Une photo aérienne montre que Récupération 2000 utilisait déjà en 2017 sa cour arrière de 1,23 hectare pour entasser des milliers de tonnes de matières résiduelles. La cour arrière du centre de tri, notamment les petits chemins qui s’y trouvent, est aujourd’hui entièrement recouverte de montagnes de matières résiduelles de toutes sortes.

Dépotoir chez Récupération 2000: les autorités se renvoient la balle

Les autorités municipales et ministérielles ignoraient que Récupération 2000 entassait depuis des années des milliers de tonnes de matières résiduelles dans sa cour arrière. Elles se renvoient la balle quant à leur responsabilité de surveillance.

Le ministère de l’Environnement, la Ville de Cowansville et la MRC Brome-Missisquoi n’ont effectué aucune inspection poussée des lieux dans la dernière année, confirment les trois instances. Elles ont pourtant été avisées dès le printemps 2018 que Récupération 2000 était déficitaire et qu’elle cherchait de nouveaux investisseurs sans quoi elle devrait cesser ses activités. C’est ce qui est survenu le 10 août dernier.

Des représentants de la Ville se sont rendus au centre de tri quelques semaines avant sa fermeture, indique la mairesse de Cowansville Sylvie Beauregard. Mais ils n’ont pas inspecté la cour arrière où s’entassent des milliers de tonnes de matières résiduelles. Les amoncellements sont visibles du centre de tri.

Des photos aériennes du site prises en avril 2014 et en mai 2017 démontrent que l’entreprise avait commencé dès 2014 à entreposer de grandes quantités de matières résiduelles derrière son centre de tri. Lors de notre passage, à la fin du mois de décembre 2018, le site était plein de toutes sortes de matières, notamment des résidus de béton, des palettes de bois, du plastique, des métaux et des pneus.

Des photos aériennes du site prises en avril 2014 (notre photo) et en mai 2017 démontrent que l’entreprise avait commencé dès 2014 à entreposer de grandes quantités de matières résiduelles derrière son centre de tri.

Comment les différentes autorités n’ont-elles pu remarquer que l’entreprise entassait autant de matières résiduelles dans sa cour arrière ?

Au ministère de l’Environnement, on montre du doigt les municipalités clientes de Récupération 2000, dont fait partie Cowansville. « Ce sont les municipalités qui ont la responsabilité de s’assurer que l’entreprise fournisse les services requis en fonction du contrat signé, ce qui inclut l’acheminement des matières sur les marchés », soutient Daniel Messier, porte-parole régional du ministère de l’Environnement dans un échange de courriels avec La Voix de l’Est. « Le Ministère est responsable quant à lui d’assurer le respect des conditions du certificat d’autorisation », précise-t-il.

Ce n’est pas la perception de la Ville de Cowansville, une des plus importantes clientes de Récupération 2000. « Dès que la compagnie prenait possession des matières [NDLR : lors des collectes sélectives], elle en devenait propriétaire. On ne fait pas de suivi. C’est la responsabilité du Ministère », assure Olivier Ricard, directeur du service de l’aménagement urbain et de l’environnement de la municipalité.

Perte de revenus

Dans la cour arrière de Récupération 2000, on retrouve des montagnes de résidus de verre, de plastique et de gypse. Ces amas devaient servir à du recouvrement de sol. L’entreprise en vendait chaque année des milliers de tonnes à la Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi pour recouvrir les cellules fermées de son site d’enfouissement. Ce produit assurait des revenus intéressants pour l’entreprise et une filière importante de revalorisation des matières amassées.

En 2016, la Régie a déboursé 20 610 $ pour acheter 1374 tonnes de ce produit de Récupération 2000, soit 15 $ la tonne. L’année suivante, la Régie en a acheté 3268 tonnes, à 18 $ la tonne, pour un montant de 58 824 $. Toutefois, en 2018, l’organisme ne s’en est procuré que 77 tonnes pour un montant de 1386 $, a-t-on appris.

De nouvelles normes pour les matériaux de recouvrement de sol de sites d’enfouissement font que le produit vendu par Récupération 2000 ne répondait plus aux besoins de la Régie, a indiqué sa présidente, Mme Beauregard. L’utilisation de gypse dans la composition de recouvrement de sol n’est plus permise.

La perte de la Régie en tant que cliente pourrait expliquer les amas de ces matières qui se trouvent dans la cour arrière de Récupération 2000. L’entreprise n’a pu trouver de preneur pour ce produit.

La dernière inspection du ministère de l’Environnement chez Récupération 2000 date du 17 octobre dernier. La Ville de Cowansville en est à l’origine après avoir reçu une plainte d’un citoyen. Un avis d’infraction a été signifié à l’entreprise pour non-respect de son certificat d’autorisation. Une enquête est en cours.

Le Ministère n’a pu dire à quand remontait la dernière inspection du site.

Récupération 2000 a écopé de plusieurs avis de non-conformité entre 2009 et 2015. Elle a reçu une sanction administrative pénale de 2500 $ en 2015. L’entreprise avait alors d’autres propriétaires.

Des contrats, mais pas de vérification

La Ville de Cowansville et la MRC Brome-Missisquoi avaient confié d’importants contrats de gestion des matières recyclables à Récupération 2000. Les deux entités municipales n’ont toutefois pas effectué de suivi pour s’assurer que l’entreprise revalorisait bel et bien les matières recyclables.

Depuis quelques années, Récupération 2000 assurait les services de collecte, de transport et de valorisation des matières recyclables de la municipalité. Elle s’occupait aussi de fournir les conteneurs aux six écocentres de la MRC en plus de valoriser les matières amassées.

Le contrat avec la MRC était lucratif pour Récupération 2000. La MRC dispose de six écocentres répartis entre les municipalités de Cowansville, Bromont, Bedford, Farnham, Sutton et Lac-Brome. Chaque mois, d’avril à novembre, les sites sont ouverts lors de six samedis. Selon l’entente avec la MRC, l’entreprise était responsable de laisser entre huit et dix conteneurs sur les sites des écocentres pour recueillir les matières recyclables des citoyens. Chaque conteneur était loué au coût de 600 $.

Le contrat de la MRC, qui s’échelonnait sur 35 semaines, rapportait donc entre 230 400 $ et 288 000 $ par année à l’entreprise.

Les matières acceptées dans les écocentres de la MRC comprennent notamment des agrégats (brique, béton, asphalte et roche), du bois (palettes, arbres et bois), du papier et du carton. Or, dans la cour arrière de Récupération 2000, des dizaines d’amoncellements de ces matières sont visibles. Ils sont disposés les uns derrière les autres dans ce qui servait de chemin d’accès au terrain. Leur volume ressemble à ce que pourrait contenir un conteneur.

La MRC recevait de Récupération 2000 des rapports mensuels de valorisation des matières collectées dans ses écocentres. Elle n’a jamais, toutefois, procédé à des vérifications sur place pour s’assurer que les matières amassées étaient en effet valorisées. « On savait que l’entreprise avait de mauvaises installations, de mauvais équipements. Mais comment peut-on vérifier que tous les fournisseurs ont des comportements éthiques », explique Robert Desmarais, directeur général de la MRC.

M. Desmarais ne peut l’affirmer, mais il doute que les matières entassées dans la cour arrière de Récupération 2000 proviennent des écocentres de la MRC.