La pandémie et les restrictions sanitaires qui en découlent n’ont fait qu’ajouter une couche de stress supplémentaire à un fardeau psychologique déjà bien lourd pour certains travailleurs de ce maillon essentiel de la chaîne alimentaire québécoise.
La pandémie et les restrictions sanitaires qui en découlent n’ont fait qu’ajouter une couche de stress supplémentaire à un fardeau psychologique déjà bien lourd pour certains travailleurs de ce maillon essentiel de la chaîne alimentaire québécoise.

Des agriculteurs sous pression

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Le milieu agricole, essentiel à notre quotidien et à notre économie, n’a pas échappé, lui non plus, aux contrecoups de la pandémie de la COVID-19.

D’emblée, les producteurs agricoles sont beaucoup plus à risque de souffrir de détresse psychologique que dans d’autres domaines, indique Jeannine Messier, présidente du groupe Agricultrices du Québec, dont l’objectif est de valoriser l’apport des femmes dans les milieux agricole et forestier.

La pandémie et les restrictions sanitaires qui en découlent n’ont fait qu’ajouter une couche de stress supplémentaire à un fardeau psychologique déjà bien lourd pour certains travailleurs de ce maillon essentiel de la chaîne alimentaire québécoise.

«Dans les faits, nous n’avons pas reçu davantage de demandes spécifiquement liées à la COVID-19, précise la travailleuse de rang Vicky Beaudoin, qui oeuvre au sein de l’organisme Au coeur des familles agricoles (ACFA). Mais c’est certain que la pandémie a empiré certaines situations existantes.»

L’arrivée incertaine et tardive des travailleurs étrangers saisonniers et la crainte de perdre une partie de sa production ont notamment généré leur lot de stress cette année.

«Pensons par exemple à des producteurs ayant des quotas et qui souhaitent vendre des vaches, illustre Mme Beaudoin. C’est plus compliqué cette année de trouver un acheteur et certains, faute d’avoir réussi ont été contraints d’envoyer des bêtes à l’abattoir.»

À cela s’ajoute la fermeture printanière des garderies, qui à un certain moment ne pouvaient accueillir que les enfants des travailleurs de la santé. «Pourtant, l’agriculture est un service essentiel, rappelle la présidente. Les agricultrices se demandaient où envoyer leurs enfants alors que le travail dans les champs approchait.»

Solitude

C’est sans compter la solitude des producteurs agricoles, déjà confrontés à une certaine forme d’isolement, qui s’est accentuée avec les mesures de confinement. Certains partenaires et professionnels qui avaient l’habitude de se rendre fréquemment sur les fermes ont reporté ou espacé leurs visites, quand ils ne les ont tout simplement pas annulées.

Un grand nombre de contacts s’effectue aussi par visio-conférence. «Tout se passe en Zoom et pour avoir accès à certaines informations, il faut aller sur Internet, rappelle Mme Messier. Mais dans certaines régions, la haute vitesse est encore loin d’être une réalité...»

Des programmes d’aide financière ont bien été annoncés pour soutenir les producteurs agricoles, mais les plus petites entreprises, notamment détenues par des femmes, «tombaient dans les craques» du système, déplore Mme Messier.

D’emblée, les producteurs agricoles sont beaucoup plus à risque de souffrir de détresse psychologique que dans d’autres domaines, indique Jeannine Messier, présidente du groupe Agricultrices du Québec.

Qui plus est, les demandes pour bénéficier de ces aides étaient lourdes en termes de bureaucratie. «Ça a causé un stress supplémentaire, parce que les productrices avaient beaucoup de paperasse à remplir», explique la présidente.

Et même si elles réussissaient à bien remplir et à acheminer leurs demandes, certaines requérantes attendent encore aujourd’hui le chèque tant souhaité. «C’est beau mettre des programmes en place, mais ils doivent être accessibles», lâche Mme Messier.

Effet positif

Malgré ces problématiques, la pandémie aura néanmoins eu comme bon côté de sensibiliser davantage les Québécois à l’importance d’acheter local. Le fruit du labeur des producteurs agricoles est depuis quelques mois davantage apprécié à sa juste valeur, se réjouit Vicky Beaudoin.

«Les gens ont pris conscience de la richesse de notre terroir, indique-t-elle. Il y a une reconnaissance inespérée du travail des producteurs avec un engouement pour les produits locaux cette année, si bien que beaucoup de nos producteurs se sont trouvés en rupture de stock. J’espère que cet effet va durer encore longtemps.»

Des conférences pour gérer le stress

Les Agricultrices du Québec proposent ainsi, depuis juin, une série de conférences-discussions virtuelles visant à mieux outiller les producteurs agricoles face au stress et à l’incertitude que provoque actuellement la crise sanitaire. Cette série se poursuivra dans la région plus tard ce mois-ci, en collaboration avec les syndicats locaux.

Cette tournée s’entamera le 10 novembre prochain du côté de la section de Maskoutain Nord-Est, Vallée Maskoutaine et Rivière Noire. Le 18 novembre, les membres des syndicats de la Vallée du Richelieu, de Rouville et de Richelieu-Yamaska accueilleront la formation tandis que leurs collègues du Haut-Richelieu, de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska pourront y prendre part le 25 novembre.

Les groupes étant limités à une vingtaine de participants par rencontre, l’inscription préalable est donc obligatoire et doit être effectuée en ligne.

La conférencière et psychologue du travail spécialisée dans le domaine agricole, Pierrette Desrosiers, présentera un webinaire permettant de mieux comprendre pourquoi et comment certaines personnes gèrent mieux l’incertitude et arrivent à mieux s’adapter en période de crise.

«Plus que jamais, les habilités pour la gestion du stress et l’adaptation au changement sont essentielles. Étant fille, soeur et conjointe de producteurs agricoles, ce projet m’interpelle beaucoup. Le rôle des femmes en agricultures est primordial et plus que jamais, elles ont besoin de s’arrêter, de prendre un peu de temps et d’échanger entres elles», a fait savoir la spécialiste.

«La plupart des gens connaissent les outils, qui sont à portée de main, mais ils n’y pensent pas parce qu’ils sont souvent pris dans le tourbillon de leur vie», rappelle Mme Messier.

La pandémie aura eu de bon qu’elle aura davantage sensibilisé les Québécois à l’importance d’acheter local. Le fruit du labeur des producteurs agricoles est depuis quelques mois davantage apprécié à sa juste valeur, se réjouit Vicky Beaudoin, travailleuse de rang.

Ce sera également l’occasion pour les participants — hommes et femmes— d’échanger sur leur vécu, leurs angoisses, mais aussi leurs solutions et leurs fiertés des derniers mois.

La travailleuse de rang de l’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA), Élise Gagné, sera aussi présente pour répondre aux questions et soutenir les participants.