Dans l'ordre habituel, Louise St-Aubin, Lucie Bergeron, Franck Lach et Maurice St-Aubin.

Des Bromontois exaspérés par les refoulements d'égout

Des citoyens de la rue du Saguenay à Bromont en ont marre de subir les conséquences des problèmes d’égout de la ville. Ils exigent que l’administration municipale s’active pour les régler, en commençant par regarder du côté du parc aquatique local et des impacts de ses vidanges d’eaux de lavage (backwash) sur le réseau d’égout.

Les dernières semaines ont été pénibles pour Lucie Bergeron et Frank Lach. À quelques reprises, ils n’ont pu utiliser leur salle de bains pendant plusieurs heures ou prendre de douches ou de bains parce que le clapet anti-refoulement du renvoi d’eaux grises de leur maison était activé, signe que l’égout sanitaire de la municipalité était bouché.

« Des fois, il ne pleut même pas. Le 9 juillet, on était en pleine canicule. Pas une goutte de pluie. Mais l’égout était bouché. Cette eau arrive de quelque part », soutient M. Lach. « On n’a pas eu accès à notre salle de bains pendant 30 heures! »

« C’est rendu qu’on ne peut même pas inviter des amis parce qu’on ne sait pas si on va pouvoir prendre de l’eau du robinet ou aller à la salle de bains », déplore Mme Bergeron. « On a commencé de façon très polie avec la Ville. On a écouté, on a posé des questions. Mais rien n’a été réglé. Maintenant, on en a assez. »

Les problèmes de refoulements d’égout dans le secteur de la rue du Saguenay, qui comprend une quarantaine de maisons sur les rues de Québec, d’Amos et de Saint-Lambert, sont bien connus. La Ville tente depuis des années de les résoudre. En 2014, toute l’artère a été reconstruite et tous les conduits d’égout remplacés. Malgré tout, des problèmes demeurent, indique le maire Louis Villeneuve. « On est vraiment proactifs dans ce dossier. On a rencontré les citoyens du secteur pour leur expliquer ce qu’on fait. On comprend qu’ils soient tannés. On a aussi hâte de tout régler ça. »

Une analyse dans le secteur de la rue du Saguenay effectuée par une firme spécialisée estime que 75 % de l’eau dans l’égout n’est pas usée. Il s’agirait d’eau de ruissellement provenant de gouttières et de drains de fondation de maisons situées en amont et branchées au réseau d’égout. « Ce n’est pas normal. On essaie de savoir d’où elle arrive », assure M. Villeneuve.

Eau parasitaire
Des inspections menées cet été dans 378 maisons du secteur par un étudiant stagiaire aux services techniques ont permis d’en identifier 187 qui ne respecteraient pas le règlement municipal sur les gouttières et drains, mentionne le Villeneuve. Des avis de non-conformité seront acheminés dans les prochains jours aux propriétaires de ces maisons. Ils auront jusqu’à la fin de l’automne pour effectuer les travaux pour débrancher leurs gouttières et drains du réseau d’égout. « Les gens vont devoir aviser rapidement », précise M. Villeneuve, soulignant que des amendes de 400 $ à 1000 $ peuvent être signifiées pour cette infraction.

La Ville réalisera aussi des tests de fumée dans les prochaines semaines pour trouver d’autres maisons qui dirigent leurs eaux de pluie dans le réseau d’égout. Les résultats de trois débitmètres installés dans le secteur devraient également permettre aux responsables des services techniques d’identifier d’autres sources d’eau parasitaires.

Vendredi, le conduit d’égout de la rue du Saguenay s’est rempli, déclenchant les clapets anti-refoulements dans quelques maisons, dont celle du couple Bergeron-Lach. Le soleil plombait à ce moment. La piscine à vague du parc aquatique a été en partie vidée. « L’eau sentait le chlore. On savait d’où elle venait. Ça a été une erreur, nous a-t-on dit chez (Bromont, montagnes d’expérience) », explique Louis Villeneuve.

Ce type d’incident pourrait-il être plus fréquent que rapporté, s’interrogent les résidents du secteur ? Ils estiment que la municipalité doit enquêter. « Le parc aquatique est un très grand utilisateur d’eau. Il faut que la Ville regarde de ce côté », affirme Maurice St-Aubin, un autre résident du secteur.

Le maire Villeneuve n’a pu dire mardi si le parc aquatique suit un protocole ou un horaire lorsqu’il effectue les vidanges d’eaux de lavage de ses piscines, le tout pour réduire les impacts sur le réseau d’égout. Ces eaux doivent être envoyées dans l’égout, car elles contiennent du chlore et d’autres produits chimiques, souligne Marianne Meunier-Lagacé, directrice par intérim des services techniques de la Ville.

L’administration municipale n’a aucune explication à donner pour le refoulement du 9 juillet.

Président de Bromont montagnes d’expérience, propriétaire du parc aquatique, Charles Désourdy ne nous a pas rappelé mardi.

Les vidanges d’eau de lavage (backwash) des piscines du parc aquatique de Bromont sont montrées du doigt par des résidents comme causes possibles des refoulements d’égout survenus dans la rue du Saguenay.

DES CLAPETS ANTI-RESPONSABILITÉ?

Dans son plan d’action pour prévenir les refoulements d’égout dans le secteur de la rue du Saguenay, le conseil municipal de Bromont a adopté le 4 juin un programme de subventions pour permettre aux résidents à risque de voir leur sous-sol inondé de munir leur maison de clapets anti-refoulement. Les citoyens qui se prévalent du programme doivent cependant signer une lettre dégageant la Ville de toutes responsabilités dans le cas d’un refoulement d’égout.

« Pas question qu’on accepte ça », tranche Maurice St-Aubin, qui habite la rue St-Lambert. « La Ville doit assumer ses responsabilités. »

Le couple de Lucie Bergeron et Frank Lach a profité du programme de subvention, qui prévoit que la Ville assumera 50 % des coûts d’achat et d’installation d’un clapet, jusqu’à concurrence de 1500 $. « On a signé l’entente, mais en raturant la clause sur la responsabilité. On n’est pas d’accord avec ça. J’ai appelé notre assureur et il nous a dit qu’il poursuivrait la municipalité si on est encore inondé », explique M. Lach.

La municipalité ne cherche pas à se dégager de ses responsabilités, assure Marianne Meunier-Lagacé, directrice par intérim des services techniques. La clause dégage la Ville dans l’éventualité où le dispositif a mal été installé, précise-t-elle. Depuis l’adoption du programme, trois propriétaires s’en sont prévalus.

En 2014, M. Lach a intenté un recours contre la Ville à la Cour des petites créances au montant de 6400 $ à la suite d’un refoulement d’égout dans son sous-sol. Les dégâts causés s’élevaient à 28 400 $. Son assureur l’a dédommagé pour un montant de 22 000 $. Quelques jours avant l’audience, le procureur de la municipalité a fait une offre financière au plaignant pour régler le litige. Il a accepté.