La Commission mixte internationale a déposé une étude sur l’apport en nutriment et la prolifération des algues néfastes, dont les cyanobactéries (photo), dans la baie Missisquoi.
La Commission mixte internationale a déposé une étude sur l’apport en nutriment et la prolifération des algues néfastes, dont les cyanobactéries (photo), dans la baie Missisquoi.

Des années de travail pour éliminer les algues bleues du lac Champlain

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Il faudra de nombreuses années de travail pour que l’apport en nutriments et la prolifération des algues nuisibles, comme les cyanobactéries, ne menacent plus la baie Missisquoi et le lac Champlain. Dans une étude publiée récemment, la Commission mixte internationale (CMI) y va de plusieurs recommandations pour venir à bout du problème aux lacs Champlain et Memphrémagog.

La CMI a été mandaté par les gouvernements du Canada et des États-Unis pour réaliser une étude sur les problèmes persistants d’algues bleues et d’apports en nutriments qui nuisent aux activités récréatives, à la santé humaine et aux écosystèmes des deux côtés de la frontière.

La quantité d’algues nuisibles n’a cessé d’augmenter au cours des dix dernières années. La prolifération des algues nuisibles (PAN), causée par l’apport de nutriments, a entraîné des pertes socio-économiques et a menacé la salubrité de l’eau potable, selon la CMI.

«L’accumulation de nutriments menace non seulement la beauté de la région, mais aussi toutes les utilisations de l’eau, et donc la santé socio-économique et le mode de vie de ses résidents, explique la CMI dans la conclusion de son étude. Le stress découlant des PAN est particulièrement élevé lorsque l’on manque d’eau de qualité à la fin de l’été et au début de l’automne.»

«Par exemple, la petite ville de Bedford a dépensé un million de dollars pour traiter les problèmes de qualité de l’eau touchée par les PAN et les toxines microcystines connexes. Le fait de ne pas savoir quelle sera l’efficacité des programmes de réduction des nutriments pourrait conduire à envisager des approches de gestion de l’eau dans lesquelles le traitement coûteux de l’eau et les restrictions sur les quantités d’eau utilisées deviendraient la norme. Pour informer les communautés permanentes et les occupants saisonniers de la Baie, on devra adopter un plan de communication efficace fixant des attentes réalistes à court et à long terme.»

Quatre axes de travail

Les groupes consultatifs de l’étude ont fait des recommandations et, de ce nombre, la Commission mixte internationale a dégagé quatre grands axes sur lesquels les gouvernements devront montrer plus de leadership. Ils devront notamment augmenter les efforts actuels, avec les différents paliers gouvernementaux, pour mettre en œuvre les recommandations des groupes consultatifs, ce qui pourrait prendre dix ans.

Le deuxième axe est l’amélioration des mécanismes de gouvernance binationale existants, ce qui pourrait se faire en deux ans, en fournissant des ressources pour surveiller les bassins versants et soutenir plus efficacement la gestion à long terme des actions et des efforts communs. Dans l’étude, on apprend que la gouvernance binationale est minimale pour la Baie Missisquoi et qu’un nouveau comité devrait être formé.

«Aucun mécanisme de gouvernance n’est actuellement en place pour la baie Missisquoi, peut-on lire dans la conclusion de l’étude. La partie du bassin versant de la Baie qui constitue l’une des premières régions colonisées par les Européens est donc en grave danger.»

Il faudra également comprendre d’où arrivent les nutriments et où ils sortent. Les gouvernements devront, pour ce faire, soutenir les efforts scientifiques pour créer un modèle de bilan binational complet sur la masse de nutriments. Le temps estimé pour la réalisation de cette recommandation est de 3 ans.

Sept ans pour élaborer des plans

Et enfin, la mise en œuvre des plans d’action pour les deux plans d’eau est un élément clé pour leur survie. Ces plans binationaux durables devraient être élaborés par tous les paliers gouvernementaux, tant canadiens qu’américains, afin de s’attaquer aux apports en nutriments. Ils pourraient être lancés dans sept ans.

Le plan pour la Baie Missisquoi devra comprendre certains éléments pour assurer son bon fonctionnement et sa pérennité, tel que des objectifs ciblant des zones critiquent en matière de nutriments, des mesures incitatives financières pour atteindre ces objectifs, une stratégie de communication soutenue ainsi qu’un plan de surveillance et d’évaluation continue.

La Commission mixte internationale a travaillé de pair avec les organismes de bassin versant, les administrations locales ainsi que les milieux scientifique et universitaire pour rassembler les données pour l’étude. Des rapports techniques et des recommandations plus détaillées ont été formulés également par l’OBV de la baie Missisquoi, le Lake Champlain Basin Program, la Memphremagog Watershed Association et Memphremagog Conservation inc..

La commission n’a pas obtenu de commentaires de la part des gouvernements fédéraux canadiens et américains à l’heure actuelle. La députée fédérale de Brome-Missisquoi Lyne Bessette discutera de vive voix avec les représentants de la CMI d’ici la fin de la semaine.