Albert est indispensable dans la vie de Chantal Kruger.
Albert est indispensable dans la vie de Chantal Kruger.

Des chiens entraînés à soutenir émotionnellement leurs maîtres

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Plutôt que des pilules ou une thérapie, un médecin pourrait prescrire un chien de support émotionnel à une personne souffrant d’anxiété, de stress post-traumatique, d’agoraphobie ou du trouble du spectre de l’autisme. Une mission d’éducation canine et de soutien que s’est donné Chantal Kruger en créant son entreprise Chien ASE (Aide Support Émotionnel), basée à Granby.

Détenant une formation en éducation canine avec plus de 20 ans d’expérience, Mme Kruger a créé son entreprise il y a cinq ans dans le but de venir en aide aux personnes souffrant de troubles de l’humeur ou psychiques. Vivant elle-même avec un trouble d’anxiété et avec des limitations physiques restreignant ses déplacements, elle a formé son chien Albert pour être son «support émotionnel».

Elle a décidé de s’investir et d’utiliser ses expériences, connaissances et formations afin d’entraîner d’autres chiens à apporter du soutien émotionnel adapté à chaque personne.

« Je travaille avec les chiens, mais j’éduque aussi les bénéficiaires. Ça augmente le lien d’appartenance entre eux. Le lien entre le chien et le bénéficiaire est vraiment ce qu’il y a de plus important. »

Types de chiens

Depuis la création de Chien ASE, une douzaine de bénéficiaires ont pu profiter de l’expertise de Chantal et ont maintenant un compagnon poilu.

Le terme «chien de support émotionnel», venant des États-Unis sous l'appellation «emotional support animal», n'est pas reconnu au Canada. On dira plutôt chien d'assistance psychiatrique ou psychologique, qui permet d’aider une personne qui doit composer avec un handicap dit « invisible » lié à la santé mentale. 

Un chien d’assistance peut aussi accompagner les bénéficiaires ayant un handicap physique ou une maladie chronique, comme la cécité, la surdité, l’épilepsie ou des personnes étant à mobilité réduite. Le chien peut par exemple ramasser des objets par terre, comme Albert, qui peut prendre des trombones avec ses dents. Albert range aussi ses jouets pour ne pas que sa maîtresse, qui est parfois somnambule, trébuche pendant la nuit.

Albert peut sentir à l’avance quand Mme Kruger est fatiguée et souhaite s’allonger pour se reposer, elle qui est souvent en proie aux angines de poitrine.

Un vrai petit prodige sur quatre pattes, indispensable dans sa vie, qu’on peut voir à l’œuvre dans une vidéo montrant quelques commandes et comportements, disponible sur la page Facebook Chien ASE. 

Détenant une formation en éducation canine avec plus de 20 ans d’expérience, Mme Kruger a créé son entreprise il y a cinq ans dans le but de venir en aide aux personnes souffrant de troubles de l’humeur ou psychiques.

Comment reconnaître un chien d’assistance ? D’abord, le chien porte un signe distinctif, tels un harnais ou une veste arborant le logo d’une école de dressage spécialisée (Fondation Mira, Fondation des Lions du Canada chiens–guides, par exemple), selon l’Office des personnes handicapées du Québec.

Le chien est aussi identifiable par une carte d’identité contenant le nom de l’éducateur canin ou de l’école, du chien et du propriétaire. Le propriétaire du chien doit aussi présenter une preuve écrite, comme une lettre d’attestation ou la prescription du médecin.

La certification délivrée par l’entreprise de Mme Kruger s’inscrira dans ce cadre normatif existant. 

Actuellement, quatre chiens sont en formation pour devenir chien d’assistance.

Loi

Un chien de «support émotionnel» étant plus important, pour certaines personnes, que tout autre remède, que dit la loi par rapport aux logements ou aux lieux publics ?

La Régie du Logement peut parfois être en faveur de l'exception d'autorisation d'un animal de «support émotionnel» dans un logement si la personne peut prouver que de s'en départir porte un sérieux préjudice à sa santé et que l'animal ne pose pas de nuisance au voisinage.

