Le roc qui doit être dynamité puis extrait du site se situe à moins de dix mètres du condo de Mme Doiron, qui habite sur le côté droit de l’immeuble.
Le roc qui doit être dynamité puis extrait du site se situe à moins de dix mètres du condo de Mme Doiron, qui habite sur le côté droit de l’immeuble.

Des activités de dynamitage en pleine ville qui dérangent [VIDÉO]

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
«On vit l’enfer». C’est en ces mots que la Granbyenne Denise Doiron décrit les trois dernières semaines. La dame, qui comme plusieurs voisins travaille de chez elle en raison de la pandémie, n’en peut plus du dynamitage nécessaire à la construction d’au moins deux immeubles à proximité du sien sur la Montée des Seigneurs.

À proximité, c’est peu dire. Le roc qui doit être dynamité, puis extrait du site se trouve à moins de dix mètres de son condo, qui se situe sur le côté droit de l’immeuble. À l’arrière de la propriété, l’excavation des pelles mécaniques s’arrête à tout juste 50 centimètres des garages des copropriétaires.

Le dynamitage a commencé il y a quelque temps. Au plus fort des activités, plusieurs détonations par jour se faisaient entendre, et ce, très tôt le matin. «Le bruit est assez fort et la bâtisse vibre, se plaint la Granbyenne d’adoption, qui a acquis son condo il y a dix ans en vue d’une retraite paisible. Chaque fin de journée, je dois replacer tous mes cadres sur les murs parce qu’ils ne cessent de bouger à chaque explosion.»

Même si ce vacarme fait désormais partie de son quotidien pour une durée qu’elle ignore encore, Mme Doiron se dit surprise à chaque détonation. «C’est déplaisant d’entendre ça à quelques pieds de chez nous à peine, a-t-elle confié à La Voix de l’Est, lundi après-midi. Mon pauvre chat court se cacher aussitôt qu’il entend le sifflet. Et nous, on est à bout de nerfs.»

Une voisine demeurant dans le même immeuble que Mme Doiron, mais qui n’a pas voulu s’identifier, a elle aussi hâte à la fin des travaux. «Ça saute des deux côtés, affirme celle qui documente son quotidien des dernières semaines en filmant les explosions de sa fenêtre. Je fais le saut chaque fois, même si je sais que je dois m’y attendre. Je ne m’habitue pas.»

À l’arrière de la propriété, l’excavation des pelles mécaniques s’arrête à tout juste 50 centimètres des garages des copropriétaires.

«Quand j’ai trop de difficulté à me concentrer ou que je n’en peux plus, je sors prendre l’air, ajoute-t-elle. J’essaie de me trouver des sorties pour ne plus avoir à entendre les pelles mécaniques et le dynamitage. Mais bon, on n’a pas le contrôle là-dessus.»

Elle déplore également la disparition du bois adjacent à sa propriété. «C’est vraiment triste de le perdre . C’était mon gros, gros coup de coeur quand je suis arrivée ici, il y a 4 ans. On voyait même des chevreuils passer! J’avais pratiquement choisi de m’installer ici en raison de cet endroit», laisse-t-elle tomber.

Considération demandée

Mme Doiron est consciente que les entreprises s’acquittent des mandats qui leur ont été confiés, que tout est réalisé dans les règles de l’art et qu’il est normal que le développement urbain suive son cours. Le quartier s’étant considérablement développé depuis qu’elle y a emménagé, elle dit s’être faite à l’idée que des camions et de la machinerie lourde se trouvent à proximité de son logis en quasi-permanence.

«Je savais que le quartier allait se développer encore, soutient la citoyenne. Quand je suis arrivée ici, on vivait dans un cul-de-sac entouré de boisés. Des rues et des bâtiments ont été aménagés depuis. Je ne vois pas comment je pourrais arriver à vendre maintenant qu’il n’y aura plus que des immeubles autour, si c’est ce que je décidais de faire.»

«On n’arrêtera pas le chantier, et je ne veux pas partir en guerre contre la Ville ou contre le promoteur, concède Mme Doiron. Mais j’aurais apprécié un peu plus de considération, surtout de la part de ma ville, qu’on exprime un peu d’empathie face à ce qu’elle nous fait vivre en permettant des projets aussi près de chez nous.»

Le sol est entièrement constitué de roc dans ce secteur de Granby, c’est pourquoi des opérations de dynamitage sont nécessaires pour y permettre la construction d’immeubles.

«Pourquoi, quand le projet a été approuvé, n’y a-t-il pas eu une rencontre de quartier ou un comité citoyen pour nous présenter le projet, nous dire ce qu’il en était, de quoi ça va avoir l’air et ce à quoi il fallait nous attendre pour les prochaines années? On paie des taxes et on doit vivre avec ça, sans avoir notre mot à dire.»

La voisine de Mme Doiron déplore elle aussi le peu d’information qui a été communiquée aux résidents du secteur avant le début des travaux. «On a appris dans le journal que ça aurait lieu. Sinon, on a rien su sur ce que ça serait et on ne sait pas quand ça va finir.»

Mme Doiron a communiqué avec son conseiller municipal, Jocelyn Dupuis, pour lui faire part de ses doléances. Elle indique avoir invité les élus à se rendre sur place pour qu’ils constatent par eux-mêmes les désagréments auxquels le voisinage est constamment confronté. «Ça n’a pas d’allure que des décisions soient prises sans égard aux voisins et qu’on soit pris pour vivre avec», s’insurge-t-elle, s’inquiétant de la grande proximité du chantier avec les bâtiments existants.

«Aussi proche, est-ce que les travaux vont endommager nos maisons et nos garages?» demande-t-elle.

La patience est de mise

M. Dupuis confirme que Mme Doiron l’a contacté pour lui exprimer son mécontentement. Aucun autre résident de la Montée des Seigneurs ne l’a toutefois imité.

L’élu est d’avis que les citoyens devront prendre leur mal en patience. «Il n’y a rien qu’on puisse faire, a-t-il affirmé. C’est malheureux pour les gens qui habitent dans ce coin-là, mais c’est un désagrément temporaire. Le dynamitage ne durera pas éternellement.»

Chantal Landry, des Immeubles Landry, promoteur d’un des projets, abonde en ce sens. «Les gens ont été avisés avant le début du dynamitage. Ils essaient d’avancer les travaux, mais ça va venir à son terme», indique-t-elle.

«Avant même que les travaux commencent, des expertises ont été faites sur les constructions avoisinantes», ajoute la femme d’affaires, soulignant que trois projets immobiliers ont cours dans le même secteur. Dans le cas du projet Landry, un immeuble de six étages qui comptera 79 logements, l’emménagement des premiers locataires et prévu pour le printemps 2022.

«Le sol est en roc à cet endroit, rappelle Mme Landry. On est conscients que le bruit provoqué par le dynamitage incommode les citoyens, mais il faut se rappeler que c’est le même procédé qui a été utilisé pour permettre la construction des immeubles dans lesquels ils demeurent aujourd’hui.»

«Quand le dynamitage va être terminé, ça va être le béton, puis ils vont monter la bâtisse, rétorque la citoyenne anonyme. Ça ne sera pas le même bruit, mais ça va continuer.»

La Voix de l’Est a tenté de communiquer avec les autres copropriétaires de l’immeuble afin d’avoir leurs impressions sur la situation. Au moment de publier ce texte, aucun n’avait rendu notre appel.