«J’en suis venue au point où ce qui semble être acceptable pour les membres ne l’est plus pour moi», dit Sophie Veilleux, présidente démissionnaire du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska.
«J’en suis venue au point où ce qui semble être acceptable pour les membres ne l’est plus pour moi», dit Sophie Veilleux, présidente démissionnaire du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska.

Départs du SEHY: «une question de respect», dit Sophie Veilleux

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Le départ surprise du premier vice-président et de la présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY) s’explique par «une question de respect», dit Sophie Veilleux.

La présidente sortante indique ne pas s’être sentie respectée autant par la commission scolaire du Val-des-Cerfs que par des membres de son syndicat. Elle montre du doigt le «manque de solidarité» entre enseignants, notamment le clivage entre ceux qui dénoncent les problèmes et ceux qui remettent constamment en question la pertinence et les actions du SEHY.

«Quand on revendique des choses, quelques enseignants, sur les médias sociaux, vont écrire qu’on est des chialeux, que pour eux, ça va, dit Mme Veilleux. On passe par nous pour dénoncer, souvent de façon anonyme, et quand on le fait, plein de gens nous disent qu’ils ne sont pas d’accord.»

Or, les décisions du syndicat sont prises au cours d’instances auxquelles participe une «infime» partie des membres, fait remarquer la présidente démissionnaire.

«On ne peut dire du syndicat qu’il ne nous rejoint pas et en même temps ne jamais lui dire ce que l’on pense. Et une fois que les décisions sont prises, on aurait tout intérêt à se mettre ensemble et à faire ce qu’on a décidé. Les représentants syndicaux ne sont pas LE syndicat, il est l’ensemble des membres, et ça, ça s’est perdu.»

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Elle dit aussi recevoir des blâmes de toutes sortes pour des décisions qui ne relèvent pas du SEHY. «La FAE [Fédération autonome de l’enseignement, dont le SEHY fait partie] a été autant blâmée d’avoir empêché la réouverture des écoles, le 11 mai, que de ne pas l’avoir empêchée», fait-elle valoir.

Bref, Sophie Veilleux ne souhaitait pas continuer son travail dans ces conditions. «Ce n’est pas une question d’avoir la couenne dure ou non, mais une question de respect», dit-elle.

Surplace

«J’en suis venue au point où ce qui semble être acceptable pour les membres ne l’est plus pour moi. Je n’aime pas faire du surplace et j’ai l’impression que c’est ce qu’on fait. À un moment donné, il faut faire le bilan de nos efforts et de ce qu’on en retire.»

Elle a accédé à ce poste, en mars 2019, en souhaitant améliorer les conditions de travail des enseignants, mais elle ne sent pas que cela peut être fait dans les conditions actuelles.

«Je réalise que peu importe les énergies que j’y mets, je ne pourrai pas mettre en place les choses que je veux.»

Le manque de cohésion entre enseignants fait en sorte que les employeurs «ne sont pas très très stressés de nous imposer tout et n’importe quoi», dit Mme Veilleux.

«Dans les écoles, la majorité va faire ce qu’on lui demande sans rien dire. C’est la nouvelle mode: il faut faire comme si tout allait bien, mais je n’y crois pas. Pour faire avancer les choses, il faut identifier les problèmes, s’y attaquer et les régler si c’est possible.»

Quant au «manque de respect» ressenti de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, elle donne en exemple s’être fait dire que des enseignants n’ont qu’à se passer de leur tableau blanc interactif si celui-ci gêne la nouvelle configuration des classes en temps de pandémie.

«Mais l’enseignant a besoin de ça, dit Mme Veilleux. Certains avaient tout leur matériel là-dessus. La créativité et la bonne foi des professeurs ont une limite.»

Elle retournera à l’enseignement en septembre, ce qui lui permettra en outre de passer plus de temps avec sa famille, le travail de représentant syndical étant très prenant.

Elle souhaite à son successeur «que les enseignants finissent par se rassembler et se mobiliser pour que l’on améliore nos conditions de travail». «C’est pas juste les profs qui vont en bénéficier, les élèves aussi.»

Val-des-Cerfs rejette les accusations du SEHY

Tant la présidente Sophie Veilleux que le premier vice-président Martin Laboissonnière ont claqué la porte du SEHY en alléguant du «mépris» de la commission scolaire du Val-des-Cerfs envers les enseignants.

Des accusations que le directeur général de la CSVDC rejette. «C’est un commentaire personnel de leur part et je ne partage pas leur opinion», a réagi Eric Racine, jeudi.

«Tous nos employés sont importants pour nous et on les traite tous à la hauteur de ce qu’ils nous donnent comme rendement, pour lequel nous leur sommes grandement reconnaissants».

Au sujet du départ de Mme Veilleur et de M. Laboissonnière, M. Racine indique qu’il «prend acte» de leur démission et «leur souhaite bonne chance pour leur retour à l’enseignement».

«On sera là pour interagir avec les prochains représentants syndicaux», dit-il.