Selon l’Office des personnes handicapées du Québec, « refuser la présence d’un chien-guide ou d’un chien d’assistance dans un quelconque lieu public (et même dans certains lieux d’habitation, comme les condominiums) est un acte de discrimination formellement interdit par la Charte des droits et libertés de la personne, sauf dans de très rares cas où l’acceptation du chien constitue une contrainte excessive démontrée. »

« On ne peut pas dire à quelqu’un de se lever de son fauteuil roulant pour entrer. On ne peut pas dire à l’aveugle de se mettre une paire de lunettes correctives. On ne peut pas dire non plus à l’enfant autiste de ne faire pas de crises au magasin », image Mme Kruger, pour démontrer qu’un chien d’assistance peut également être d’une nécessité absolue.

Plusieurs commerces de Granby, comme Écolivres, Bonthé et Magi-prix, permettent à Chantal d’entraîner ses chiens dans des lieux publics, puisqu’un tel ajustement demande de la patience et des étapes progressives.

Faire une demande

Les personnes voulant faire une demande des services de Chien ASE — au coût de 50 $ pour l’ouverture du dossier — doivent notamment remplir un formulaire médical, obligatoire. Un médecin de famille, qui a suivi le patient pendant au moins cinq ans, doit également fournir une prescription pour un chien de support émotionnel.

Puis, Chantal Kruger rencontre la personne et évalue ses besoins et ses capacités, fait un bilan, teste et entraîne le chien — et les bénéficiaires.

« Le bénéficiaire joue un rôle primordial dans l’éducation du chien, puisque tout part du lien qui se crée entre eux. Le chien doit être consentant et le bénéficiaire doit être prêt à être responsable financièrement de la vie de l’animal. Je priorise beaucoup les chiens de refuges ou des endroits de seconde vie. Le chien le sait et le sent quand tu lui donnes une deuxième chance, ça se voit dans l’éclat de ses yeux », indique l’entraîneuse canine.

Une présence

Une bénéficiaire ayant eu recours à Chien ASE pour son petit-fils âgé de 8 ans, qui est aux prises avec un trouble du spectre de l’autisme et un TDAH, raconte comment cette expérience a changé leur vie.

« Ça fait vraiment une différence, il est beaucoup plus calme. Ses crises ont beaucoup diminué », indique la bénéficiaire, qui préfère garder l’anonymat.

Le chien, qui peut même détecter une crise avant qu’elle ne survienne, embarque sur le jeune garçon lors d’une crise et fait ainsi office de compression, ce qui le calme et l’apaise.

« Le contact entre eux, c’est magique. Le chien est capable de tout ressentir », ajoute-t-elle. Juste le fait d’être là, d’avoir une simple présence peut faire toute la différence pour une personne anxieuse ou un enfant autiste.

Une communauté réunissant les bénéficiaires de Chien ASE a été créée dans un groupe privé sur Facebook, un « safe space » qui permet de briser l’isolement que la maladie mentale peut parfois entraîner.

Imposteurs, harnais et organismes

Attention toutefois aux chiens imposteurs, note Chantal Kruger.

Des sites web desservent parfois des cartes ou des identifications, alors qu’aucune vérification n’a été faite. Des personnes pourraient prétendre avoir un animal d’assistance dans le seul but de pouvoir l’amener partout.

« Si un tel abus se répandait, cela poserait un problème sérieux », soutient Anne Hébert, directrice générale de l’Office des personnes handicapées du Québec. 

« C’est dangereux, car n’importe quel chien pourrait se promener partout », ajoute Mme Kruger, qui invite la population à être vigilante et à dénoncer les chiens imposteurs.

Par ailleurs, celle-ci désire rappeler à la population que lorsqu’un chien porte un harnais avec un logo, cela signifie : « Ne me regarde pas, ne me touche pas, ne me parle pas », en référence à un article de blogue sur sa page Facebook Chien ASE.

« C’est une question de sécurité. Si le chien part à courir et que l’enfant est attaché avec, c’est dangereux pour les deux. On le sait qu’ils sont beaux nos chiens. Le jour où tu vas vouloir flatter mes lunettes ou mon fauteuil roulant, tu flatteras mon chien ! », lance Chantal Kruger à la blague.

Quelques organismes à but non lucratif offrent également des services et une éducation pour les chiens d’assistance, par exemple Les Chiens Togo, Psy’chien et la Fondation Asista.

« Ma paye est dans le sourire des gens qui viennent me dire “je suis capable de sortir maintenant, j’ai retrouvé ma capacité”, mentionne Chantal Kruger. Donner de l’autonomie, ça n’a pas de prix. »