Déjà, des bénévoles se sont présentés chez trois producteurs afin de cueillir, récolter et récupérer les fruits et légumes qui sont ensuite séparés à parts égales entre les citoyens, le producteur et le projet.
Déjà, des bénévoles se sont présentés chez trois producteurs afin de cueillir, récolter et récupérer les fruits et légumes qui sont ensuite séparés à parts égales entre les citoyens, le producteur et le projet.

Des bénévoles récoltent des légumes pour les gens dans le besoin

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Permettre aux producteurs maraîchers de limiter leurs pertes, diminuer le gaspillage alimentaire et offrir, à peu de frais, des fruits et légumes à l’année à des ménages à faible revenu: tel est l’objectif du projet Alternative Aliment-Terre, une initiative en économie sociale destinée à améliorer la sécurité alimentaire des citoyens du Haut-Richelieu-Rouville.

Quatre organismes de la région, à savoir les centres d’action bénévole de Saint-Césaire et de la Seigneurie de Monnoir, le Centre de femmes du Haut-Richelieu et le Grenier aux trouvailles, dans le secteur Lacolle, porteront le projet au bénéfice de la population.

« Pour nous, c’était un projet empli de bon sens, commente Karine Tremblay, directrice générale du CAB Saint-Césaire. Ça s’inscrit dans nos valeurs de récupération et de lutte au gaspillage. »

La part de végétaux destinée à Alternative Aliment-Terre est ensuite distribuée au sein des organismes afin que d’autres bénévoles nettoient, pèlent et préparent les fruits et légumes pour une congélation sous-vide, ce qui aura pour effet de prolonger de beaucoup leur durée de vie.

Le quatuor bénéficiera du soutien du Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre, à travers sa stratégie de promotion des saines habitudes de vie.

Si d’autres projets similaires ont poussé dans d’autres régions du Québec au fil des années, il s’agit de la toute première initiative de cette nature sur ce territoire.

La règle des tiers

« Notre projet vise d’abord à répondre à deux problématiques observables sur notre territoire, explique Johanne Audet, directrice du Centre d’action bénévole la Seigneurie de Monnoir. Les organismes offrant du dépannage alimentaire, même en dehors de la crise COVID, constatent une demande croissante des besoins de la population. Le défi de s’alimenter sainement et de façon abordable représente un enjeu pour certains résidents de notre région, alors que notre territoire est marqué par un secteur agricole fort.»

C’est pourquoi l’idée de récupérer une quantité importante d’aliments qui dorment au champ en fin de saison, de même que les légumes déclassés en raison de leur apparence imparfaite, a germé au sein d’un comité qui souhaitait combattre le gaspillage alimentaire, il y a un peu plus d’un an et demi.

« Les producteurs ont du mal à chiffrer leurs pertes, qui varient d’une année à l’autre, explique Alexandra De Serres, la chargée de projet d’Alternative Aliment-Terre. Les inclassés ne peuvent pas être vendus aux distributeurs. Certains producteurs ne savent pas vers qui se tourner pour les écouler. D’autres ont des ententes avec des banques alimentaires, mais même à ça, ils se retrouvent avec des produits avec lesquels ils sont pris. C’est là qu’on intervient, comme troisième volet de la chaîne. On espère toujours être le dernier recours, mais dans l’optique que tous les surplus finissent par être utilisés au bénéfice de la population. »

Déjà, des bénévoles se sont présentés chez trois producteurs afin de cueillir, récolter et récupérer les fruits et légumes qui sont ensuite séparés à parts égales entre les citoyens, le producteur et le projet.

La part de végétaux destinée à Alternative Aliment-Terre est ensuite distribuée au sein des organismes afin que d’autres bénévoles nettoient, pèlent et préparent les fruits et légumes pour une congélation sous vide, ce qui aura pour effet de prolonger de beaucoup leur durée de vie.

Par exemple, les bénévoles du CAB de Saint-Césaire ont préparé d’importantes quantités de betteraves et de courges au cours des derniers jours, indique Mme Tremblay, précisant que ce projet est distinct des cuisines collectives.

Le partage plutôt que les profits

Ces produits seront vendus dès ce printemps à deux points de vente qui seront éventuellement annoncés. Pour l’instant, on sait qu’un sera situé dans la MRC de Rouville et un autre dans le Haut-Richelieu. Le CAB de Saint-Césaire a fait connaître son intérêt à accueillir l’un de ces deux points de vente.

« C’est parfois difficile pour des personnes à faible revenu d’avoir accès à des aliments périssables, car ils sont beaucoup plus dispendieux », explique Mme Tremblay, qui dit avoir observé une hausse de demandes d’aide alimentaire depuis le début de la pandémie.

Alternative Aliment-Terre veillera à résoudre, en partie, cette problématique.

« Tout sera revendu à moindre coût, explique Mme De Serres. Quand je dis à moindre coût, c’est pratiquement au prix coûtant. C’est un projet d’économie sociale, ce qui veut dire qu’on n’a pas les mêmes défis et les mêmes enjeux que des entreprises qui cherchent à faire du profit. »

Si profits il y avait, ils seraient réinvestis dans la mission sociale du projet pour lui permettre de croître et de rendre accessible à un plus grand nombre de résidents de la région des fruits et légumes abordables. « Notre objectif, c’est de faire nos frais, tout simplement », indique la chargée de projet.

Même si le projet n’en est qu’à ses balbutiements, la communauté est déjà mobilisée autour du projet, se réjouit Mme De Serres. « Les gens embarquent déjà ! » lance Mme De Serres.

« C’est intéressant aussi parce que ça vise deux groupes de bénévoles; ceux qui ont la forme pour aller glaner les produits, et ceux qui sont peut-être plus âgés et moins forts, mais qui ont la dextérité pour préparer les légumes », illustre Karine Tremblay.

Les producteurs agricoles sont aussi au rendez-vous. « Les producteurs répondent positivement à l’appel. Ils ont envie de valoriser les aliments qu’ils produisent et veulent avoir un impact positif sur la qualité de vie des membres de leur communauté », a aussi fait savoir Alexandra De Serres, soulignant que d’autres producteurs pourraient s’ajouter ce printemps.