Éric Dépault est chef et enseignant à l’école de la Haute-Ville à Granby.
Éric Dépault est chef et enseignant à l’école de la Haute-Ville à Granby.

Des chefs retournent aux fourneaux pour nourrir les familles démunies

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Repartir les fourneaux et cuisiner des repas pour les personnes démunies, voilà la mission que s’est donnée Les cuisines solidaires de la Tablée des chefs et son fondateur, Jean-François Archambault.

Au printemps, alors que celui-ci voyait les organismes en dépannage alimentaire fermer leurs portes ou manquer de bénévoles et de denrées, il a mis sur pied Les cuisines solidaires, une mobilisation d’envergure des chefs et cuisines du Québec. Soixante-dix d’entre eux et leurs brigades ont répondu à l’appel.

«Les chefs sont des personnes généreuses, passionnées, qui ont la communauté à cœur. La base de ce mouvement reposait sur leur implication, et je n’ai pas douté une seconde qu’ils seraient au rendez-vous», a déclaré Jean-François Archambault en entrevue avec La Voix de l’Est.

Ce grand mouvement solidaire, qui a pris d’assaut de nombreuses cuisines, comme le Ritz-Carlton et le Château Frontenac, avait pour objectif initial de préparer 800 000 repas qui seraient distribués aux banques alimentaires du Québec.

[LA GRANDE TABLÉE 2020] 🤩 C'est avec une grande fierté que La Tablée des Chefs vous dévoile son exceptionnelle brigade...

Publiée par La Tablée des Chefs sur Mardi 13 octobre 2020

Depuis mars dernier, grâce au succès du mouvement, plus de deux millions de portions ont été cuisinées et offertes aux personnes dans le besoin.

«J’ai été impressionné de voir le niveau de mobilisation. On s’est jamais fait dire non, alors, on a continué à avancer.»

Le chef Éric Dépault a préparé 4520 portions à lui seul en deux mois, qu’il a remises au Centre de bénévolat d’Acton Vale... tout en s’occupant de son fils âgé d’un an et demi!

Deux enseignants de la région s’impliquent

Dans la région, deux chefs — aussi enseignants — ont participé au mouvement des cuisines solidaires, après que la fermeture des écoles ait forcé l’arrêt des cours, soit Patricia Carmichael de l’école Wilfrid-Léger et Éric Dépault de l’école de la Haute-Ville.

«Après quelques temps passés chez moi à garder mon fils, j’ai décidé de m’impliquer dans le mouvement, qui prenait de plus en plus d’ampleur. Je voulais m’investir dans cette cause, parce que je voulais redonner aux personnes en difficulté. Mon arrêt de travail m’a permis d’avoir cette opportunité-là», dit le chef qui est responsable de la Brigade culinaire à l’école de la Haute-Ville.


« J’ai acquis une grande satisfaction personnelle. J’ai adoré cuisiné, mais aussi de sentir que j’étais capable d’aider ma communauté. Si des personnes veulent aider, s’impliquer, je les encourage fortement. »
Éric Dépault, chef et enseignant à l'école de la Haute-Ville

À partir de sa propre cuisine, et tout en gardant son fils âgé d’un an et demi, Éric Dépault a préparé 4520 portions à lui seul en deux mois, qu’il a remises au Centre de bénévolat d’Acton Vale. Patricia Carmichael, pour sa part, a remis 482 portions à Moisson Estrie, principalement à la banque alimentaire Memphrémagog.

Chaque semaine, la Tablée des chefs lui faisait parvenir une recette, et il allait se procurer les ingrédients lui-même, avec un budget alloué par l’organisme. De chez lui, il a ainsi préparé entre 200 et 400 portions par semaine, que ce soit des muffins aux pommes, des omelettes aux légumes et au fromage, des galettes à l’avoine, du chili végétarien ou des pains aux légumineuses.

Repartir les fourneaux et cuisiner des repas pour les personnes démunies, voilà la mission que s’est donnée Les cuisines solidaires de la Tablée des chefs et son fondateur, Jean-François Archambault.

Étant donné le jeune âge de son fils, dont il devait s’occuper, Éric Dépault a surtout cuisiné le soir, la nuit, très tôt le matin, ou lorsque le petit était endormi, afin qu’il ne touche pas à la nourriture qui devait être préparée selon des règles sanitaires strictes.

Le professeur, qui enseigne aujourd’hui le cours univers social et le cours de cuisine (à option), «adorerait» préparer des repas offerts aux personnes démunies avec sa classe de Brigade culinaire, si une aide financière se présentait. «Je pense que ça ferait une belle expérience sociale pour les jeunes. Ça les sensibiliserait à la cause.» Même s’il a arrêté ses fourneaux en juillet dernier — le budget étant épuisé —, il ne se dit pas fermé à l’idée de recommencer, si le temps et l’opportunité se présentent.

Besoins en croissance

Un mouvement social d’une telle ampleur amène son lot de défis. Pour Éric Dépault, qui s’était fixé l’objectif de préparer 1000 portions, la plus grande difficulté était d’ordre logistique: préparer les ingrédients à l’avance, faire concorder les différentes cuissons, s’organiser malgré l’absence de certains instruments qu’on retrouve dans les cuisines de restaurants, etc. Il se dit finalement fier d’avoir pu aider, et qualifie cette expérience de «réussite».

Les cuisines solidaires font partie du volet «Nourrir» de la Tablée des chefs, qui gère notamment la redistribution alimentaire des surplus de restaurants et des hôtels.

Le directeur général et fondateur de la Tablée des chefs, organisme à but non lucratif fondé en 2002, explique comment la récupération d’aliments découlant de la fermeture des restaurants et des hôtels a non seulement permis de nourrir beaucoup de personnes, mais a aussi évité les gaspillages alimentaires. « Les gens du milieu préféraient donner la nourriture que de la voir périr. On a donc fait préparer ces aliments-là. »

Tablée des chefs

Le volet «Éduquer», quant à lui, concerne le programme des Brigades culinaires implanté dans 175 écoles du Québec. Les chefs-enseignants donnant des ateliers culinaires avec la Tablée des chefs auraient à eux seuls concocté 30 000 portions, rapporte M. Archambault, qui côtoie des chefs depuis qu’il est enfant, notamment en raison de son père qui agissait comme conseiller juridique à la Société des chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec.

La brigade culinaire de l’école de la Haute-Ville en action

Selon lui, le besoin en matière de dépannage alimentaire est loin d’être comblé. «Au niveau de l’aide alimentaire, quand on regarde la situation économique, je ne crois pas que ce sera replacé avant 2022. Les besoins vont être là jusqu’à 12, 18 mois. On va essayer d’être au rendez-vous.»

Ainsi, la Tablée des chefs lance la phase 2 de son projet, qui vise à préparer un autre deux millions de repas tout au long de l’année 2021.

«On aimerait que les gens soutiennent leur banque alimentaire et leurs organismes de quartier, souligne Jean-François Archambault. Je veux saluer les gens qui travaillent en sécurité alimentaire. Ils sont épuisés, la deuxième vague est lourde à porter. Mais il faut rester positif, on va passer au travers!»

Éric Dépault lance un appel similaire à la population. «J’ai acquis une grande satisfaction personnelle. J’ai adoré cuisiné, mais aussi de sentir que j’étais capable d’aider ma communauté. Si des personnes veulent aider, s’impliquer, je les encourage fortement.»

Toute organisation ou personne qui souhaite s’investir dans l’un ou l’autre des projets de la Tablée de chefs peut contacter l’organisme au 450 748-1638 ou à info@tableedeschefs.org.