Une vingtaine de personnes ont assisté, samedi matin à Granby, à la vente à l'encan des 82 bancs de l'église Notre-Dame.

Des bancs d'église pour une bouchée de pain

Une vingtaine de personnes ont assisté, samedi matin à Granby, à la vente à l'encan des 82 bancs de l'église Notre-Dame. Ils ont tous trouvé preneurs... parfois à des prix incroyablement bas.
La meilleure aubaine de la journée est allée sans contredit à Nathalie Richard et Martin Laliberté, propriétaires d'une résidence pour personnes handicapées à Saint-Joachim-de-Shefford­. Ils ont acheté un total de 18 bancs, dont un lot de 5 pour seulement... 2 $. 
« On ne sait pas exactement ce qu'on veut faire avec ça », débute Nathalie. « Peut-être des aires de repos. Ça ferait des places pour nos résidents. »
Elle et son conjoint achetaient sans trop se poser de questions. À la fin de l'encan, ils n'étaient même pas certains du nombre exact qu'ils s'étaient procuré. « Ça [les prix] n'a pas de bon sens ! C'est donné ! », s'exclame la dame. « À la base, on s'en venait en chercher­ un. »
Selon Martin Laliberté, de tels bancs peuvent se vendre facilement plus de 100 $. Si jamais ils en ont trop, disait le couple, ils en offriront à des amis.
Toutes les raisons étaient bonnes pour se procurer ces bancs antiques, de 10 à 11 pieds de longueur. Mais encore faut-il avoir la place où les mettre. 
Thérèse Choinière, du Verger­ Champêtre, enchaînait les achats à 5 $. « Moi et Mario [son conjoint], on trouve ça important le patrimoine », expliquait-elle. « Je veux remettre les bancs au Verger Champêtre. Que les gens puissent s'y asseoir. » Elle en a acquis une quinzaine en tout.
« Je trouve ça important que la chose reste à Granby. Qu'on garde nos richesses. C'est ma façon à moi de contribuer. Sinon les bancs, ils vont finir chez les antiquaires et être vendus à des prix pas possibles. Et c'est une des plus belles églises de Granby. Quand les gens vont s'asseoir chez moi, je vais pouvoir dire que ces bancs-là viennent d'ici ! », dit-elle, fière de ses achats.
Pour Robert Cabana, qui en a acheté quatre, il s'agissait d'un moyen non seulement d'agrémenter son patio, mais aussi d'apporter une touche originale à sa table de cuisine lors de réceptions, comme à Noël. 
« Je travaille beaucoup le bois. Je vais les couper en deux et en faire des chaises ou d'autres meubles », explique-t-il. « On est une grosse famille. À Noël, au lieu de mettre plein de chaises, ça va être des bancs autour de la table ! » Durant les Fêtes, environ 25 personnes prennent part chez lui à la réunion familiale. 
Pour lui, le jeu en valait clairement­ la chandelle. 
« M'as te dire, à 20 $... C'est donné ! »
Une brève tournée effectuée par La Voix de l'Est sur le site de ventes en ligne Kijiji semble lui donner raison. De façon générale, les prix entrevus dimanche variaient entre 100 $ et 700 $.
811 $ pour la Ville
L'encan s'inscrivait dans le cadre du réaménagement de l'église, qui accueillera des étudiants en génie mécanique du Cégep de Granby­ à la rentrée 2018. La nef, elle, sera transformée en salle multifonctionnelle afin de permettre des activités culturelles­ et communautaires.
L'activité a rapporté 811 $ à la Ville de Granby, qui avait réservé 25 bancs à son usage. Impossible toutefois de savoir dans l'immédiat quelle vocation elle leur destine, aucun représentant de la Ville ne se trouvant sur place.
L'ancien maire de Granby Richard Goulet a été le premier à remporter un banc aux enchères.
L'élan de nostalgie de Richard Goulet
Richard Goulet a acheté le premier banc mis aux enchères pour la somme de 20 $. 
Pourquoi faire un tel achat ? « C'est un peu de la nostalgie, répond-il. C'est ma paroisse... J'ai été baptisé ici. Mes parents ont été inhumés ici ».
Pour l'ancien maire de Granby, beaucoup de souvenirs se rattachent à l'église Notre-Dame. À l'âge de 15 ou 16 ans, il était responsable des enfants de choeur. Et du temps qu'il siégeait à la mairie, c'est lui qui avait lancé les démarches pour que la Ville se procure le bâtiment.
Le banc récupéré samedi se rendra chez son fils, Paul. « J'ai l'impression qu'il va le mettre dehors, sur la galerie. » Samuel Leblanc
Le point de vue d'un antiquaire
Antiquaire à Sainte-Martine, en Montérégie, Érick Ouellet constate que les immenses bancs d'église d'autrefois ne font pas courir les foules.
Les plus recherchés du public, samedi à Granby, ont été les moins longs - pas ceux de six ou huit places, mais bien de trois. Deux exemplaires étaient disponibles à l'encan. L'un s'est envolé pour 65 $ ; l'autre, pour 60 $. 
« Le problème, c'est que les maisons sont plus petites », affirme M. Ouellet. « Les gens ont beaucoup moins de place pour mettre des grands bancs comme ça ». Pour cette raison, il croit que les amateurs ne sont pas prêts à débourser beaucoup pour se les procurer. 
À son commerce, raconte-t-il, cela peut lui prendre six mois pour vendre un banc de sept ou huit places. Les plus petits partent généralement après une semaine. Les premiers peuvent se détailler entre 100 $ et 150 $ ; les deuxièmes, de 200 $ à 250 $. « Ça dépend toujours des ornements », précise-t-il.
Chose certaine, l'encan de l'église Notre-Dame était loin des prix du marché. « Avoir su ça, j'y serais allé, à cet encan-là ! », conclut-il en riant. Samuel Leblanc