Déplorant «un manque d’information et de transparence évident» dans la manière dont les employés du MAPAQ ont été relevés de leurs fonctions, l’UPA Rouville réclame notamment du ministère de l’Agriculture «que des mesures efficaces soient rapidement mises en place [...] pour enrayer les effets négatifs de cette perte d’expérience et d’expertise».

Des agriculteurs de Rouville inquiets

Des producteurs agricoles de Rouville s’inquiètent du congédiement et de la suspension d’agronomes œuvrant au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Ils craignent que l’expertise perdue ne nuise à leur entreprise et au recours à des meilleures pratiques dans les champs.

Mercredi dernier, Radio-Canada faisait état du licenciement de l’agronome Louis Robert par le MAPAQ après que celui-ci ait transmis à des journalistes des informations jugées confidentielles. Ce reportage mentionnait que l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Rouville avait transmis, il y a une dizaine de jours, une lettre au ministre André Lamontagne, au Ministère de même qu’aux députés caquistes Jean-François Roberge et Claire Samson, dans laquelle le syndicat local s’inquiétait des conséquences de cette mise à pied, ainsi que de la suspension d’au moins deux autres experts du ministère, sur le milieu agricole local. Selon nos informations, ceux-ci ont été depuis réintégrés à leur poste.

Déplorant « un manque d’information et de transparence évident » dans la manière dont les employés du Ministère ont été relevés de leurs fonctions, l’UPA Rouville réclame notamment du ministère « que des mesures efficaces soient rapidement mises en place par le MAPAQ pour enrayer les effets négatifs de cette perte d’expérience et d’expertise », peut-on lire dans le document dont La Voix de l’Est a obtenu copie par un tiers. On y fait aussi état de « l’indignation » manifestée par certains producteurs à l’effet que « des pressions indues de la part de l’industrie et du secteur privé » aient pu empêcher les agronomes et conseillers du MAPAQ d’exercer leurs fonctions en toute indépendance.

Ni le syndicat de l’UPA Rouville ni l’UPA, à son siège social de Saint-Hyacinthe, n’ont accepté la demande d’entrevue de La Voix de l’Est afin de commenter le document.

Le président du Club Action Billon, le Césairois Jean-François Ridel

On nous a indiqué que la lettre en question, qui ne devait pas être rendue publique, avait été écrite pour témoigner des inquiétudes de membres qui voyaient le budget du MAPAQ diminuer depuis plusieurs années — une baisse de 160 millions en 10 ans, allègue-t-on —, avec pour effet de restreindre l’expertise mise à la disposition des producteurs agricoles.

La requête du premier ministre François Legault, qui aurait demandé au conseil des ministres de réduire les dépenses dans leurs ministères respectifs, en aurait ajouté à l’inquiétude des agriculteurs, a indiqué une source tierce à La Voix de l’Est.

Latitude demandée

Une autre association de producteurs agricoles, qui compte une trentaine de membres dans la région, partage les mêmes appréhensions. Le 20 janvier dernier, le Club Action Billon a fait parvenir au ministre Lamontagne une missive dans laquelle il demande au Ministère de réintégrer les conseillers écartés en plus de leur donner plus de latitude.

« Le travail de ces conseillers du MAPAQ, en particulier leurs connaissances agronomiques et scientifiques, était estimé et significatif pour nos membres », peut-on lire dans le document signé par le président du Club Action Billon, le Césairois Jean-François Ridel.

« Quand on parle et qu’on côtoie les agronomes du MAPAQ, on sent qu’ils sont pris dans un carcan et qu’ils ne peuvent pas s’exprimer librement », déplore-t-il ensuite, qualifiant de « joyaux » les spécialistes du ministère, dont certains sont des sommités mondiales dans leur domaine.

L’association exige de plus que le ministère s’assure que l’environnement de travail des conseillers du MAPAQ permette à ceux-ci de se consacrer pleinement à leur mission de soutien aux producteurs agricoles et de « diffuser leur savoir facilement et en toute liberté d’expression auprès des diverses clientèles bénéficiaires aussi librement que les agronomes au service des entreprises et industries privées peuvent le faire dans le meilleur intérêt du citoyen québécois ».