terminée, elle ne ressemble pas à des conteneurs. »