Devenus trop peu nombreux, les frères du Sacré-Cœur ont mis fin aux messes qu’ils tenaient toujours dans la chapelle du collège. « À 15, on était perdus ! », dit la responsable de la communauté, Pierre Boutet.

Dernière prière à la chapelle du collège Mont-Sacré-Coeur

Une page d’histoire s’est tournée à la chapelle du collège Mont-Sacré-Coeur. Le lieu de culte de 300 places, niché à même l’école secondaire privée de la rue Denison Est, a entendu sa dernière messe le 30 juin dernier.

L’endroit bâti en 1932 était devenu trop grand pour la quinzaine de religieux qui résident encore dans l’établissement et tenaient des offices religieux tous les samedis et dimanches. Les messes en semaine avaient disparu depuis janvier.

« Dans les années 1960, on remplissait presque complètement ce lieu-là, indique le frère Pierre Boutet, responsable de la communauté. Mais là, à 15, on était perdus ! »

Quelques laïcs se joignaient aussi aux frères, qui se réunissent désormais dans une petite chapelle d’une vingtaine de places située au 3e étage du collège.

« C’est un deuil pas facile à accepter, dit M. Boutet. La majorité des membres de la communauté ont pris leurs engagements et les ont renouvelés ici. Mais comme on dit, il faut se raisonner de temps en temps. »

Hormis leur nombre déclinant, les frères du Sacré-Cœur ne rajeunissent pas : leur moyenne d’âge est de 83 ans. « Moi, je suis le bébé ! », rigole le frère Boutet, qui a soufflé ses 75 bougies. À son arrivée au collège, la chapelle était encore toute blanche. Années 1960 obligent, elle a été repeinte en vert, bleu et rose et n’a pas changé depuis.

De longs bancs de chêne, une haute voûte, des vitraux colorés, un jubé ombragé et deux confessionnaux complètent le décor. Les objets sacrés ont déjà pris le chemin de Sherbrooke, seul endroit où la congrégation possède encore des bâtiments. À Granby, la dernière résidence appartenant aux frères du Sacré-Cœur, dans la rue Robitaille, a été vendue il y a quelques jours.

Cachet
Qu’adviendra-t-il du lieu de culte ? Le frère Boutet l’ignore, mais il espère que le collège ne gommera pas toute trace ecclésiastique.

« J’aimerais garder le cachet historique », confirme le directeur du Mont-Sacré-Coeur, Claude Lacroix, qui songe à une salle commune ou encore une cafétéria. « Je vais en parler à mon conseil d’établissement », dit-il.

Comme les frères sont aujourd’hui locataires et non plus propriétaires, et qu’ils se font petits dans le vaste collège, la direction n’est pas pressée de les voir partir. L’un d’eux surveille encore les élèves aux autobus et durant les récréations, accompagné d’un employé laïc. Les autres écoulent des jours paisibles, entretiennent le cimetière, font des mots croisés.

Pierre Boutet le reconnaît : au-delà d’un seuil critique d’environ huit frères, les religieux devront partir pour Sherbrooke parce que leur nombre ne justifiera plus l’embauche d’employés (cuisiniers, entretien, infirmière) payés par leur congrégation.

« À huit, ça serait plus facile de s’organiser ailleurs », dit-il.

La fermeture de la chapelle n’est pas liée à la poursuite judiciaire dont la congrégation des frères du Sacré-Cœur fait présentement l’objet à la suite d’agressions sexuelles alléguées, précise le frère Boutet.